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Le lien

Algérie, Parti Algérien pour la Démocratie et le Socialisme, Parti des communistes d'Algérie

8 mai 1945: 70 ème anniversaire de la victoire sur le nazisme et des massacres perpétrés par l'impérialisme français en Algérie

Publié le 8 Mai 2015 par Lien-pads in Anniversaires Algérie-Monde

Il y a 70 ans le régime nazi responsable du déclenchement d'une guerre mondiale qui a fait 50 millions de morts s'écroulait sous les coups puissants et décisifs de l'armée rouge de l'URSS.

 

Le régime nazi était l'exécutant des volontés des monopoles capitalistes allemands, l'incarnation de la dictature ouverte du capital. Incapable de maintenir sa domination de classe par les voies de la démocratie formelle et parlementaire face à un puissant mouvement ouvrier et à une crise économique d'une acuité menaçante pour ses intérêts et son pouvoir, la bourgeoisie allemande a opté pour la force brutale en se dotant d'un appareil répressif n'hésitant devant aucun crime de masse pour stabiliser sa domination économique. Les groupes terroristes nazis avaient été chargés d'écraser physiquement toutes les forces en rébellion contre le pouvoir de la bourgeoisie monopoliste et en premier lieu le mouvement ouvrier, son parti et ses organisations syndicales de classe qui constituaient la force principale de la résistance à ses plans anti-ouvriers et antipopulaires. Eloigner le spectre de la révolution socialiste, surmonter la crise capitaliste en en faisant supporter tout son poids sur les épaules des travailleurs, préparer une nouvelle guerre pour détruire le régime socialiste instauré en URSS pour la première fois dans l'histoire de l'humanité en octobre 1917, attaquer les chasse-gardée des pays impérialistes rivaux et procéder au repartage du monde au bénéfice des grands monopoles capitalistes allemands, tels étaient les objectifs à atteindre. Les nazis devaient faire jouer à fond et sans fard à l'Etat bourgeois sa fonction de machine de répression et de guerre contre la classe ouvrière et les couches sociales laborieuses.

L'arrivée au pouvoir de Hitler a été facilitée par l'attitude des dirigeants de la social-démocratie allemande qui a participé de 1918 à 1932 à la répression féroce du mouvement ouvrier et communiste et qui a rejeté la proposition du PC allemand de faire bloc contre Heidenburg pour barrer la route aux nazis. Par son attitude et notamment sa politique de non-intervention en Espagne de Blum, du chef du gouvernement socialiste français, la social-démocratie internationale a favorisé le renforcement des forces fascistes. Sous la direction de François Hollande, la social-démocratie française réédite actuellement les mêmes attitudes en cherchant à abattre le régime syrien, en s'alliant à cette fin aux monarchies réactionnaires d'Arabie Saoudite et du Golfe, en soutenant les forces obscurantistes.

 

La responsabilité du déclenchement de la 2ème guerre mondiale n'incombe pas seulement aux nazis allemands. Elle était devenue inévitable par suite des manœuvres et des calculs de classe des autres puissances impérialistes, France, Grande-Bretagne, USA, appuyées par leurs satellites en Europe, par leurs alliés polonais notamment. Ces puissances avaient créé les conditions d'un nouveau conflit dans le monde moins de 25 ans après le début de la 1ère guerre mondiale, par leur politique de pillage et de brigandage de l'Allemagne qu'elles avaient soumise aux clauses infâmes du Traité de Versailles. Elles avaient favorisé la montée des groupes fascistes. Et surtout elles avaient sciemment accéléré l'accumulation des prémisses d'une nouvelle guerre par leur rejet systématique des appels de l'URSS à faire front aux plans belliqueux du régime nazi. Tout en dénonçant verbalement les plans de guerre du régime hitlérien, elles s'efforçaient en réalité de pousser ce régime à attaquer l'URSS, berceau de la première révolution socialiste et espoir des peuples dans un monde nouveau débarrassé de l'exploitation de classe et de la domination d'une nation par une autre. Elles croyaient pouvoir gagner sur tous les tableaux : échapper aux coups des nazis en les incitant à concentrer leur tir sur l'URSS pour détruire son régime socialiste, puis récolter les fruits de l'épuisement mutuel de l'Allemagne et de l'URSS dans le désastre d'un conflit militaire, se partager les richesses de l'ensemble de l'Europe. Par leur attitude fondamentalement anticommuniste et antisoviétique, elles n'ont fait qu'encourager les nazis à précipiter le monde dans la nouvelle guerre.

