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Algérie, Parti Algérien pour la Démocratie et le Socialisme, Parti des communistes d'Algérie

LE PADS DANS LA CONTINUITE ET LA FIDELITE AUX IDEAUX COMMUNISTES

Publié le 27 Janvier 2016 par Lien-pads in Algérie: Pages d'histoire du communisme

         50ème anniversaire de la création du PAGS

 

 

" Il y a cinquante ans était annoncée, le 26 janvier 1966, la création du Parti de l'Avant-Garde Socialiste (P.A.G.S). Nous publions la version html du texte présenté par notre parti en octobre 1996 à l'occasion de la commémoration du 60ème anniversaire de la fondation du Parti Communiste Algérien et du 30ème de celle du P.A.G.S.

Nous souhaitons que ce texte contribue à la clarification idéologique dans le combat pour la construction d'un parti communiste ancré et influent dans la classe ouvrière, les masses populaires, les intellectuels révolutionnaires, la jeunesse, les femmes.

Le débat se poursuit dans nos rangs pour approfondir l'analyse entamée dans ce texte et donner des fondements scientifiques, marxistes-léninistes, à la préparation des conditions subjectives et organiques de la lutte pour le socialisme et le communisme, pour l'internationalisme prolétarien".

 

 

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50ème anniversaire de la création du P.A.G.S.

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Double anniversaire PCA – PAGS 1936/1966

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Le PADS dans la continuité et la fidélité aux idéaux communistes

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La publication du texte de cette intervention s'inscrit dans un effort de réflexion qui doit se poursuivre pour élaborer un bilan scientifique critique et autocritique du mouvement communiste algérien. Ce travail de réflexion doit être mené par tous ceux qui sont demeurés fidèles aux idéaux communistes el continuent leur combat pour le triomphe de ces idéaux, que ce soit comme militants organisés au sein du PADS ou comme militants agissant à partir de structures d'action avec la perspective de contribuer à l'édification d'un grand parti communiste.

Le texte de cette intervention tend à susciter un effort de ressourcement dans les principes révolutionnaires de la théorie marxiste-léniniste. Il ne s'agit pas de faire l'histoire pour l'histoire mais de tirer sur la base de ce principe les enseignements qui éclaireront le chemin de nos combats actuels. Il n'y a pas d'action révolutionnaire sans théorie révolutionnaire. Il ne peut davantage y avoir d'action révolutionnaire sans l'autocritique révolutionnaire de l'action passée des communistes à la lumière de cette théorie révolutionnaire.

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Chers amis et chers camarades,

Nous célébrons aujourd'hui un double anniversaire :

  • celui de la tenue il y a 60 ans du congrès constitutif du P.C.A. (Parti communiste algérien), les 17 et l8 octobre 1936 ;
  • celui de la déclaration du 26 janvier 1966 par laquelle les communistes algériens procédaient à I'acte fondateur du P.A.G.S. (Parti algérien de I'avant-garde socialiste).

Cet acte était le fruit du rapprochement et des efforts conjugués des militants et dirigeants du P.C.A et d'éléments de gauche avancés venus du F.L.N. Le PAGS se revendiquait clairement comme l'héritier du PCA et affirmait sa détermination à poursuivre les luttes pour une société nouvelle. Mais, le passage du P.C.A au P.A.G.S n'était pas un simple changement de sigle.

Dans le contexte marqué à l'époque par l'immense prestige du système socialiste mondial et en particulier de I'URSS, par la fierté légitime ressentie après la victoire sur le colonialisme, par la volonté des représentants les plus progressistes du mouvement national de ne pas se contenter de I'indépendance politique mais de peser pour lui donner un contenu économique et social, reflétant les aspirations des masses populaires à la justice sociale, les communistes algériens avaient amorcé une réflexion pour contribuer à faire converger vers des cadres organisés appropriés les aspirations d'un large spectre de forces politiques à l'instauration de la société socialiste, Cette réflexion avait aussi pour objet de neutraliser les pressions hégémoniques des éléments droitiers du nouvel Etat qui avaient réussi à imposer en novembre 1962 l'interdiction du P.C.A.

Elle tendait à définir les tâches et objectifs tactiques de nature à mettre dans les faits ces éléments droitiers en contradiction avec les options socialisantes officiellement adoptées ( en juin 1962 dans le " programme de Tripoli " ) par le F.L.N., front qui avait conduit la guerre de libération nationale a s'était proclamé parti unique dirigeant quelques mois seulement après I'indépendance. Le coup d'Etat du l9 juin 1965 suivi par la répression qui s'était abattue sur les communistes et l'aile gauche du F.L.N. qui avaient dénoncé ensemble ce coup de force, ont créé une nouvelle situation. La naissance dans la clandestinité du P.A.G.S. est le produit de cette évolution.

La célébration de ce double anniversaire intervient également à un moment où notre pays et sa classe ouvrière, ainsi que ses couches démocratiques sont confrontés à une dure épreuve. Ils font face à une subversion armée barbare des hommes de main de la bourgeoisie islamiste ultra-réactionnaire qui s'est déjà soldée par la mort de plus de 100.000 personnes. Ils sont confrontés aussi à l'autoritarisme d'un pouvoir qui se croit tout permis après l'élection présidentielle de novembre 1995 et le récent référendum. Notre peuple endure les affres d'un appauvrissement généralisé en passe de ramener la condition des travailleurs à celle qui était la leur en 1954. Il subit les effets conjugués d'une crise généralisée qui dure depuis 10 ans et d'une politique antipopulaire menée avec d'autant plus de mépris que le terrorisme rend la riposte difficile.

Aujourd'hui, ce n'est pas l'un des moindres paradoxes apparents que de constater que ce double anniversaire est passé sous silence et complètement ignoré par ceux, qui de façon subtile, continuent à usurper le prestige du P.A.G.S alors qu'ils ont travaillé à sa destruction. Après être parvenus à leur fin, c’est-à-dire priver la classe ouvrière de son parti politique, ils ne refusent nullement d'être gratifiés par des formulations rehaussées par des "ex" dont les médias bourgeois ont fait une mode pour désigner les partis qui ont rompu avec l'idéal et les principes communistes. C'est le cas de la formation Ettahaddi qui se fait affubler de titres " Ex P.A.G.S." ou "ex Parti communiste" pour faire croire que c'est par une décision des communistes eux-mêmes qu'il n'y a plus d'organisation communiste en Algérie.

Parti des communistes algériens, le P.A.D.S est né en mars 1993 pour reprendre fermement le flambeau que des générations de communistes ont porté au prix de leur vie pour éclairer le chemin de leur combat glorieux. Le P.A.D.S est né de la volonté des travailleurs et militants révolutionnaires de reconstituer leur parti après la mascarade qu'un groupe de responsables du P.A.G.S avaient montée quelques semaines plus tôt pour liquider ce parti et prononcer publiquement le reniement des idéaux communistes.

Le P.A.D.S est le parti qui se revendique fièrement de ce qu'il y avait de meilleur et de révolutionnaire dans les traditions léguées par le P.C.A et le P.A.G.S.

En célébrant ce double anniversaire, il est légitime de mettre en relief I'action méritoire, glorieuse et héroïque des communistes aux différentes étapes de I'histoire récente de I'Algérie.

Pour des raisons de classe naturelles autant que par étroitesse, leur apport fait t'objet de déformations incessantes, quand il n'est pas tout simplement ignoré.

60 ans de lutte

Pour apprécier à sa juste valeur le combat des communistes algériens, il faut constamment avoir à l'esprit que de 1936 à 1989 - année de l'instauration du multipartisme pour la première fois depuis I'indépendance - soit une période de 53 ans, le mouvement communiste (P.C.A. – P.A.G.S.) en a vécu 39 dans la clandestinité, dont 27 après I'indépendance. Leur combat ininterrompu pour la liberté, le pain, la dignité, le socialisme, n'a pu bénéficier de la légalité que durant de courtes périodes. Ces courtes périodes étaient aussitôt suivies de campagnes répressives ou même de processus d'extermination physique, comme c'est le cas depuis 1992, date de l'interruption du processus électoral qui a servi de prétexte au déclenchement à grande échelle de la subversion armée barbare des tendances islamistes ultra-réactionnaires.

Les entraves mises à I'action légale et au grand jour des communistes ont laissé le champ libre à toutes les entreprises de dénigrement, orchestrées autant par les courants réactionnaires que par les groupes gauchistes trotskistes, dans le but de maintenir les masses sous la domination de la réaction ou de dévoyer leurs manifestations spontanées.

C'est pourquoi il est important à l'occasion de ce double anniversaire de rappeler, ne serait-ce qu'à grands traits, le combat dur et exaltant que les communistes ont eu à livrer avant et après I'indépendance, combat que leurs dignes continuateurs s'efforcent de poursuivre dans le PADS en s'inspirant de leur exemple. Les communistes algériens entretiendront de cette manière la flamme révolutionnaire et l'espoir qui pousse aujourd'hui quotidiennement les ouvriers, les paysans pauvres, les jeunes des milieux populaires à chercher la voie de la lutte organisée pour une société débarrassée de l'exploitation et de l'oppression.

En décembre 1985 le Comité Central. du P.A.G.S. avait adopté une résolution qui retraçait les différents moments des combats menés par les communistes. Il est utile et instructif de faire la lecture ou la relecture de certains passages de ce document important pour la connaissance du rôle national et international des communistes algériens.

La résolution rappelait que le congrès constitutif du P.C.A – il s'était tenu à Bab-El-Oued, en octobre 1936 - " se déroulait dans une Algérie occupée et férocement exploitée par le colonialisme français, sous les lois racistes du " Code de l'indigénat " et dans un contexte international marqué par la montée du fascisme et les signaux de la deuxième guerre mondiale.

C'était là l'aboutissement des luttes anticolonialistes intenses menées depuis les années vingt par les premiers noyaux communistes d'Algérie alors organisés au sein du Parti communiste français (P.C.F) en union avec les autres forces et courants patriotiques sur le sol national et dans l'émigration (l'Emir Khaled, l'Etoile Nord-Africaine, les Oulémas, etc.). La constitution du P.C.A. était conforme aux orientations de la 3ème Internationale Communiste dont la création avait été impulsée par Lénine et le parti bolchevique. L'Internationale Communiste faisait en effet obligation aux partis qui y adhéraient d'impulser la constitution de partis communistes nationaux dans les colonies afin de lutter contre l'exploitation coloniale el pour I'indépendance. L'objectif de l'indépendance de l'Algérie était d'ailleurs clairement proclamé par le congrès constitutif du P.C.A.

La création du P.C.A. était aussi le point de départ qualitativement nouveau d'une lutte longue, difficile, souvent héroïque pour les revendications sociales, démocratiques, I'indépendance nationale, l'internationalisme prolétarien et le socialisme ".

Au sujet du P.A.G.S, la résolution situait le contexte historique dans lequel il a vu le jour :

En janvier 1966, " ...dans les soubresauts el les contradictions des premières années de I'indépendance, la direction du P.C.A. (interdit), en liaison avec l'adhésion au socialisme scientifique de révolutionnaires issus du F.L.N. ou inorganisés, engagea le processus qui a abouti à la création du Parti de l'avant-garde socialiste d'Algérie (P.A.G.S). Le P.A.G.S s'efforce d'être l'héritier et le continuateur des meilleures valeurs du P.C.A et des autres forces révolutionnaires algériennes. Il a pour objectif de mener à bien la lutte pour mener à bien l'indépendance nationale et engager notre pays dans la voie menant à la révolution socialiste."