 

Sous la direction ferme et résolue du parti communiste, avec Staline à sa tête, l'URSS a été l'artisan clé du combat titanesque engagé à l'échelle mondiale pour anéantir le régime fasciste, en Allemagne, en Italie et au Japon, de la victoire consacrée le 8 mai par la reddition sans condition des troupes allemandes. C'est sur le front de l'Est que l'Allemagne nazie avait échoué après avoir lancé puis perdu 80% de ses divisions et de ses forces les mieux entraînées et les plus aguerries. C'est devant Moscou, à Stalingad, Léningrad, dans le saillant de Koursk, que l'issue de la guerre s'est jouée au prix du sacrifice de 25 à 27 millions de Soviétiques. Mais la victoire sur le nazisme a été retardée par les calculs de classe machiavéliques de l'impérialisme des USA qui guettait le moment propice pour s'engager sur le théâtre des opérations militaires en Europe à seule fin de réaliser ses buts impérialistes particuliers. Ce retard s'est traduit par des conséquences humaines et des souffrances inouïes qui auraient pu être évitées. L'impérialisme américain pensait pouvoir profiter de l'affaiblissement de l'URSS sous les coups de l'Allemagne et de celle-ci sous le feu de la riposte soviétique. Outre la destruction de l'URSS, objectif commun de toutes les puissances impérialistes, son but était de réduire le poids de ses rivaux français et anglais, en plaçant sous sa tutelle l'Europe et ses richesses, d'éliminer les forces démocratiques et ouvrières de ce continent et de l'ensemble de la planète. Les USA assument la responsabilité de la prolongation de la guerre et de ses conséquences humaines et matérielles. C'est le peuple soviétique qui a versé le tribut le plus lourd dans la lutte antifasciste et la libération des peuples européens. Sur l'ensemble des fronts où leurs troupes étaient engagées, les USA n'ont essuyé à peine que le centième des pertes en hommes subies par les peuples de l'URSS. Les peuples, leurs forces les plus dévouées et les plus honnêtes n'oublieront jamais le prix payé par l'URSS pour délivrer le monde de la bête immonde du fascisme. Il est de leur devoir de réfuter les entreprises de falsification de l'histoire, de dénigrement du rôle de l'URSS avant, durant et après la 2ème guerre mondiale, de mensonges et d'omissions des propagandistes bourgeois.

 

La victoire sur le fascisme a été rendu possible aussi par la lutte armée des résistants des territoires occupés par les nazis. Ils ont épaulé l'action de l'armée rouge et favorisé le débarquement des troupes américaines 4 ans après le début de la guerre. Partout où les anti-fascistes ont pris les armes contre les occupants, ce sont les communistes qui y jouèrent un rôle de premier plan. Ce rôle, ils ont pu l'assumer grâce à leurs capacités organisationnelles, reflet de leur détermination politique et idéologique à détruire le nazisme, de leur refus catégorique de toute tentative d'entente et de toute collaboration avec lui. La fermeté de l'URSS dans la conduite de la guerre contre le fascisme, sa détermination à ne pas se contenter de les chasser de son territoire mais à les poursuivre sur des milliers de kilomètres jusque dans leur tanière, jusque dans le bunker de Hitler, a neutralisé toutes les velléités antisoviétiques de paix séparée manifestées soit par certaines fractions nazies soit parmi les alliés eux-mêmes.

 

Le déploiement en mai 1945 du drapeau rouge de la victoire sur le Reichstag a symbolisé pour tous les peuples du monde le rôle décisif incontestable de l'URSS dans le combat à mort contre le nazisme.

C'est à l'URSS que l'histoire a dévolu ce rôle parce que :

- sous la direction du parti communiste bolchévique, elle était la plus résolue à mener jusqu'au bout le combat pour abattre un régime personnifiant la volonté de la réaction bourgeoise de mettre fin par la guerre au régime socialiste issu de la grande révolution d'octobre 1917;

 

-les peuples réunis sous l'étendard de l'Union soviétique, union fraternelle fondée sur l'égalité des droits et cimentée par les idéaux de l'internationalisme prolétarien inculqués aux travailleurs par les bolchéviques, les peuples délivrés de l'oppression nationale qu'ils subissaient jadis sous l'empire tsariste, ces peuples défendaient de façon consciente et jusqu'à la mort les conquêtes et les fruits de la révolution et de l'édification socialistes: l'abolition des vestiges et des privilèges féodaux, la suppression de l'exploitation capitaliste, la juste répartition des richesses produites, l'industrialisation pour le plus grand bien du peuple, la redistribution des terres au profit de ceux qui la travaillent, la collectivisation, la modernisation et la mécanisation des terres qui avaient affranchi la paysannerie des affres du travail individuel morcelé, l'émancipation des femmes, l'instruction publique et gratuite généralisée, la reconnaissance et la promotion des langues des différentes nationalités, la politique tendant à faire bénéficier des fruits du développement l'ensemble des peuples de l'URSS, etc.

 

-le système de la propriété sociale des moyens de production et la planification avaient créé la possibilité d'organiser la défense de l'URSS - illustrés en particulier par le déplacement de milliers d'usines vers des zones plus sûres afin de les mettre à l'abri de l'avancée des troupes allemandes - de réorganiser l'économie en fonction des nécessités de la guerre patriotique, de reconvertir les activités productives à mesure que les territoires occupés étaient libérés; tout cela a permis à l'URSS de rejeter loin de ses frontières les hordes criminelles nazies, alors que son potentiel industriel était inférieur à celui de l'Allemagne ou de la Grande-Bretagne et des USA.

 

-les dirigeants de l'URSS ont montré à leur peuple qu'ils étaient les plus attachés à la défense de la paix, les plus hostiles à la guerre, que de par la nature de son système socialiste, l'URSS ne cherchait aucun gain territorial, n'était mue par aucun calcul impérialiste. Ils avaient proposé aux dirigeants de la France et de l'Angleterre de conclure des alliances qui auraient isolé les nazis et déjoué leurs plans de guerre. Devant leurs refus et leurs manoeuvres antisoviétiques visant à orienter les attaques de Hitler contre elle, l'URSS a manifesté sa volonté d'épargner à son peuple une nouvelle guerre en signant un pacte de non-agression avec l'Allemagne. Ce pacte devait lui permettre de gagner un temps précieux pour se préparer à la guerre inévitable. Après l'agression de juin 1941, les peuples de l'URSS ont défendu avec d'autant plus d'esprit de résolution leur Etat, union de nations d'ouvriers, de paysans et d'intellectuels, foncièrement pacifique, que cet Etat a montré par toutes ses initiatives qu'il a tout fait pour éviter la guerre et les souffrances qui allaient s'abattre sur le peuple.

 

En boutant hors de ses territoires les hordes nazis, l'URSS a libéré les peuples d'Europe ainsi que le peuple allemand lui-même de la dictature fasciste.

 

En ce 70 ème anniversaire de la victoire sur le fascisme, les communistes rendent hommage à tous ceux qui ont contribué à le terrasser. Ils s'inclinent à la mémoire de toutes les victimes de ce régime barbare. Ils invitent à se rappeler que cette victoire est redevable au sacrifice d'innombrables militants communistes qui, loin des calculs, des tergiversations, des plans de repartage et de domination des Etats impérialistes, allaient courageusement au combat avec la conscience que la sauvegarde de l'humanité, la défense des conquêtes du socialisme, la poursuite de la lutte pour mettre fin au système capitaliste qui engendre inévitablement les guerres et le fascisme, exigeaient les plus grands sacrifices.