La résolution montrait comment l'existence indépendante du parti de la classe ouvrière s'était manifestée avec ténacité et continuité autour de quatre axes de lutte indissociables :

  1. libération nationale, indépendance et lutte anti-impérialiste ;
  2. union des forces patriotiques ;
  3. luttes économiques et sociales ;
  4. lutte pour le socialisme, la paix, l'internationalisme prolétarien, la solidarité internationale.

Libération nationale, indépendance et lutte anti-impérialiste

La résolution soulignait avec raison :

" Dès avant la constitution du PCA, les premiers noyaux communistes d'Algérie vont s'organiser dans la "Région algérienne du PCF" et s'attaquer au système colonial et à ses lois d'exception qui interdisent aux Algériens de faire partie d'un syndicat ou d'une organisation politique. Ils vont y ouvrir une brèche dès le début des années vingt par laquelle se développe un mouvement national de plus en plus impétueux.

Notre première émigration profitant de certaines possibilités démocratiques en France, est à l'origine de la fondation de l'Etoile Nord-Africaine. La plupart des promoteurs de cette organisation patriotique nationale, la première à se fixer comme objectif l'indépendance de l'Algérie, sont des communistes algériens, membres du PCF.

Les communistes et leur parti ont pleinement contribué à créer et faire mûrir les conditions du déclenchement du premier novembre 1954. Celui-ci les trouve préparés d'abord à se prononcer sur sa légitimité : ils ont été les seuls en tant que parti national à le faire dès le 2 novembre 1954 dans une déclaration publique diffusée par leur organe central, "Liberté".

Le déclenchement de l'insurrection les trouve aussi préparés politiquement à y participer. Dans les Aurès notamment, nombreux sont les communistes qui rejoignent ou aident les maquis de l'A.L.N dès les premières semaines du soulèvement. C'est le cas de membres du Comité Central du P.C.A tels Laïd AMRANI, Mohamed GUERROUF, Sadek CHEBCHOUB et des militants de base, ouvriers et paysans. L'aide à l'A.L.N. s'est faite également à travers la livraison d'armes prises par notre héroïque camarade Henri MAILLOT. Le P.C.A. engage en même temps des actions propres avec l'organisation des Combattants de la Libération " C.D.L. ", notamment dans les régions où I'A.L.N. n'est pas implantée. Cela s'est fait bien avant que n'intervienne, en 1956, l'accord entre la direction du P.C.A. el celle du F.L.N., pour l'intégration de ses combattants armés dans les rangs de l'A.L.N.

En maintenant son autonomie pendant la guerre de libération, tout en soutenant fermement l'action du F.L.N, le P.C.A. n'a fait qu'assumer sa responsabilité devant la classe ouvrière algérienne et internationale. La justesse de cette décision a d'ailleurs été vite confirmée par le congrès de la Soummam (1956) qui, à côté de dispositions qui avaient pour objectif de faire avancer la lutte armée, a exprimé la volonté de maintenir les communistes dans un " cocon de chrysalide ". C'était l'expression de la volonté de maintenir la classe ouvrière sous la tutelle des autres classes sociales. Il y avait donc danger de voir obscurcir les perspectives socialistes pour lesquelles le prolétariat s'est organisé.

L'action politique indépendante et unitaire du P.C.A, au niveau national et international, a renforcé la lutte de notre peuple et a développé la solidarité à son égard.

Les crises qui ont secoué le F.L.N et le pays dès avant I'indépendance justifient pleinement cette fermeté des communistes à sauvegarder leur autonomie d'organisation et de lutte contre les menées de l'impérialisme et de la réaction, pour apporter leur contribution efficace à l'édification du pays dans le sens des perspectives socialistes. Cela s'est matérialisé dans leurs activités multiformes au lendemain de l'indépendance pour l'élimination définitive des bases militaires françaises (Mers-el-Kébir, Bousfer, …), contre l'expérimentation de la bombe atomique française à Reggane, pour le soutien à l'autogestion agricole et industrielle, contre l'agression américaine au Viêt-Nam, pour la solidarité avec le peuple palestinien et les autres peuples arabes victime de l'agression impérialo-sioniste, avec les mouvements de libération d'Afrique (Angola, Mozambique, Sahara occidental …). Leur quotidien "Alger républicain" qui reste vivant dans la mémoire de générations d'Algériens, a joué un rôle considérable aussi bien avant la guerre de libération qu'au lendemain de l'indépendance.

Les activités et les initiatives des communistes sont également connues dans différents autres domaines : soutien à l'A.N.P et au Service National ; lutte pendant de longues années pour faire mûrir et faire aboutir les principales nationalisations (mines, banques, hydrocarbures …), la Réforme Agraire, les droits sociaux, la démocratie révolutionnaire, l'existence de d'organisations de masse vivantes et dynamiques (syndicats, UNEA, l'UNJA, organisation de femmes, assemblées des travailleurs…), le volontariat en faveur de la Révolution agraire, la Charte nationale de 1976, etc.

Les communistes ont donc pris une part importante, aux côtés des autres forces patriotiques, dans les efforts de notre peuple, qui malgré certaines insuffisances parfois graves, ont tendu vers : une ANP indépendante de l'impérialisme pour son armement et sa formation, un secteur d'Etat puissant au service du développement et des besoins fondamentaux du peuple, une politique extérieure anti-impérialiste de plus en plus conséquente, des organisations de masse dont le caractère démocratique et représentatif allait grandissant, permettant ainsi de mieux défendre les intérêts de leurs adhérents et de mieux mobiliser dans l'intérêt national."

La résolution évoquait ensuite ce que les communistes avaient dans les années 80, qualifié de "glissement à droite", c’est-à-dire le tournant opéré sous Chadli Bendjedid à la tête de l'Etat algérien dès les mois qui ont suivi la mort du président Boumediène.

Elle attirait l'attention des forces patriotiques et progressistes sur son : "caractère particulièrement dangereux car non seulement il met en cause les intérêts immédiats des masses laborieuses et populaires et même de certaines couches moyennes mais il porte en lui la menace réelle de déboucher sur une remise en cause de l'indépendance politique et des efforts en vue de sa libération économique."

Beaucoup pourront en 1996 constater que cette appréciation sonnait comme un avertissement, maintenant que la politique économique et sociale du pays est conduite sous le contrôle inflexible et offensant pour la dignité nationale du FMI et de la banque mondiale. Toute personne honnête peut noter que l'Algérie est en train de perdre, jour après jour, les ressorts de sa souveraineté, et que le plus dur est encore à venir.

La confirmation presque caricaturale vient de la réponse du chef de gouvernement à la grève que les enseignants du Supérieur suivent depuis près de deux mois pour protester contre la dégradation inouïe de leur situation sociale et de leurs conditions de vie. Cette réponse est un "Non !" catégorique à toutes les revendications. Le chef du gouvernement justifie son "Non !" en se retranchant derrière l'obligation de respecter les " accords internationaux ", autrement dit derrière sa ferme intention d'appliquer les plans d'ajustement structurel tracés par l'accord de rééchelonnement signé en 1994.

Les dirigeants qui avaient opéré le glissement à droite n'avaient pas tenu compte de ces mises en garde. Leurs intérêts de classe les poussaient à les ignorer, Ils étaient occupés et sont d'ailleurs toujours occupés à piller sans retenue le pays. Même les personnalités nationales qui s'étaient distinguées pendant longtemps par leur position en faveur du progrès et du développement économique et indépendant du pays se taisaient. La plupart d'entre elles étaient engagées dans un profond processus de reclassement social et politique. Elles se laissaient compromettre dans des alliances objectives avec les éléments réactionnaires qui, avec à leur tête le président Chadli Bendjedid, organisaient l'abandon de l'industrialisation, la gabegie et la corruption à grande échelle préparant de la sorte les conditions de la grande explosion socio-politique d'octobre 1988.

Au plan de l'union des forces patriotiques

La résolution notait que :

" L'action des communistes (autour de cet axe) ne s'est jamais démentie. Ils ont été (les communistes) les soutiens efficaces de l'action de l'Emir Khaled et de la constitution du mouvement national moderne dès ses premiers pas. C'est aussi, conformément à ce principe éprouvé du marxisme-léninisme qu'ils ont animé avec d'autres patriotes l'Etoile Nord-Africaine. C'est ainsi également qu'ils ont été avec Ben Badis et d'autres personnalités et organisations patriotiques, les artisans du "Congrès musulman algérien " en juin 1936. C'est ainsi qu'à partir de 1946, ils ont proposé aux autres partis et organisations patriotiques la formation d'un " Front démocratique " pour la libération du joug colonial et l'avènement d'une république algérienne. Ce qui a débouché en l95l sur le "Front Algérien pour la Défense et le Respect des Libertés ". Leur appel du 1er novembre 1953, une année jour pour jour avant le déclenchement de la guerre de libération, pour un Front National pour I'indépendance va dans le même sens que cette action poursuivie avec passion en faveur de l'union patriotique face à l'ennemi commun : le colonialisme. Les réalisations, même éphémères, de cette politique unitaire dynamique ont constitué une bonne préparation pour le mouvement de libération nationale de novembre 1954.

Mais cette action unitaire était déployée aussi autour d'objectifs plus immédiats, liés à la vie quotidienne des masses populaires et des forces patriotiques : des alliances électorales aux comités de lutte contre la répression (notamment après les tragiques évènements du 8 mai 1945 et après l'emprisonnement à El Asnam (ex Orléansville) des patriotes tunisiens en été 1954 en passant par les conseils d'administration des Médersas libres.

Depuis sa constitution, le P.A.G.S, fidèle au même principe, œuvre avec obstination pour le Front anti-impérialiste le plus large, fondé sur la mobilisation el l'unité d'action autour des tâches communes du moment et de l'étape ".

Au plan des luttes économiques et sociales

La résolution montrait l'inconsistance des reproches faits aux communistes, avant comme après I'indépendance par des courants aussi opposés en apparence que la droite et les gauchistes au sujet de leurs activités opiniâtres au sein des masses laborieuses en vue d'arracher la satisfaction de leurs revendications économiques et sociales. La résolution disait :

" On a souvent cherché à dénigrer les communistes et leur parti en appelant ce dernier " parti du pain ", voulant par-là nier leur contribution irréfutable aux luttes pour l'indépendance nationale.

Non seulement la dimension de la lutte pour I'indépendance a toujours été présente quelle que soit la force avec laquelle elle s'exprimait, mais les " luttes pour le pain " elles-mêmes étaient partie intégrante de la lutte pour l'indépendance, Elles ont contribué fortement à affaiblir le système colonial et à faire prendre conscience aux masses.

Cette reconnaissance de la place de premier plan qu'occupent les communistes et leur parti dans les luttes économiques et sociales n'est donc pas usurpée. Ils ont été ainsi à l'origine des luttes démocratiques contre le " ('ode de L'indigénat " pour arracher le droit pour les Algériens de s'organiser, de se syndiquer.

" Avec eux, la CGT (Confédération Générale des Travailleurs) est devenue partie intégrante du paysage national. Elle était présente dans les villes : chez les cheminots et dans les transports publics, chez les dockers, les mineurs (de I'Ouenza, de Timezrit, du Zaccar, de Béni-Saf) etc., dans les services communaux, etc.

Elle était présente dans les campagnes sur les terres des colons où elle a rendu leur dignité d'homme aux ouvriers agricoles algériens qui étaient avant elle taillables et corvéables à merci, c'est avec la C.G.T. et les communistes que le 1er mai s'est célébré de manière régulière et qu'il est devenu une journée de luttes particulièrement puissante. Les communistes et le P.C.A, ont animé les luttes des petits paysans et des paysans sans terre notamment dans les Aurès, dans la Mitidja, les régions de Tlemcen, de Ténès, d'El Asnam, d'Oued Souf. Ce n'est pas un hasard si la première coopérative de la Révolution Agraire a été installée en novembre l97l à Aïn Nehala, un des principaux bastions paysans du PCA.