Ils rendent hommage également à toutes les forces progressistes et à tous les peuples du monde qui, malgré des souffrances incalculables (occupation de leurs pays, restrictions alimentaires, bombardements sauvages des populations civiles et de villes par l'aviation hitlérienne, extermination de masse, etc. ) ont trouvé la force de résister à aux nazis. Les communistes rendent aussi hommage à tous ceux et toutes celles qui dans les rangs des armées alliées de la coalition antifasciste ont apporté leur contribution au prix d'immenses sacrifices à la défaite des armées de l'axe fasciste (Allemagne, Italie, Japon).

La commémoration de ce 70 ème anniversaire doit rappeler à tous les citoyens intoxiqués par les tentatives de falsification ou de réécriture révisionniste de l'histoire par la bourgeoisie et ses valets que l'instauration d'une dictature fasciste cruelle, chauvine et raciste en Allemagne, mais aussi en Italie, au Japon, et dans d'autres pays, les velléités fascistes aux USA, l'éclatement de la 2ème guerre mondiale, n'étaient pas le fruit démentiel de l'action ou de l'ambition morbide de personnages fous et mégalomanes, mais le produit des contradictions internes inhérentes au capitalisme. Les Hitler et les Mussolini ont été portés au pouvoir par les oligarchies industrielles et financières pour juguler la crise, mettre au pas la classe ouvrière par la violence la plus extrême, s'emparer de territoires considérés comme "vitaux" par le Capital en tant que source inépuisable de matières premières et de main d'oeuvre réduite en esclavage direct. Les contradictions du système capitaliste ont atteint depuis 2009 un degré d'acuité et des proportions menaçantes pour le devenir de l'humanité à l'étape de l'impérialisme. Un potentiel nucléaire et technologique capable de réduire en cendres la planète est concentré dans les mains de quelques Etats, Dans leurs tentatives de surmonter leur crise actuelle, les Etats impérialistes sont en lutte les uns contre les autres pour le partage exclusif du monde, ou les uns avec les autres pour briser les résistances populaires et garder sous leur domination la classe ouvrière. ils n'hésitent pas à renverser par la force les régimes qui ne sont pas assez dociles, à déclencher des agressions meurtrières contre les peuples qui leur résistent, à recourir sans hésitation au fascisme et au terrorisme dans ses formes les plus variées et en particulier celles qui sont camouflées sous le voile trompeur de l'Islam.

Le soutien qu'ils apportent en Ukraine et dans les Etats baltes aux forces qui se réclament ouvertement du nazisme, dans les pays arabes aux forces de l'obscurantisme revêtant le masque de la religion, aux Etats théocratiques et monarchiques du Golfe, illustre le fait que les Etats impérialistes ne reculent devant rien.

 

La seule alternative pour mettre en échec ces tendances dangereuses est de conjuguer la lutte pour la paix, la lutte pour faire prendre conscience au pus grand nombre de travailleurs du cour mortel emprunté par la bourgeoisie mondiale, pour empêcher le recours aux méthodes de la dictature fasciste. La tâche assignée aux communistes est de coordonner toutes ces luttes avec le combat idéologique et politique pour que la classe ouvrière mondiale et les peuples reprennent l'offensive en vue de l'abolition du capitalisme, source de guerres continuelles, en vue de l'instauration du socialisme qui fera disparaître les rapports de production fondés sur l'exploitation dans lesquels gisent les causes économiques et sociales des guerres.

 

**********

 

En ce qui concerne le sort des pays colonisés durant la guerre contre le fascisme, il y a lieu de noter que la victoire sur la barbarie nazie, le 8 mai 1945, les joies de la libération des peuples européens n'allaient bien entendu nullement inciter les puissances impérialistes à renoncer de leur plein gré à leur empire colonial. Au contraire, elles lancent une répression sauvage pour juguler la montée du mouvement de libération nationale dans les colonies. En Algérie, ce même jour, le 8 mai, l'impérialisme français tourna le canon de ses armes et toute sa puissance de feu, terrestre, aérienne et maritime, contre les manifestants algériens descendus dans les rues pour réclamer pacifiquement, dans l'est du pays, à Sétif, Kherrata, Guelma, la fin de l'ordre colonial et l'indépendance. Le massacre s'étendit à de nombreuses autres régions du pays. Il fit en moins de deux semaines quelque 45 000 morts, des milliers de blessés et d'handicapés à vie. Des milliers de manifestants furent jetés dans les prisons. Des dizaines d'autres qui eurent la chance de ne pas être exécutés sur place furent condamnés à mort. Ces massacres illustrèrent l'hypocrisie des dirigeants et des propagandistes de l'impérialisme, passés maîtres dans l'art du maniement de belles phrases sur la défense de la liberté et de la démocratie mais prompts à fusiller sur le champ les militants anticolonialistes qui voulaient les transformer en réalité. Ils indiquèrent clairement à ceux qui faisaient leurs premiers pas dans la lutte de classe que la bourgeoisie défendait ses intérêts de classe et non la liberté des peuples. Elle n'agite le drapeau de la liberté que lorsque ses positions sont menacées par ses concurrents ou lorsqu'elle cherche à étendre les champs de sa domination à leurs dépens. Elle se sert de ce drapeau pour discréditer et étouffer les mouvements populaires anticapitalistes. Que ce soit en Algérie, en Syrie, au Vietnam la bourgeoisie française ne fit pas de quartier pour garder les colonies sous son contrôle.

Les manifestations des Algériens, le 8 mai 1945, résultaient d'une lente évolution des luttes entamées contre le colonialisme. Elle avait été amorcée par le travail politique des communistes qui fut concrétisé par la formation en France de l'Etoile Nord africaine. Les manifestations exprimaient également le fait que le mouvement de libération nationale était en passe d'effectuer un saut qualitatif à la faveur du nouveau rapport des forces créé à l'échelle internationale par la victoire sur le nazisme. Grâce au rôle et au renforcement de l'URSS, ce rapport des forces allait rendre possible l'écroulement du système colonial sous l'action conjuguée du camp socialiste, du mouvement de libération nationale et du mouvement ouvrier.

A cela se sont ajoutés l'accentuation des contradictions inter-impérialistes entre les USA, l'Angleterre et la France, dans leurs luttes pour un nouveau partage du monde, le jeu des USA tendant à évincer de l'Afrique du nord leurs rivaux français affaiblis. Ce nouveau contexte mondial a donné au mouvement national une nouvelle impulsion. A la veille du déclenchement de la 2ème guerre mondiale, le mouvement de libération s'était développé à l'échelle de toute l'Algérie. Le mot d'ordre de l'indépendance était repris par la grande majorité des Algériens, malgré la répression continue et l'interdiction des partis nationalistes et du parti communiste prononcée en 1939 par le gouvernement français avec la complicité des socialistes alliés à la bourgeoisie métropolitaine et coloniale.

La guerre avait aggravé la situation des masses. Les grands colons détenant les terres les plus fertiles et les mieux arrosées, les armateurs, les banquiers et les financiers, les gros commerçants s'étaient enrichis par la spéculation, protégés par leur domination politique absolue. La colère montait au sein des travailleurs, de la paysannerie laborieuse, des couches intermédiaires des villes. En plus du racisme et des humiliations propres au système colonial, les masses populaires algériennes souffraient le plus des conséquences de la guerre, de la faim, des privations, de la confiscation des céréales au profit de l'approvisionnement de l'Allemagne puis des armées des alliés. Des dizaines de milliers d'Algériens avaient été enrôlés de force pour participer à la libération de la France après le débarquement des troupes américaines en novembre 1942. Ils avaient versé leur sang dans les combats contre les fascistes et espéraient qu'en retour la France libérée du nazisme tiendrait ses vagues promesses de réforme de leur statut.