Uni dans l'action à l'Association des Oulémas le P.C.A. a même mené des luttes intenses pour la défense de l'arabe comme langue nationale et de la culture arabo-islamique, contre ceux qui ont tout fait pour utiliser l'islam à des fins réactionnaires. Avec le concours marquant d'intellectuels de renom, il a contribué à faire renaitre la flamme de notre riche héritage culturel arabo-berbère, avec ses diverses facettes, enseveli sous les cendres de la déculturation colonialiste. Dès ses débuts, le parti des communistes a eu une presse en langue nationale.

Les étudiants qu'il influençait, avec à leur tête Ahmed Inal, au sein des " Etudiants Algériens à Paris ", ont été les précurseurs de l'Union Générale des Etudiants Musulmans Algériens (U.G.E.M.A.). C'est aussi grâce à l'activité bénéfique des étudiants communistes, que l'U.G.E.M.A. fut la première organisation de masse de l'indépendance à sortir de la crise où elle a été plongée comme les autres organisations nationales par les affrontements fratricides de l'été 1962. Sur cette lancée, elle allait devenir l'Union Nationale des Etudiants Algériens (U.N.E.A.) qui a été un formidable champ d'enthousiasme pour les jeunes étudiants de l'indépendance et une grande école de civisme révolutionnaire. Malgré L'interdiction et la répression qui ont frappé I'U.N.E.A., ses dirigeants et militants, elle a fait bénéficier de ses traditions d'engagement patriotique et de démocratie le mouvement du volontariat pour la Révolution Agraire.

Par leur activité pour la libération de la femme et pour l'égalité entre l'homme et la femme, les communistes ont lutté et continuent de lutter, aux côtés des femmes et des hommes de progrès, en faveur du droit des femmes au travail, à l'instruction, à la dignité et pour une législation progressiste. Ils ont été parmi les artisans de l'institutionnalisation de la journée du 8 mars, journée internationale de la femme ".

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Au plan de la lutte pour le socialisme, la paix, l'internationalisme prolétarien, la solidarité internationale

" Ce sont là aussi des axes de principe marxistes-léninistes qui orientent les actions des communistes et de leur parti.

La solidarité internationaliste active des communistes les a trempés et leur a valu en même temps la haine des colonialistes et des impérialistes : luttes conte la guerre du Rif (l92l à 1926), en solidarité avec la République Espagnole (1936 - 1939) avec des figures héroïques comme le commandant Rabah Oussidhoum (mort sur le front de Madrid), contre le fascisme pendant la deuxième guerre mondiale, en solidarité avec les patriotes du Viêt-Nam, de la Tunisie, ...

Le " procès des 61 " organisé en mars l94l par les vichystes vaut à de nombreux militants et dirigeants, des condamnations à mort (tels Mohamed Slimani, Paul Caballero, Lisette Vincent) et des centaines d'années d'emprisonnement. Son incarcération suite à ce procès a coûté la vie à Kaddour Belkaim, secrétaire du P.C.A. à l'époque. La haine des fascistes ne s'arrête d'ailleurs pas aux communistes, mais englobe aussi d'autres patriotes.

Le P.C.A. a mené une intense activité pour la défense de la paix et en faveur de la signature de L' "Appel de Stockholm " contre la bombe atomique. Il a fondé le " Comité Algérien de lutte pour la Paix" dont une délégation commune a participé au 1er congrès mondial pour le maintien de la paix, à Paris en 1919 (...)

L'internationalisme prolétarien est un trait caractéristique des communistes et de leur parti. Pour nous communistes, dans le P.C.A. comme dans le P.A.G.S., ce principe découle du fait que nous considérons notre classe ouvrière et notre parti comme faisant partie du mouvement ouvrier international. Il découle aussi du fait que nous donnons un contenu de solidarité de classe et d'égalité aux rapports que nous entretenons avec les classes ouvrières et partis communistes et ouvriers des autres pays. Il découle du fait que les luttes nationales et internationales sont de plus en plus étroitement liées. Il découle du fait que les luttes que nous menons pour faire jouer à notre pays son rôle dans la lutte anti-impérialiste globale.

Les communistes se font un devoir d'assurer la diffusion des idées du socialisme scientifique dans le pays pour les y enraciner comme ils contribuent à enrichir l'expérience du mouvement communiste et ouvrier international. Ils combattent les tentatives de dévoiement de ces idées vers un social-réformisme dont s'accommodent fort bien l'impérialisme el les exploiteurs capitalistes (le socialisme dévoyé, encouragé par la social-démocratie internationale (française et ouest-allemande notamment) a toujours séduit et séduit encore certains secteurs dirigeants du mouvement national. Il s'est manifesté entre autres par l'adhésion, pendant la guerre de libération de I'U.G.T.A à la C.I.S.L et de l'U.G.E.M.A à la ClECOSEC, organisations internationales scissionnistes à l'égard du mouvement syndical démocratique ouvrier et étudiant, manipulées par la CI.A américaine. Il se manifeste aujourd'hui par cette tendance de "3ème " voie illusoire et dangereuse pour l'indépendance du pays.

Les communistes se fixent comme tâche de faire connaitre les succès des pays du socialisme réel, et particulièrement de I'URSS, en matière de développement national, économique, social et culturel. Cela permet de mieux éclairer les luttes quotidiennes de notre peuple par les perspectives concrétisées pour nos frères de classe dans ces pays, où ils ont établi le pouvoir de la classe ouvrière, empêchant de nuire, les exploiteurs nationaux et étrangers.

Cultiver l'amitié et la solidarité avec l'URSS en tant que nécessité vitale pour notre propre libération nationale et sociale, constitue un axe important dans les activités des communistes hier et aujourd'hui ".

La lecture de ces longs extraits était indispensable pour illustrer la place que le mouvement communiste algérien (P.C.A. - P.A.G.S.) a occupée dans la société algérienne malgré la faiblesse de son poids numérique.

Cette lutte s'est poursuivie même dans les moments les plus sombres de la répression.

Malgré le désarroi que l'effondrement des pays socialistes a créé parmi les partisans du socialisme au moment même où le P.A.G.S sortait de la clandestinité, les communistes se sont toujours efforcés d'être au premier rang de la mobilisation pour la défense des libertés démocratiques et des intérêts politiques et matériels des travailleurs, pour l'indépendance économique du pays, pour barrer la route aux ennemis les plus dangereux auxquels se trouvent aujourd'hui confrontées les forces vives du pays, le fascisme barbare déguisé sous le masque de L'Islam.

Il n'est pas surprenant que de tous les partis politiques démocratiques, ce soit le P.A.G.S, et malgré sa disparition, qui ait versé en tant que parti, le tribut du sang le plus lourd.

Les dizaines de militants qui sont tombés sous les coups des assassins de la bourgeoisie islamiste fasciste l'ont été en raison de leur appartenance passée au P.A.G.S, indépendamment de l'itinéraire politique qu'ils ont parcouru par la suite après l'éclatement de leur parti.

La célébration de ce double anniversaire ne doit cependant pas nous faire oublier que I 'action des communistes n'a pas été exempte d'erreurs (comme le faisait d'ailleurs remarquer la résolution évoquée).

Elle doit nous inciter à éviter deux pièges :

  • Le premier est celui de nous contenter d'évoquer les moments les plus glorieux de cette histoire sans faire la critique des erreurs et des déviations de toutes sortes. Nous risquons alors de nous transformer en secte qui n'aurait aucune prise sur les événements présents et futurs ;
  • Le second est de céder à notre tour au goût morbide pour l'autoflagellation que pratiquent malheureusement certains anciens militants du P.A.G.S. que l'on peut qualifier de " repentis ".

Cette catégorie de militants ne voit plus dans I'histoire du P.C.A. et du P.A.G.S qu'une succession d'erreurs plus ou moins graves.

Pour ces anciens militants, l'éclatement du P.A.G.S en 1992 est un aboutissement logique et mérité. C'est de cette manière qu'ils procèdent pour justifier en réalité leur désertion du champ de bataille.

Nous ne confondons pas avec cette catégorie d'anciens militants ceux, les plus nombreux, qui n'ont pas encore complémentent surmonté le découragement suscité par la disparition de partis communistes, les défaites du mouvement communiste et ouvrier international, et nos propres échecs. Ces militants demeurent fidèles aux idéaux communistes et cherchent encore leur voie pour apporter leur contribution au mouvement de progrès.

Il s'agit pour nous d'amorcer un travail de réflexion individuelle et collective, basé sur l'examen sans complaisance de nos expériences respectives, pour évaluer de façon scientifique, avec rigueur et détermination, les points forts autant que les points faibles de I'histoire du mouvement communiste algérien.

Ce travail de réflexion critique et autocritique ne peut être mené de façon véritablement communiste que s'il se sert de la théorie marxiste-léniniste, de l'héritage scientifique des travaux de Marx, Engels, Lénine et de tous leurs dignes continuateurs qui ont enrichi la théorie du matérialisme historique de la révolution socialiste à l'époque de l'impérialisme.

C'est la condition pour en tirer les enseignements indispensables à la conduite avec succès, et avec le moins de dommages possibles, des dures luttes actuelles et à venir.

C'est ainsi que nous pourrons mesurer l'importance des efforts à déployer pour forger les instruments de réalisation de nos buts immédiats et à long terme : un grand parti communiste, un front populaire démocratique révolutionnaire, des organisations syndicales au service des masses laborieuses et du pays.

Ce travail de réflexion critique et autocritique ne peut être à aucun moment et sous aucun prétexte coupé des exigences liées aux luttes quotidiennes. Une telle voie serait stérile car la réflexion des communistes ne peut déboucher sur des mots d'ordre justes si elle ne s'enracine pas dans les luttes concrètes pour transformer la société.

La fondation du P.A.D.S en 1993 s'est inscrite dans ce type de démarche.

Les militants qui ont pris part à ce processus ont rejeté deux attitudes erronées :

  • ils ont refusé les arguments de ceux qui subordonnaient la création d'un parti communiste à une réflexion théorique préalable achevée, une étude qui aurait embrassé l'ensemble des questions nationales et internationales, à commencer par l'analyse des causes de la défaite du socialisme ;
  • ils ont combattu la tendance à rejeter l'étude théorique et la réflexion politique nécessaires, rejet avancé sous le prétexte que le plus important aurait été de s'impliquer sans tarder dans les luttes économiques et nationales urgentes du "moment" en se contentant, en attendant l'éveil de la conscience révolutionnaire des travailleurs, d'animer un travail de classe dans des cadres d'organisation considérés comme larges car non "partisans", tels que les associations ou les syndicats.

Ces deux tendances qui se rejoignent objectivement renvoient en réalité à une échéance indéterminée, mais toujours repoussée, le processus d'édification d'un parti communiste, enraciné au sein des masses, armé idéologiquement par la théorie révolutionnaire du marxisme-léninisme, trempé dans les épreuves politiques actuelles.

Il faut placer au cœur de la réflexion les questions brûlantes dont les réponses détermineront le succès de l'édification des instruments de la révolution.

En particulier les suivantes :

  • quelles ont été les causes internationales et nationales, objectives et subjectives, de l'éclatement du P.A.G.S. en 1992 ?
  • qu'est-ce qui, dans la ligne adoptée en 1966 et en 1969, a été à l'origine de la coupure dramatique qui s'est instaurée entre ce parti et les masses laborieuses, en particulier les jeunes, coupure sanctionnée par la défaite cuisante subie lors des élections communales de juin 1990 ?
  • pourquoi le courant communiste n'a-t-il pas su riposter à temps au travail interne de destruction du P.A.G.S pour préserver un minimum de conditions de relance rapide du mouvement communiste organisé dans l'unité la plus large des éléments honnêtes acquis au socialisme ?
  • pourquoi n'a-t-il pas su avancer rapidement les éléments d'une plate-forme politico-idéologique susceptible d'amorcer le regroupement des militants opposés à l'abandon du caractère de classe du P A.G.S, puis à sa liquidation, mais encore incapables de mettre en échec cette liquidation par une riposte collective unie ?

Ces questions, il faut les aborder courageusement avec le maximum de militants, sympathisants, amis, en particulier avec les travailleurs révolutionnaires non organisés mais qui recherchent un pôle de rassemblement sur une base de classe.

Il faut les discuter avec la volonté d'élever le niveau de conscience et d'exigence révolutionnaire parmi les jeunes, les masses, parmi tous ceux qui souffrent de la situation actuelle mais ne trouvent pas le cadre d'une action efficace pour réaliser leurs aspirations de classe à la liberté, à la justice sociale, à la fin de l'oppression. Le débat doit être mené avec le but de jeter les bases d'un grand parti communiste dont le P.A.D.S actuel n'est peut-être que le premier grand noyau, un parti renforcé par l'assimilation des enseignements tirés tant de la riche histoire du mouvement communiste algérien que de celle du mouvement ouvrier international ; un parti pétri dans les traditions positives révolutionnaires du pays, y compris celles que le mouvement de libération nationale non communiste a su développer durant les périodes où il a affronté l'impérialisme.

La pratique de la critique et de l'autocritique n'est pas nouvelle chez les communistes algériens. C'est d'ailleurs ce qui les distingue des nationalistes qui tirent une légitime fierté de leur action en faveur de la cause nationale et se targuent toujours de leurs faits d'armes, mais passent systématiquement sous silence leurs préjugés sectaires, leurs erreurs nombreuses et graves ou même certaines compromissions antinationales, citons parmi tant d'autres erreurs, la tentative de certains responsables de chercher dans l'Allemagne nazie le soutien à la lutte contre le colonialisme français ou encore les initiatives sous les formes les plus diverses en direction des dirigeants de l'impérialisme U.S qu'ils pensaient rallier à la cause de l'indépendance.

Une analyse fondée sur la science du matérialisme historique et les acquis des réflexions des maîtres du Marxisme-léninisme aboutirait certainement à considérer que l'autocritique à laquelle se sont livrés les communistes n'est pas toujours allée jusqu'au bout.

Mais ils se sont systématiquement efforcés et avec une constance remarquable, de mettre à nu les racines des erreurs dans lesquelles ils sont tombés à tel ou tel moment, en particulier sur la question de la revendication de I'indépendance avant le déclenchement de la guerre libération nationale en novembre 1954, ou quand ils se sont laissés bercer par des illusions qui les ont conduits à mettre leur parti sous le boisseau, après I' adoption par le F.L.N en avril 1964 de la " Charte d'Alger " qui proclamait le socialisme comme objectif des transformations mises en œuvre au lendemain de l'indépendance.

C'est pourquoi et avant d'exposer les grandes lignes qui font les caractéristiques et l'identité actuelle du PADS il est du plus grand intérêt d'avancer quelques éléments de réflexion qui sont susceptibles d'éclairer le débat autour des questions qui viennent d'être évoquées.

Avant l'indépendance

Dans divers écrits, les communistes ont été amenés à fournir des explications sur certains " faux pas ". Il s'agit notamment de la sous-estimation du fait national pendant la période 1936 - 1948 ou de la prise de position sectaire sur les événements du 8 mai 1945 qui se soldèrent par la mort de dizaines de milliers d'Algériens au cours d'une insurrection mal préparée et dont les dirigeants communistes de l'époque attribuèrent les responsabilités à un complot d'arrière-garde des vichystes.

Rappelons brièvement les faits :

Comme cela a été déjà évoqué, ce sont les communistes qui se font dès les années 20 les précurseurs du mot d'ordre de l'indépendance.

Dans un contexte ou la formation de la classe ouvrière en était encore à ses débuts, où les noyaux communistes ne comprenaient, pour l'essentiel, que des militants d'origine européenne, et où parvenaient les échos des cris de victoire du prolétariat russe qui venait d'abattre le rempart de la réaction, le mérite historique des communistes est incontestable. Ce mérite doit être souligné avec force dans la mesure où leur histoire continue à être falsifiée et dénigrée.

Mais le paradoxe se produit en 1936 quand le P.C.A. renonce à mettre en avant ce mot d'ordre en tant que mot d'ordre stratégique immédiat de l'étape, alors qu'un nombre croissant d'éléments dits " arabo-berbères " rejoignent ses rangs.

C'est ainsi que le P.C.A. a dissocié deux aspects d'une même lutte : le rassemblement des forces dans la lutte antifasciste et la lutte anticolonialiste pour l'indépendance. Cette grave erreur - car cela en était une - est le résultat d'une approche " franco-centriste " véhiculée à travers les fortes pressions que le P.C.F. exerçait sur le jeune P.C.A. dans le contexte dangereux de la montée du fascisme en France.

Comme les écrits des communistes sur cette période de I'histoire l'ont bien montré, cette erreur n'était pas fatale.

L'exemple qui illustre a contrario le caractère profondément erroné de cette démarche est celui de l'attitude créatrice des communistes vietnamiens et de Ho Chi Minh qui ont su lier ces deux aspects, su éviter de mettre en retrait la revendication de l'indépendance et pu de cette façon prendre la tête du mouvement de libération nationale en s'engageant simultanément dans la lutte antifasciste contre l'occupation japonaise et dans la lutte pour l'indépendance.

Sans doute la proximité de la métropole coloniale, le poids de la minorité européenne, ne permettent pas de transposer mécaniquement aux conditions de l'Algérie la relative rapidité avec laquelle les communistes vietnamiens ont pu déclencher et diriger le mouvement insurrectionnel.

Mais, on peut en déduire que si les communistes algériens avaient fait preuve d'un art politique semblable, leur poids dans le mouvement de libération nationale aurait été tout autre.

On a tenté d'expliquer cette erreur par la sous-estimation de la question nationale chez les communistes d'origine européenne. C'est éluder par une pirouette le fait déjà rappelé que le mot d'ordre d'indépendance étant mieux défendu quand les noyaux communistes comprenaient le plus l'élément " européen" alors qu'il est relégué au second rang au moment où de nombreux éléments arabo-berbères sont hissés à des postes de responsabilité au sein du P.C.A.

N'y a-t-il pas eu à la base de ce glissement une interprétation étroite de la notion "d'adversaire principal ", c'est-à-dire le fascisme ?

Comme si la grosse colonisation et le capital financier qui régentaient l'Algérie coloniale n'étaient pas parties intégrantes des bases sociales constitutives du fascisme et du pétainisme ? Selon cette interprétation étroite, les contradictions autres que celles qui opposaient les forces progressistes et démocratiques les plus larges au fascisme revêtaient un caractère secondaire. Au nom de son caractère secondaire la revendication de l'indépendance devenait inopportune et devait donc s'effacer temporairement.

Le P.C.A. s'est mis à la remorque du Front populaire se privant de la possibilité de s'ancrer dans le mouvement de masse au moment précisément où l'effervescence politique et sociale fissurait le Code de l'indigénat et ouvrait des marges d'action inédite. Par contre, le mouvement nationaliste a su exploiter avec habileté les ouvertures démocratiques arrachées avec la victoire du Front Populaire pour se présenter rapidement comme le champion de la lutte pour I'indépendance nationale.

Soixante ans après, nous avons tout intérêt à méditer les enseignements de cette lourde erreur. On s'expose à rééditer ce genre d'erreur car les circonstances qui la favorisent se présentent de façon nouvelle et posent les problèmes tactiques sous des formes nouvelles.

C'est ainsi qu'en vertu d'une conception opportuniste de l'intérêt national, réduit à la seule lutte contre I'intégrisme et pour la modernité, c'est l'erreur inverse qui est commise, si tant est qu'il s'agisse d'une simple erreur. Les révolutionnaires, les travailleurs sont invités à cesser de combattre ou même de critiquer l'impérialisme et ses institutions internationales, à accepter sans broncher l'application de ses injonctions, même si cela conduit le pays à la désintégration, à s'abstenir de combattre la politique antipopulaire du pouvoir bourgeois. Les classes sociales qui défendent une conception bourgeoise de la modernité leur conseillent de taire leur exigence de justice sociale pour "ne pas gêner" les efforts visant à infliger une défaite stratégique aux forces de l'islamisme politique.

Les catégories les plus avancées de la crasse ouvrière réfutent dans les faits cette optique. Ils se battent autant pour mettre en échec la subversion armée et la barbarie de l'islamisme réactionnaire, que pour défendre leurs entreprises contre tes plans de privatisation, préserver leur emploi, revendiquer une austérité sur les plus riches, dénoncer la corruption, défendre les libertés démocratiques, politiques et syndicales, objectifs qualifiés par les tenants de la " modernité " et jusqu'à une période encore récente de " diversion " par rapport à la lutte contre l'intégrisme !

Après l'indépendance

La ligne qui a guidé avec une constance remarquable le P.A.G.S de 1966 à 1989 a été fixée dans la résolution de mai 1969.

Le coup d'Etat du 19 juin 1965 a eu pour effet de pousser les communistes à reconstituer leur parti qu'ils avaient dissout en 1964 pour rejoindre le F.L.N. dans le but illusoire de contribuer à la création d'un parti d'avant-garde sur la base du socialisme scientifique mais avec des assises plus larges.

Le P.A.G.S a procédé à l'analyse des causes de cette décision. Il a soumis cette décision à une critique impitoyable. Cette décision opportuniste résultait d'une appréciation erronée autant de l'impact réel des retombées internes de l'influence du camp socialiste, que de la surestimation du rapport des forces véritable dans le pays et, en particulier, au sein des forces politiques dirigeantes. Elle tenait compte à juste titre des processus de transformation socio-économiques réels que la petite-bourgeoisie patriotique progressiste était en train d'engager. Mais elle se fondait sur une sérieuse sous-estimation des conséquences négatives, anti-prolétariennes, du confusionnisme qui imprégnait sous la phrase révolutionnaire de la Charte d'Alger le credo politico-idéologique de cette aile de la petite-bourgeoisie. Cette décision avait été influencée par l'établissement d'une analogie inadéquate entre le mouvement cubain du 26 Juillet, dirigé par Fidel Castro, qui évoluait vers les positions du socialisme scientifique et les tendances politiques et idéologiques qui marquaient en profondeur le FLN, au sein duquel les courants droitiers bourgeois et anti-socialistes détenaient de fortes positions tout en évitant d'exprimer ouvertement leur hostilité aux orientations progressistes.

La déviation a été favorisée par les écrits d'analystes soviétiques sur les possibilités d'une voie non-capitaliste de développement dans les pays libérés. Ces écrits encourageaient les P.C à s'engager dans une politique de coopération avec les partis de la petite-bourgeoisie. Cette coopération, non seulement n'excluait pas des processus de fusion des communistes dans ces partis, mais les y poussaient parfois au nom d'une prétendue identité des programmes et des perspectives, la dynamique des luttes anticapitalistes et anti-impérialistes étant jugée si forte qu'elle devait induire une évolution idéologique radicale au sein de l'aile démocrate-révolutionnaire de la petite-bourgeoisie.

L'objectif proclamé dans la Charte d'Alger était la révolution socialiste. Le F.L.N. s'était érigé de lui-même en parti d'avant-garde.