Il n'en fut rien.

 

Mais le mouvement national n'était pas encore prêt à organiser énergiquement et sur des bases justes une insurrection armée victorieuse. Il n'était pas arrivé à la conclusion qu'il devait compter avant tout sur les ressources internes du peuple algérien. Durant la guerre, certains croyaient que l'Allemagne nazie allait chasser le colonialisme français et donner la liberté aux Algériens. Après le débarquement des troupes américaines en Algérie, beaucoup de ses dirigeants reportèrent leurs espoirs sur l'impérialisme US. Ils étaient convaincus que les USA allaient voler au secours du peuple algérien en faisant pression sur le gouvernement français. Ils ne comprenaient pas, pour la plupart d'entre eux, que les intérêts économiques stratégiques de l'impérialisme américain l'empêcheraient d'entrer en conflit direct avec l'impérialisme français. L'impérialisme américain se préparait à une confrontation ouverte avec l'URSS. Il avait besoin à cette fin de l'aide de l'impérialisme français. Les dirigeants du mouvement national avaient également sous-estimé les ruses et l'absence totale d'hésitation de la bourgeoisie française et de la grosse colonisation, unies face au peuple algérien, à recourir, malgré le climat international antifasciste, aux pires provocations pour décapiter le mouvement national par la violence la plus brutale afin de maintenir intacts les rapports coloniaux d'exploitation.

La répression sanglante des manifestations pacifiques du 8 mai 1945 a eu pour résultat d'instruire le peuple algérien. Elle lui avait fourni la preuve que la libération et l'indépendance ne pouvaient être le fruit que d'une lutte armée mûrement réfléchie, puisant ses forces dans le mouvement populaire et appuyée par tous les anticolonialistes algériens et français les plus conséquents.