Partant de là, il s'était arrogé le droit de contrôler l'activité des organisations de masse et de leur dicter leur ligne de conduite. Les mesures prises dès les premiers mois qui ont suivi I'indépendance : nationalisation des terres des colons, institutionnalisation de l'autogestion dans les fermes et usines reprises en main par les travailleurs après la fuite de leurs propriétaires européens, conjuguées au contenu idéologique de la Charte d'Alger, ont alimenté l'illusion que I'Algérie avait entrepris la révolution socialiste sous des traits originaux. L'idée prévalait que dans le feu des luttes contre les forces de la réaction, le parti au pouvoir devait se transformer en parti acquis au socialisme scientifique. C'est dans un tel contexte que le P.C.A. céda aux pressions et partagea jusqu'à un certain point les illusions des dirigeants progressistes du FLN qui étaient convaincus que les responsabilités qu'ils détenaient dans les appareils d'Etat et à la tête même de ces appareils constituaient une garantie de l'achèvement des tâches de la révolution démocratique populaire, de sa " transformation ininterrompue en révolution socialiste ". Le coup d'Etat du 19 juin 1965 a vite dissipé ces illusions et dégrisé tous ceux qui se méprenaient sur la nature socio-économique de l'étape et ne tenaient pas suffisamment compte des contradictions inconciliables qui traversaient l'Etat avec l'existence comme partie constitutive de cet Etat d'une aile anti-socialiste occupant de fortes positions en son sein, notamment dans l'armée. Ce coup d'Etat avait porté au sommet du pouvoir une coalition au sein de laquelle les éléments droitiers de la petite-bourgeoisie avaient détenu dans un premier temps une position dominante, avant que le courant national progressiste dirigé par Boumediène ne réussisse à reprendre l'initiative en imprimant à I'action socio-économique de l'Etat un cours globalement progressiste durant une quinzaine d'années.

Pour avoir condamné ce coup d'Etat et appelé à résister à ce nouveau pouvoir, des dizaines de communistes furent arrêtés, sauvagement torturés - notamment Bachir Hadj Ali, secrétaire-général du PCA - et maintenus en prison ou en résidence surveillée durant des années. Les éléments de gauche du FLN qui s'étaient associés aux communistes dans l' "Organisation de la résistance populaire" (ORP) subirent un sort similaire.

Dans un tel contexte, la résolution de mai 1969 qui avait explicité les fondements politico-idéologiques essentiels de la déclaration du 26 janvier 1966 a eu le grand mérite :

1 - de réhabiliter la nécessité pour le parti de la classe ouvrière d'avoir une action indépendante sur la base du socialisme scientifique et du marxisme-léninisme.

Elle réfutait les positions défendues par les opportunistes de droite qui niaient une telle nécessité arguant que le pouvoir de Boumediène avait réintroduit la référence aux objectifs socialistes et mettait en application des mesures qualifiées de socialistes telles que la nationalisation des mines, des banques, des entreprises industrielles appartenant au capital étranger;

2 - de définir de façon correcte la nature socio-économique de l'étape : celle de la révolution nationale-démocratique, de la révolution anti-impérialiste.

Elle a de la sorte infligé une défaite idéologique à l'aile populiste de gauche du F.L.N. qui par son appréciation erronée et trompeuse à la fois de la nature de l'étape et de la force des courants progressistes du pouvoir tendait à émousser la vigilance des travailleurs et à les démobiliser. En caractérisant de cette manière la nature de l'étape, la résolution fournissait aux travailleurs les armes théoriques qui leur permettaient de ne pas prendre les mesures socioéconomiques appliquées par le pouvoir (nationalisation des mines et des entreprises étrangères, création d'un secteur public dans l'industrie et l'agriculture par exemple) pour des mesures socialistes, à comprendre que le pouvoir en place n'était pas celui de la classe ouvrière mais celui d'une coalition petite-bourgeoise. Ces mesures affaiblissaient indéniablement les positions du capital étranger et dotaient le pays d'une capacité de décision qui lui permettait de mettre en œuvre des actions d'amélioration des conditions de vie et de travail des populations laborieuses. Le contrôle par la nation des principaux moyens de production n'était pas en lui-même un acte socialiste mais il était susceptible de faciliter le passage au socialisme lors de la transformation révolutionnaire de la nature de l'Etat. Dans un climat où l'aspiration à s'affranchir de la domination capitaliste étrangère alimentait constamment l'illusion que I'Algérie était déjà en train d'édifier le socialisme, la Résolution avait le mérite d'aborder l'analyse de la nature des processus engagés sur la base des critères définis par le matérialisme historique. Elle appelait à soutenir la politique économique du pouvoir dans ses aspects positifs, non parce que ces aspects auraient été de type socialiste mais parce que cette politique tendait par l'élimination des rapports pré-capitalistes, dans l'agriculture notamment, et l'industrialisation en grand du pays à développer la classe ouvrière, à accroître son poids dans la société, à créer en conséquence les bases matérielles du passage, dans une phase ultérieure, à la révolution socialiste. Cette analyse clarifiait les bases de la politique d'alliance avec les courants politiques anti-impérialistes pour toute une étape transitoire. Elle écartait en principe les risques de confusion sur la nature des objectifs assignés à la lutte commune des communistes avec ces courants.

3 - d'identifier ta nature socio-économique du pouvoir, celui d'une coalition hétérogène de la petite-bourgeoisie.

Cette analyse qui tenait compte des contradictions minant le pouvoir jetait les bases d'une politique de différenciation. Elle présentait un grand intérêt tactique pour définir les alliances à tisser autour des tâches de la révolution nationale-démocratique.

Elle faisait ressortir l'existence au sein de ce pouvoir de deux ailes opposées. Ce pouvoir comprenait une aile droitière regroupant non seulement des éléments hostiles au socialisme mais aussi d'autres qui étaient franchement réactionnaires par leur opposition ouverte ou voilée à des mesures qui n'étaient pas en soi socialistes tels que la réforme agraire ou la nationalisation du pétrole ou encore le contrôle du commerce extérieur destiné à protéger l'économie nationale et à endiguer la fuite des capitaux. Face à elle se dressait une aile progressiste qui annonçait de plus en plus son intention résolue de réaliser des tâches de nature à impulser le développement des forces productives, dans l'industrie et l'agriculture, en plaçant les principales richesses du pays sous le contrôle de l'Etat et en orientant le processus d'accumulation nationale de manière à dégager rapidement le pays de la dépendance impérialiste. A mesure que son influence se consolidait cette fraction du pouvoir introduisait aussi des mesures socioéconomiques qui amélioraient les conditions de vie de la classe ouvrière et de la petite paysannerie : subvention des prix des produits de première nécessité, instauration de la médecine gratuite, exonération des paysans de l'impôt agricole, programme d'électrification rurale, démocratisation de l'enseignement, etc. Elle tendait à imprimer à toutes ces mesures un caractère qui devait selon ses conceptions inscrire "irréversiblement" le développement socioéconomique dans ta perspective de "l'édification du socialisme".

Ces mesures engendraient un climat d'euphorie parmi les nombreux travailleurs qui étaient engagés dans les luttes politiques ou syndicales. Ils en étaient arrivés à considérer que I'Algérie construisait effectivement le socialisme et que donc les divergences développées notamment par les communistes n'exprimaient que des querelles partisanes préjudiciables à " l'unité des révolutionnaires " et nuisibles au succès des processus en cours. La conclusion qu'ils tiraient de telles appréciations conduisaient beaucoup d'entre eux à adhérer au FLN ou à chercher à occuper des postes de responsabilité dans l'Etat pour renforcer selon eux le camp des socialistes de manière à peser dans l'application des orientations positives officielles.

Du point de vue de la réfutation de ces conceptions, la Résolution de 1969 mettait en lumière la nature contradictoire du pouvoir et le caractère réversible de sa politique. Elle a eu un impact positif incontestable au moins de la fin des années 60 jusqu'au début des années 70 dans la mesure où elle mettait en garde les travailleurs contre de telles illusions. Elle les appelait au contraire à compter sur leurs propres luttes et non à s'en remettre aux personnalités progressistes du pouvoir qui se présentaient comme les garants de la continuité du processus révolutionnaire et de son "irréversibilité".

Elle les incitait en conséquence à s'atteler à forger eux-mêmes les instruments de la transformation révolutionnaire de la société.

4 - de donner un coup d'arrêt à la tentation qui guettait dangereusement de nombreux révolutionnaires d'entrer dans les luttes des clans qui traversaient le pouvoir et chacune de ses fractions sur la base de clivages subjectifs secondaires et alimentaient un état d'esprit putschiste.

Le P.A.G.S avait tiré tous les enseignements des causes qui avaient provoqué le coup d'Etat du 19 juin 1965 ou la tentative de putsch fomentée par un groupe de l'état-major de l'armée en novembre 1967.

Le coup d'Etat sanglant qui s'était soldé par le massacre de près d'un million de communistes en Indonésie avait indirectement contribué â étayer cette analyse. La résolution prémunissait ainsi les membres du P.A.G.S contre l'aventurisme et les risques de leur instrumentalisation par tel ou tel clan dans des entreprises politiques dépourvues de principe. Il faut rappeler ces circonstances car à l'époque l'état d'esprit putschiste était très répandu au sein de la petite-bourgeoisie progressiste civile ou militaire, non seulement en Algérie mais dans tous les pays arabes.

5 - de mettre l'accent sur les luttes démocratiques pour arracher la possibilité de mobilisation des masses dans la bataille pour faire entrer dans la vie les tâches de la révolution nationale-démocratique.

Dans les luttes pour la révolution nationale-démocratique, autour de la réalisation des tâches d'édification nationale, les communistes se sont retrouvés seuls sur le terrain à affronter la droite réactionnaire et les courants hégémonistes qui défendaient leurs privilèges en verrouillant les possibilités d'action politique pour empêcher le développement du mouvement de masse.

Les luttes autour des tâches de la révolution nationale démocratique ont été indissociablement liées aux luttes démocratiques réelles. La " Révolution agraire " lancée en 1972 a représenté un moment fort à cette époque. Des milliers de jeunes, d'étudiants, de femmes, de travailleurs se sont mobilisés, le plus souvent sous l'impulsion du PAGS, pour peser dans le sens de la liquidation de la grosse propriété foncière ainsi que des vestiges de la féodalité. Ces luttes ont contribué à secouer l'emprise de la réaction et des courants hégémonistes du FLN et de l'Etat sur les campagnes. Encouragés par les " étudiants volontaires ", les petits paysans et les paysans sans terre soumirent durant des années la réaction terrienne et ses alliés dans les appareils d'Etat à un incessant harcèlement et à des pressions qui eurent pour résultat d'ouvrir de larges brèches dans le système imposé par le régime du parti unique de la petite-bourgeoisie et de la droite. Ce furent de grands moments de luttes démocratiques sur le plan social comme sur le plan politique qui ont marqué durablement toute une génération de la paysannerie laborieuse qui cherchait à apaiser sa soif de terre, de progrès et de liberté.

Dans les entreprises industrielles nationalisées ou créées par l'Etat les communistes furent au premier rang de la lutte pour l'amélioration des conditions de travail des ouvriers, pour une gestion démocratique et efficace du patrimoine de la nation, pour traquer et dénoncer la gabegie et la corruption, pour dénoncer autant les attitudes des responsables engagés dans la course pour le prestige ou les privilèges que les malfaçons causées par les sociétés étrangères chargées de réaliser des usines " clés en main ". Les luttes dirigées par les communistes ont contribué fortement à forger une mentalité démocratique, à élever le niveau des exigences démocratiques parmi les travailleurs, les fellahs, les jeunes, les femmes, à répandre l'esprit de révolte contre les injustices, l'arbitraire et l'exploitation. Faut-il donc s'étonner que les forces de l'obscurantisme, de l'hégémonisme bourgeois ou petit-bourgeois, les poursuivent de leur haine, les désignent comme cibles privilégiées des assassins intégristes et que, bien que liquidé organiquement, le P.A.G.S continue encore à hanter les oppresseurs et les exploiteurs des masses qui voient sa trace dans toute lutte menée sur des bases justes et de progrès ?

La résolution de 1969 avait donc fourni la plate-forme politique et idéologique sur la base de laquelle un puissant élan avait été donné à I'action de masses dans les campagnes et les villes. Elle a favorisé le rapprochement de forces progressistes dans le feu des luttes pour imposer l'application des mesures de progrès.

Mais, elle recelait, en même temps, des erreurs et des limites graves qui devaient conduire inévitablement, faute de redressement, à l'impasse et à la coupure d'avec les masses à partir de 1980, alors que l'abandon des objectifs de la révolution national-démocratique par les groupes qui ont étendu leur mainmise sur le pouvoir immédiatement après le décès du président Boumediène aurait dû pousser à réviser la stratégie et la tactique qui avait guidé jusque-là le P.A.G.S.

Le divorce s'est instauré entre cette stratégie et les différenciations sociales accélérées qui s'opéraient à travers, notamment, l'émergence d'une grosse bourgeoisie commerçante, enrichie par ra spéculation à l'ombre du secteur public, de couches compradores au sein de l'Etat, de catégories bureaucratiques aux pouvoirs incontrôlables et viscéralement hostiles à toute politique socialisante. Ce divorce incitait de nouvelles forces inorganisées à rechercher des cadres de mobilisation en dehors du F.L.N plus que jamais contrôlé par des forces droitières antipopulaires.

La Résolution de 1969 contenait les germes du glissement sur des positions opportunistes qui mèneront le P.A.G.S à un dépérissement propice à sa liquidation de l'intérieur sous les coups et les intrigues du courant droitier qui s'emparera au congrès de 1990 de sa direction.

1 - La Résolution de 1969 ne posait pas clairement le problème de la mission historique de la classe ouvrière au cours et au terme de la réinitialisation des tâches de la révolution nationale-démocratique.

Elle ne fixait pas en conséquence pour le P.A.G.S la tâche de préparer la classe ouvrière, à travers ses luttes et sa formation politico-idéologique, à la prise du pouvoir. Cette question sera systématiquement éludée dans toutes les positions de principe que le P.A.G.S sera amené à affiner. La référence au socialisme scientifique et au marxisme-léninisme était en fait réduite à une proclamation platonique, car dépourvue des prolongements stratégiques et tactiques adéquats.

2 - La Résolution de 1969 conditionnait I'action indépendante du parti de la classe ouvrière par les succès de la lutte anti-impérialiste.

Elle considérait que l'édification du Parti était appelée à enregistrer des progrès à travers une politique de front uni anti-impérialiste et anti-réactionnaire.

Elle omettait de voir que les succès de la lutte anti-impérialiste étaient eux-mêmes fondamentalement dépendants du poids de la classe ouvrière et de l'influence de son parti.

Cette " concomitance " traçait implicitement des limites à I'action réellement indépendante du parti de la classe ouvrière.

3 - Elle faisait de la recherche permanente d'une solution pacifique " à tous les problèmes et aux situations de crise de l'Algérie ", un principe fondamental dans lequel I'action du parti de la classe ouvrière devait s'inscrire.

Pour reprendre l'opinion formulée dès les premiers balbutiements du communisme scientifique par les pères du marxisme (Cf. Engels, " Principes du communisme "), les communistes souhaitent toujours que les crises se résolvent de façon pacifique. Mais ils ne sont nullement idéalistes au point de perdre de vue qu'à certains moments de leur développement, les sociétés entrent dans des périodes de crise qui rendent l'usage de la force difficile à éviter, sinon inévitable.

Les classes privilégiées sont les premières à prendre l'initiative de vider " l'abcès " par le recours à la force.

Ce principe abstrait de stratégie de " paix " a lourdement pesé à différents moments cruciaux de l'évolution du pays puisqu'il a imprégné la définition des objectifs tactiques du P.A.G.S au point que, lorsque les contradictions qui se sont accumulées dans la société se sont aiguisées jusqu'à la déflagration, le P.A.G.S en est arrivé à adopter des positions timorées. L'analyse des conséquences tactiques et stratégiques de cette position de principe erronée dépasse le cadre de cet exposé introductif. Elle doit être approfondie.

D'ailleurs, les démocrates révolutionnaires du pouvoir ont eux-mêmes privilégié les solutions " consensuelles " chaque fois qu'ils redoutèrent que leur conflit avec la fraction droitière ne les entraînât dans une lutte à mort et ne les exposât à de gros risques d'éviction. On notera que les démocrates-révolutionnaires furent plus enclins à s'associer à la répression des masses ou des communistes quand la poussée venait de leur gauche, qu'à se décider à en découdre résolument avec leur droite qui sabotait ouvertement ou sournoisement leur politique. En fin de compte, ces solutions " consensuelles " ont plus favorisé le transfert progressif de l'initiative vers les éléments les plus droitiers du pouvoir que permis de maintenir le cap sur l'achèvement le plus complet et le plus conséquent possible de la révolution nationale-démocratique. Ce fut le cas lorsque le débat organisé sur l'initiative du pouvoir sur l'avant-projet de charte nationale donna l'occasion aux masses de se livrer à une dénonciation en règle de la corruption et du sabotage des options de progrès par les éléments droitiers. La fraction démocrate révolutionnaire hésita à s'appuyer sur les masses et accepta de remanier le texte final de la Charte dans un sens qui édulcorait les tâches de l'étape et, surtout, plaçait les instruments de mobilisation des masses sous le contrôle du F.L.N qui était investi par sa réaction pour quadriller la société et étouffer dans l'œuf les velléités révolutionnaires. La droite du pouvoir exploita cette hésitation en tentant d'orienter le débat sur la question de " l'incompatibilité de l'islam et du socialisme ", Au grand jour et pratiquement sous les caméras de la télévision qui transmettait quotidiennement des extraits de débats - soigneusement sélectionnés par Taleb-lbrahimi, ministre de l'information de l'époque, et défenseur aujourd'hui de la cohabitation avec le F.I.S - l'alliance commençait ainsi à se dessiner entre la fraction droitière et les islamistes réactionnaires. Les masses attendaient de ces débats l'épuration de l'Etat des éléments compromis. La première décision qui tomba fut d'exaucer le vœu des intégristes : le vendredi remplaça le dimanche comme jour de repos hebdomadaire. Mesure symbolique qui encouragea les groupes intégristes à étendre leurs activités réactionnaires. Le souci de ménager des solutions pacifiques aux secousses multiples que le pays a enregistrées, a abouti à porter à la tête du pays les forces les plus hostiles à l'achèvement de la révolution nationale démocratique, et à réunir les matériaux d'une explosion plus grande encore que celle qui était redoutée et qui n'avait été désamorcée qu'au prix d'une succession de capitulations partielles (1976, 1978-1979 ...) préparant le point final à la capitulation définitive.

4 - En application de I 'esprit de la Résolution de 1969, le P.A.G.S a renoncé à partir de 1976 à se battre pour arracher la "démocratie formelle" au nom du principe que ce qui importait le plus était le contenu socio-économique de la démocratie.

Partant du principe que la démocratie formelle dissimule l'exploitation des travailleurs et n'y met pas fin, le P.A.G.S en a déduit à tort l'inutilité d'inscrire la conquête de la "démocratie formelle" dans ses objectifs stratégiques. Il a cédé à l'opportunisme ou à la surestimation de la dynamique attendue du processus de la révolution nationale-démocratique en se résignant au fait que les luttes pour les libertés démocratiques soient limitées à conquérir ce qui est possible et nécessaire en faveur de la lutte anti-impérialiste (Expression de la résolution de 1969).

Ces erreurs ont conduit à centrer les efforts du P.A.G.S sur une perspective hypothétique de rénovation du F.L.N. dans le cadre de la construction d'un " grand parti d'avant-garde " en liaison avec celle d'un " front uni anti-impérialiste ".

Cette thèse a été poussée jusqu'à ses ultimes conséquences lorsque dans le climat d'extrême euphorie qui a submerge le pays lors de l'adoption de la Charte nationale de 1976, le PA.G.S. - bien qu'il ne partageât pas cette euphorie et qu'il émît de fortes critiques sur les confusions et les fuites en avant qui marquaient ce texte - a énoncé publiquement qu'il ne revendiquerait pas la reconnaissance juridique de son existence, plus exactement son existence légale, et qu'il admettait l'égide du F.L.N. sur les organisations de masse.

Cette thèse revenait à formuler d'une autre façon l'idée déjà contenue dans la résolution de 1969 et selon laquelle le P.A.G.S admettait que le parti de la classe ouvrière ne puisse assumer un rôle dirigeant dans la révolution nationale-démocratique.

Le souci qui imprégnait implicitement ces positions de principe découlait de la tactique erronée visant à écarter tout ce qui pouvait fournir des prétextes à des diversions à la réalisation des tâches d'édification nationale et aux décantations politiques et idéologiques dans le pouvoir tout comme dans la société.

Le P.A.G.S partait de l'idée que ces décantations allaient se faire dans le feu des luttes de masse pour l'application du contenu positif de la Charte : tâches économiques (industrialisation, révolution agraire, lutte contre les gros spéculateurs), tâches culturelles (extirpation des mentalités féodales et des racines de l'obscurantisme en liaison avec l'élévation du niveau d'éducation du peuple), tâches politiques autour de l'assainissement des appareils d'Etat. Il considérait que ces décantations avanceraient d'autant plus vite que les progressistes auraient veillé à déjouer les pièges de leurs adversaires qui cherchaient à allumer des contre-feux sur la question de l'action organisée et illégale des communistes.

D'un autre côté, cette tactique circonspecte paraît traduire le souci d'éviter de donner prise au déclenchement de répressions de grande ampleur (telles que celles qui ont frappé les communistes en 1963 en Irak, en 1965 en Indonésie, en 1970 au Soudan ...) que se serait attiré inévitablement le parti de la classe ouvrière dans le cas où il aurait provoqué un processus conduisant à un affrontement prématuré ou défavorable avec le pouvoir.

Cette erreur de ne pas revendiquer la reconnaissance de l'existence légale du PAGS était liée à une forte surestimation de la possibilité de faire aboutir fructueusement la rénovation du F.L.N. dans le creuset :

1 - des luttes autour des options de progrès énoncées par la Charte nationale de 1976 et codifiée dans la nouvelle constitution ;

2 - de I'action unitaire des partisans des transformations socio-économiques progressistes ;

3 - de l'intervention des masses à travers les syndicats et les autres organisations de masse ou à travers de nouveaux cadres de mobilisation devant surgir de l'action pour concrétiser les options de progrès.

Le P.A.G.S envisageait la possibilité que la rénovation du F.L.N soit menée avec succès et serve de point de départ ou soit conduite parallèlement à la fusion des éléments acquis au socialisme dans un grand parti d'avant-garde.

Par " rénovation " il entendait une transformation qualitative radicale du F.L.N qui devait s'exprimer dans l'adoption des principes du socialisme scientifique - même si cela n'était pas dit de façon aussi explicite - comme base doctrinale du parti rénové, l'épuration des éléments opposés au socialisme, la prédominance des travailleurs dans sa composante sociale, à la base et au niveau de l'encadrement, la substitution des méthodes démocratiques aux pratiques autoritaires et antidémocratiques dans les rapports avec les masses.