Le PCA quant à lui n'a pas réussi à jouer un rôle dirigeant dans ces manifestations. Il n'avait pas mesuré l'ampleur de la revendication nationale. Il s'était coupé des masses populaires algériennes et se trouvait dans l'incapacité de sentir le vent de la révolte qui s'amplifiait. Ceux qui dirigeaient à ce moment-là le PCA, avaient réagi d'une manière négative, assimilant les nationalistes à des agents nazis. Cette réaction constituait une trahison monstrueuse des principes communistes, des mots d'ordre de l'Internationale communiste. Dès sa naissance, l'Internationale communiste avait assigné aux partis communistes des pays colonisés la tâche de placer au premier plan de leurs luttes le combat pour la libération de leur pays et aux partis communistes des pays colonisateurs l'obligation de soutenir inconditionnellement cette revendication nationale. En mai 1945 le PCA s'était complètement écarté de la ligne adoptée et appliquée dans leur travail d'agitation et de propagande par les premiers noyaux communistes des années 1920. Sous l'influence de courants opportunistes du PCF qui accordaient la primauté à l'alliance avec la sociale-démocratie dans la lutte antifasciste, le mot d'ordre de l'indépendance avait été complètement effacé du programme adopté lors du congrès constitutif du PCA en octobre 1936. Les orientations de la lutte antifasciste n'étaient pas liées à la lutte contre le colonialisme. Dans le rapport des forces créé par la formation et l'avènement du gouvernement de Front populaire, dans l'euphorie des nombreuses conquêtes sociales arrachées grâce à l'unité entre les communistes et les socialistes, le PCA avait été submergé par l'adhésion de très nombreux militants véhiculant des idées et des conceptions éloignées des principes révolutionnaires de l'Internationale communiste. Ils étaient non seulement insensibles à la question nationale mais aussi fortement imprégnés de parlementarisme et de réformisme inoffensif pour les intérêts de la bourgeoise. Les racines idéologiques de ces déviations n'avaient pas encore été extirpées au sein du PCA. Pour une bonne partie des militants venus au PCA après les grèves de 1936, celui-ci représentait à leurs yeux le parti qui défendait le mieux les revendications sociales et seulement ces revendications. Ils n'avaient aucune volonté de mettre à bas le système colonial, tâche historique préalable à la révolution socialiste, encore moins à se séparer de la France à laquelle ils s'identifiaient. Le réformisme hérité du parti socialiste tirait en arrière le PCA. Il l'empêchait de réaliser son programme fondateur: aller à la classe ouvrière et à la paysannerie en portant la revendication de la libération nationale, sans la dissocier des luttes sociales qui leur apprenaient à s'organiser et à lutter en vue des batailles plus décisives pour le socialisme. A partir de 1936, les militants et les cadres révolutionnaires ne constituaient plus au fond qu'une minorité au sein du PCA, noyée dans une masse réfractaire à ses perspectives révolutionnaires. Il ne faut pas s'étonner qu'après son interdiction en 1939 et l'arrestation de nombre de ses cadres dirigeants, il se désintégra pratiquement. Seule une petite minorité de militants accepta de poursuivre la lutte politique dans les dures conditions de la clandestinité sous le régime des collaborateurs vichystes des nazis, jusqu'au débarquement en novembre 1942 des armées des USA. Le commandement US et de Gaulle dressèrent de leur côté de nombreux obstacles pour empêcher les communistes de reprendre légalement leurs activités. Ils assortirent de fait cette autorisation de la condition de limiter leur action à la propagande pour la mobilisation contre les nazis. La reconstitution du PCA en 1943-1944 se fit sous la houlette du PCF. Celui-ci refusait de faire de la propagande et de l'agitation pour l'indépendance afin de ne pas diviser les rangs des antifascistes. Comment croire qu'il était possible de convaincre les Algériens d'aller à la mort pour libérer la France de l'occupation nazie alors que leur revendication anti-coloniale était systématiquement suivie de vagues massives d'arrestations ou noyées dans le sang? En conséquence, le mouvement communiste algérien fut réduit à l'impuissance durant cette période. Il ne pouvait s'enraciner dans les masses populaires algériennes. Sa direction tomba facilement dans les mains d'aventuriers spécialistes de la phrase, à l'instar de Amar Ouzegane, son premier secrétaire qui ternit gravement la réputation du parti communiste aux yeux des masses pour sa condamnation ignoble des manifestants du 8 mai.

Mais grâce à leur conviction et à leur combativité, les militants communistes authentiques reprirent le dessus. Réuni en juillet 1946, le comité central du PCA exclut de ses rangs le premier secrétaire et rend publique une autocritique des positions adoptées durant les événements de mai 1945. Marque de sérieux d'un vrai parti révolutionnaire, l'autocritique amorce un processus de redressement. Le PCA lance et organise une campagne d'amnistie en faveur des Algériens condamnés et emprisonnés après l'écrasement des manifestations du 8 mai. Elle suscite un grand élan de mobilisation et contraint le colonialisme à libérer la plupart des détenus. Cette campagne permit au PCA de renouer ses liens avec les travailleurs et les paysans algériens, avec les militants nationalistes ouverts aux idées de progrès et moins marqués par l'anticommunisme.

L'afflux de militants nouveaux et conscients, pour qui la revendication de la libération nationale et la lutte pour le communisme étaient liées, jeta les bases de l'approfondissement de la ligne politique du PCA, de son enracinement au sein des travailleurs et de la paysannerie.

 

Gloire à tous ceux qui se sont sacrifiés pour que l'Algérie soit affranchie de la domination coloniale!

Hommage aux militants communistes qui en tombant au champ d'honneur avaient conscience que l'indépendance n'était pas une fin mais une étape dans le grand combat pour l'abolition du capitalisme, pour l'avènement de la société socialiste!

 

Parti Algérien Pour la Démocratie et le Socialisme

6 mai 2015