Bien que cette fois-ci le P.A.G.S n'ait pas réédité l'erreur du P.C.A. de 1964, il n'avait pas complètement ni même fondamentalement rompu avec la démarche qui engendrait des illusions sur les possibilités de transformation du F.L.N d'organisation de la petite-bourgeoisie forgée dans la lutte contre le colonialisme pour arracher I'indépendance en une organisation politique ouvrière luttant pour l'abolition du capitalisme.

Cette démarche reposait sur :

1 - une certaine sous-estimation de la signification profonde des grosses confusions idéologiques contenues dans la charte nationale, ainsi que de leurs implications politiques concrètes. La charte ne reconnaissait pas le rôle essentiel de la classe ouvrière. Bien plus, elle le rejetait sous le prétexte que dans les pays sous-développés cette classe est inexistante ou seulement embryonnaire. Elle attribuait le rôle de l'avant-garde socialiste non aux partisans du socialisme scientifique mais aux " éléments patriotiques révolutionnaires ".

Empreint de la plus grande confusion, ce vocable servait en réalité à désigner ceux que la guerre de libération nationale et les résultantes des luttes qui ont jetés les uns contre les autres les frères d'armes des combats anticolonialistes d'hier, ont porté à des responsabilités politiques dans le pays. Or, les personnalités ou responsables que cette étiquette était censée représenter n'étaient dans leur grande majorité nullement acquis au socialisme. Les luttes menées quotidiennement à la base et en dehors des structures officielles l'attestaient suffisamment en révélant les blocages sciemment opposés à tous les niveaux à l'exécution des orientations élaborées au sommet par la tendance dirigée par Boumediène. La direction du P.A.G.S détenait assez de matériaux concrets puisés dans les luttes animées par les militants pour se rendre compte que ce vocable livrait une représentation faussée du rapport des forces véritable dans les appareils officiels.

S'ils pouvaient encore être qualifiés de patriotes révolutionnaires, ce n'était que par rapport à leurs combats passés et à leur confrontation avec les pressions de l'impérialisme dans l'édification d'une économie affranchie des liens de dépendance, notamment à l'égard de l'ancienne puissance coloniale. Par rapport au socialisme ou à ce qui était considéré comme telle à l'époque par la petite-bourgeoisie progressiste, ils étaient pour la plupart tout simplement contre-révolutionnaires.

Sur les tribunes ils juraient leur attachement " irréversible " au socialisme. Dans la pratique ils se livraient à un savant travail de sape. Quant à ceux auxquels cette désignation pouvait vraiment s'appliquer, ils étaient noyés dans la masse des carriéristes et des adversaires camouflés des options de progrès si bien que leur autonomie d'action était de plus en plus réduite et qu'ils étaient amenés à cautionner des décisions contraires à leurs convictions en louvoyant en permanence pour conserver un semblant de pouvoir d'exécution.

Sans le désigner explicitement, la charte rejetait le marxisme et les principes du socialisme scientifique qui en découlaient. Elle lui substituait une conception dite " scientifique de la construction du socialisme ". Cette attitude de rejet n'était pas nouvelle. Elle a marqué avec constance les textes à caractère doctrinaire que le F.L.N a adoptés depuis la Plate-forme de la Soummam en 1956, le programme de Tripoli en juin 1962 et la Charte d'Alger en 1964. Les rédacteurs de ce programme s'étaient même fixé pour objectif d'élaborer une "pensée socio-politique nouvelle" éclairant leur action pour supprimer l'exploitation. En somme, ils voulaient mettre au point une doctrine qui aurait remplacé le marxisme pour éviter d'entrer dans une confrontation tant avec les courants populistes réfractaires au socialisme scientifique, qu'avec les représentants de la bourgeoisie, lesquels n'affichaient pas leurs positions mais attendaient patiemment leur heure tout en multipliant les obstructions à la politique officielle !

Résultat d'un compromis passé entre les tendances de classe qui traversaient le pouvoir, la Charte tendait également à exagérer la place et le rôle de la religion dans la conscience sociale progressiste des croyants et à présenter les positions politiques de ceux-ci indépendamment de leur situation de classe. L'islam était appréhendé de façon unilatérale, le côté progressiste de la conscience sociale des croyants étant fortement idéalisé.

2 - Une surestimation du poids des démocrates-révolutionnaires dans les appareils d'Etat accompagnée d'une grave sous-estimation ou de la méconnaissance des processus d'embourgeoisement qui érodaient en silence leurs positions dans l'Etat. Les démocrates-révolutionnaires étaient eux-mêmes prisonniers de la vision "consensuelle" qui entretenait en permanence la propension à établir un compromis entre courants aux positions politiques de plus en plus inconciliables.

L'approche consensuelle se traduisait dans le maintien du parti unique comme fondement des institutions avec pour résultat la perpétuation des entraves à I'action indépendante organisée de la classe ouvrière.

3 - Le P.A.G.S. n'avait pas tiré les conclusions qu'il fallait du décalage qui était apparu de façon flagrante entre, d'un côté, le niveau des débats populaires, leur contenu avancé et globalement progressiste, et de l'autre, la traduction de ces débats dans le texte final de la Charte nationale avec la consécration du rôle du F.L.N. comme parti unique et hégémonique, officiellement "garant " de l'application de ce texte mais en réalité verrou, au service de la réaction et de la bourgeoisie, de I'action des masses.

Comment donc expliquer que le PAGS ait pu croire à la possibilité de construire le "grand parti d'avant-garde " avec les courants démocratiques-révolutionnaires du pouvoir en fermant les yeux sur l'existence des divergences insurmontables qui l'opposaient à ce courant qui refusait d'adopter clairement le socialisme scientifique comme guide théorique de son action, qui rejetait le rôle historique de la classe ouvrière, qui considérait que le pouvoir en place était déjà celui des travailleurs et que, donc, la question de la révolution socialiste ne se posait pas, qui était incapable de livrer une définition scientifique ou acceptable de l'exploitation capitaliste, qui ne levait pas le petit doigt pour autoriser les communistes à travailler légalement ?

Cette question est posée pour méditer sérieusement les enseignements de cette période de I'histoire du mouvement communiste en Algérie afin de délimiter nettement les bases des rapprochements organiques que l'histoire peut encore mettre à l'ordre du jour entre différentes tendances qui inscrivent leur existence dans le cadre des luttes pour le socialisme.

La décennie 1980

La ligne de la résolution de 1969 ne correspondait plus aux réalités nouvelles créées par le glissement à droite qui s'est opéré à la suite de la mort de Boumediène. En fait, il ne s'agissait pas seulement de "glissement". Le nouveau processus amorçait l'arrêt de la révolution nationale-démocratique. Les groupes sociaux qui ont réussi à s'emparer des principaux leviers du pouvoir au terme d'intenses luttes internes d'appareils, n'avaient pas de projet d'édification à proposer. En dehors de la persistance d'un verbiage révolutionnaire destiné à apaiser les inquiétudes des masses, à leur faire croire que le cap était maintenu sur les options officielles de la période précédente et que les corrections introduites ne visaient qu'à consolider les acquis accumulés, ce pouvoir était devenu celui d'une bourgeoisie compradore et bureaucratique avide de richesses, poussant à la gabegie et à la corruption des masses pour faciliter la neutralisation ou l'éviction des tendances progressistes du pouvoir, isoler les communistes et asseoir solidement son hégémonie. Elle a pour cela endetté le pays, dilapidé les fruits des exportations pétrolières dans la consommation improductive, donné un coup d'arrêt à l'industrialisation, engagé la restitution des terres nationalisées, rétabli le pouvoir économique des gros intermédiaires qui contrôlaient le commerce des fruits et légumes, désorganisé complètement les activités économiques en lançant une opération baptisée " restructuration organique " des entreprises publiques, simultanément à une gigantesque chasse aux sorcières qui ciblait les gestionnaires de ce secteur, sous le couvert d'une campagne dite d'assainissement, soumis le fonctionnement du secteur public économique à des contrôles administratifs visant à l'étouffer, etc.

Son anti-impérialisme verbal cachait une volonté à peine dissimulée de tirer profit de l'affrontement sur le plan international entre impérialisme et socialisme pour obtenir des pays capitalistes des concessions de toutes sortes et notamment des commissions sur les marchés d'importation.

Le F.L.N. s'est transformé définitivement en auxiliaire officiel des appareils de police. Avec l'introduction du fameux article 120 qui imposait la désignation de militants du FLN à tous les niveaux de responsabilité dans les organisations de masse, ce parti était désormais ouvertement chargé de maintenir sous haute surveillance les masses et en particulier l'activité des communistes. Ceux-ci ont été autoritairement démis des responsabilités que les adhérents des organisations de masse, syndicats, unions de jeunesse et de femmes, leur avaient confiées démocratiquement.

Dans le même temps, les mosquées étaient livrées aux groupes intégristes qui en profitèrent pour élargir très vite leur action aux campus universitaires avec la bénédiction du pouvoir et sous la neutralité bienveillante de sa police.

Une telle évolution ne concordait plus avec les prémisses qui avaient fondé la ligne définie dans la résolution de 1969. Le Parti s'est retrouvé, en fait, sans ligne politique, incapable d'avancer des mots d'ordre stratégiques, alors qu'il a été le seul à prédire dès 1980 que la répudiation des objectifs de la révolution nationale-démocratique, dite " option socialiste ", allait conduire inéluctablement à de grandes explosions populaires.

Ce pronostic est resté sans suite puisque le PAGS n'a pas procédé, à partir de tels constats, à un réajustement radical de son analyse de la société algérienne et, par conséquent à la redéfinition de sa ligne stratégique. Il a certes ébauché une explication des facteurs socioéconomiques qui ont été l'origine du "glissement " à droite. Mais cette analyse est restée à l'état de simple esquisse introductive.

Certes, aussi, le P.A.G.S. a abandonné la perspective chimérique de la formation du " grand parti d'avant-garde " avec la gauche du FLN, mais il continuait à apporter un soutien critique à un pouvoir qui n'était plus celui de la révolution nationale-démocratique.

Tout concourait à placer au centre des luttes les questions politiques liées à la nature du pouvoir. Le retour aux tâches et aux objectifs de la révolution nationale démocratique n'était plus possible que par une transformation radicale de la nature du pouvoir. Ce même pouvoir qui traquait non seulement les communistes et interdisait leurs activités mais aussi les secteurs libéraux qui s'engageaient à leur tour dans la contestation, a laissé le champ libre aux actions de sape des " Frères musulmans ".

Le P.A.G.S. a eu durant cette période le mérite d'impulser seul des luttes concrètes pour la démocratie, l'amélioration des conditions d'existence des masses, contre la restitution des terres aux gros propriétaires fonciers. Mais ces luttes n'étaient pas reliées à une perspective stratégique globale qui aurait pu les faire fructifier en préparant les travailleurs à des tuttes politiques de grande envergure pour la conquête du pouvoir.

Cela explique pourquoi ce sont progressivement les courants politiques qui mettaient en avant l'aspiration des masses à un changement de régime, mais qui dévoyaient cette aspiration en la canalisant habilement vers des directions réactionnaires, qui commencent à enregistrer des succès au sein des jeunes et des masses.

La bourgeoisie commerçante a tiré de gros bénéfices durant cette décennie. Le développement de son poids économique (dans les sphères du commerce) la poussait à investir activement le champ politique pour monter à l'assaut du pouvoir. Elle avait maintenant à son service, non seulement de puissants mouvements intégristes, mais aussi des organisations corporatives patronales ou politiques qui se réclamaient de conceptions sociales modernistes.

La crise qui a éclaté avec violence en octobre 1988 a trouvé le P.A.G.S. sans ligne alternative, ni programme.

Plus grave, il a même cru que le changement de gouvernement effectué au lendemain de ces événements sanglants du 5 octobre 1988, dans le seul but de sauver le régime de la bourgeoisie compradore, annonçait le retour des démocrates-révolutionnaires à la tête du pays. Il a réhabilité les critères des années 70, critères basés sur une tactique de différenciation entre les courants contradictoires qui composaient le pouvoir, pour apprécier la politique mise en œuvre par le nouveau gouvernement et définir son attitude vis-à-vis des initiatives du pouvoir. En application de ces critères, le PAGS combattait avec les masses et à la base les courants de droite et apportait son appui aux courants de gauche avec l'objectif de conjuguer leur action dans les appareils avec l'intervention des masses pour faire triompher ure politique de progrès. En réalité la " gauche " du pouvoir ne jouait et ne pouvait plus jouer de rôle révolutionnaire effectif dans le pouvoir depuis la fin des années 70. Elle servait seulement de caution pour désamorcer l'action indépendante des masses à la base, y compris celle que les tendances carriéristes de " gauche " liées aux appareils d'Etat pouvaient encore attirer à partir des organisations domestiquées par le FLN. Comme les recompositions politiques qui s'esquissaient étaient encore fragiles et leurs résultats incertains, la bourgeoisie compradore d'Etat louvoyait sans cesse pour maintenir ses principales positions en attendant de reprendre complètement en main la situation.

Même si les prises de position du PAGS étaient exprimées suivant l'optique des différenciations, l'approche ancienne ne pouvait pas refléter correctement les nouvelles réalités qui se caractérisaient par une grosse effervescence et l'irruption dans les luttes politiques de grands mouvements de masse qu'animait une volonté résolue d'arracher des changements significatifs par I'action "par le bas " et une détermination à ne pas se contenter des promesses de ceux qui gouvernent. Elle ne pouvait être perçue que de façon négative.

L'appui exprimé à des courants présumés de gauche du pouvoir était interprété par les travailleurs et les jeunes qui aspiraient à de profonds changements comme un soutien à un pouvoir pris dans son ensemble.

Le P.A.G.S s'est donc discrédité en appuyant un pouvoir qui venait de noyer la révolte des jeunes dans une boucherie sans précédent depuis I'indépendance et qui, pour obtenir un sursis, poussait le machiavélisme jusqu'à placer sur le devant de la scène politique des personnalités sans pouvoir exécutif réel mais qui étaient considérées comme celles qui incarnaient toujours les choix de la révolution nationale démocratique.

La situation nouvelle commandait pour le P.A.G.S. de prendre la tête des revendications au changement afin de mettre en échec la confiscation par les forces les plus réactionnaires des premiers fruits de ces protestations et des aspirations populaires.

De fait, l'année qui a suivi octobre l988 a vu le développement d'un puissant mouvement ouvrier qui a submergé tout le pays par ses grèves et occupations d'usines.

Mais le P.A.G.S n'a pas osé exploiter le recul subi par les forces antidémocratiques dans le pays pour aller à la rencontre des masses et faire sa jonction avec le mouvement ouvrier.

L'application du mot d'ordre de préservation des intérêts nationaux du pays a subi l'influence de conceptions opportunistes de droite. La " perestroïka " gorbatchévienne a encouragé à fond cet opportunisme en lui apportant des arguments soi-disant scientifiques, telle que la thèse de la priorité des intérêts généraux de la société sur les intérêts particuliers des classes. Dans I'action quotidienne, le mot d'ordre de préservation des intérêts généraux du pays se traduisait soit par la passivité des communistes face aux revendications des travailleurs qui leur paraissaient en contradiction avec cet intérêt général, soit et sous l'instigation des éléments droitiers du pouvoir par la désapprobation des actes revendicatifs des masses. Des secteurs entiers du P.A.G.S se sont employés à " démontrer " aux travailleurs le caractère nocif de leurs revendications pour les " intérêts du pays ". L'argument souvent avancé pour justifier de telles dérives opportunistes consistait à " démontrer " que la gravité de la crise économique ne permettait pas de satisfaire les revendications des travailleurs, que ces revendications mettaient en péril le pays. Comme si les travailleurs ne savaient pas que le pays consacrait une grande partie de ses ressources d'exportation à engraisser la bourgeoisie financière internationale ! Le mouvement revendicatif exprimait au fond, de façon instinctive et confuse, le fait que la classe ouvrière nourrissait une méfiance totale vis-à-vis d'un pouvoir qui trahissait les intérêts nationaux, organisait le pillage des richesses du pays au profit d'une bourgeoisie vorace et improductive tout en répondant par une répression féroce à son exigence de justice sociale et aux cris de révolte de ses enfants.

Le Parti de l'avant-garde socialiste aurait dû saisir derrière ces revendications économiques en apparence contradictoires avec l'intérêt national la montée d'ure aspiration irrépressible à des changements progressistes radicaux dans la nature du pouvoir.

Pour ne pas avoir perçu la nature de classe profonde de ces aspirations, le PAGS a dilapidé le capital de sympathie et de confiance qu'il avait accumulé, malgré des erreurs, durant 25 ans de dures luttes.

Ces graves erreurs ont mené le P.A.G.S, après 1988 à un isolement de plus en plus grand au sein du mouvement ouvrier.

Les noyaux intégristes se sont engouffrés dans la coupure qui s'est installée entre les masses, les jeunes et le P.A.G.S. A l'inverse, ce n'est pas le fait du hasard si c'est dans la paysannerie pauvre que le P.A.G.S rencontrait le plus de sympathie et un appui incontestable. C'est dans ce secteur que les militants révolutionnaires du P.A.G.S. dirigeaient un mouvement de résistance aux opérations de restitution des terres qui étaient réclamées et encouragées par le FIS. Ces restitutions ont été décidées par les "réformateurs" du pouvoir que le PA.G.S, du fait de sa ligne opportuniste, qualifiait de " démocrates-révolutionnaires " et soutenait en conséquence contre les intérêts vitaux de la paysannerie laborieuse. Après le congrès de 1990 la nouvelle direction du PAGS est encore allée plus loin dans la compromission avec le pouvoir en mettant en veilleuse les décisions au congrès d'organiser la résistance aux restitutions. Plus grave, elle a froidement abandonné le travail au sein de la paysannerie au nom de ra nécessité de rechercher l'alliance avec les anciens féodaux, les gros propriétaires contre le FIS.

Causes de l'isolement du P.A.G.S. au sein des masses populaires à partir de 1988.

Cet isolement est la résultante d'un faisceau de facteurs nationaux et internationaux dont il faut poursuivre l'analyse en profondeur. Parmi les facteurs externes il faut citer :

- la violente campagne anticommuniste orchestrée par les Frères musulmans sur l'intervention soviétique en Afghanistan et relayée en Algérie par l'attitude du pouvoir de Chadli Benjedid qui a voulu donner des gages à l'impérialisme en se démarquant de cette intervention.

- la chute des pays socialistes qui a semblé donné des arguments de poids et des aliments idéologiques inespérés aux tenants de la voie capitaliste et du capitalisme aux couleurs de la théocratie islamique. Il faut, à l'inverse, noter que, malgré le matraquage idéologique et les pressions des propagandistes islamistes, cette chute a été instinctivement perçue par la masse des travailleurs comme une évolution négative, " quelque chose de mauvais et d'extrêmement dangereux" pour leurs propres intérêts et futurs. Comme en a témoigné le sentiment de réjouissance largement partagé, y compris parmi les sympathisants des islamistes, après l'annonce du renversement - éphémère - d'Eltsine et de Gorbatchev en août 1991.

Parmi les facteurs objectifs internes on doit relever :

1 - la propagation des conceptions islamistes a été favorisée par le faible degré de l'affrontement de classe en Algérie depuis l'époque coloniale et la faible cristallisation de la conscience de classe que cet affrontement engendre nécessairement.

En raison du contrôle des secteurs économiques modernes les plus concentrés par la bourgeoisie coloniale, l'opposition de classe s'est exprimée à travers une opposition entre colonisation et colonisés, entre nationaux et étrangers, entre musulmans et chrétiens. La colonisation et son corollaire, la lutte de libération, ont estompé la conscience sociale de classe. Chez de nombreux travailleurs, l'exploitation n'était pas considérée comme le produit du système capitaliste et, inhérente à ce système, mais était mise sur le compte de l'oppression par les étrangers.

La classe ouvrière algérienne n'a pas accumulé une expérience sociale suffisante pour se hisser à la conscience que les rapports entre ouvriers et capitalistes, quelles que soient leurs nationalités et leurs religions revêtent un caractère antagonique irréductible.

Le regain d'islamisme trouve ses racines dans ce terrain objectif.

Après I'indépendance et le passage des secteurs-clés de l'économie sous le contrôle de l'Etat, les grands conflits sociaux qui ont éclaté ont opposé principalement les ouvriers aux dirigeants de l'Etat. Les nouvelles générations qui, depuis le berceau, ont bu au biberon de la propagande dite socialiste sans avoir connu l'exploitation capitaliste directe ont subi les effets de la politique antipopulaire des années 80.

Etant donné que cet Etat se décernait le qualificatif de socialiste, de très nombreux jeunes politiquement inexpérimentés ont pu être fourvoyés dans une idéologie, ou des idéologies, qui faisaient passer la dégradation de leur sort non comme la conséquence de la politique de la bourgeoisie au pouvoir mais comme celle de " l'oppression socialiste ".

Dans le secteur industriel privé, que caractérise en général un faible degré de concentration, les ouvriers sont embrigadés dans les réseaux de liens paternalistes qui retardent l'éveil de leur conscience sociale.

C'est d'ailleurs, dans le secteur privé du commerce, des services et de la petite transformation que I'intégrisme a plongé le plus ses racines.

La catégorie de travailleurs qui a subi dans sa chair le colonialisme dans ses formes les plus rétrogrades et les plus dures, est celle des travailleurs agricoles. Depuis le début des années 80, elle a été de façon incessante la cible des attaques du pouvoir pour la déposséder des terres qu'elle a reçues en jouissance soit juste après I'indépendance avec la nationalisation des fermes coloniales soit en 1972 avec la mise en route de la révolution agraire. Mais le poids de cet ancien prolétariat agricole ou de cette petite paysannerie est relativement faible.

Sur un autre plan, celui des revendications dites identitaires, le refus opposé par le pouvoir à la reconnaissance de l'amazighité tend à déplacer la ligne du clivage social, à ossifier les conflits de cette nature et donc à retarder la prise de conscience de classe.

2 - Les retards idéologiques dans la société algérienne dans son ensemble

"Les idées dominantes sont celles des classes dominantes" (Karl Marx).

L'histoire des luttes idéologiques qui ont fait avancer les sociétés ne se présente pas de la même façon en Europe que dans les pays de cultures arabo-islamiques.

En Europe (et par extension en Amérique ratine) le marxisme a pu pousser rapidement sur un terrain qui avait été travaillé par le rationalisme, que propageait la bourgeoisie où en tant que classe révolutionnaire, elle renversait la féodalité et détruisait ses bases économiques et où cette bataille ne pouvait progresser victorieusement que dans la mesure où, elle menait un combat intense sur le terrain des idées pour saper les positions de l'Eglise.

En Algérie, la bourgeoisie " nationale " voit dans la diffusion des idées critiques, non seulement celles du matérialisme historique mais aussi celles du rationalisme bourgeois du 18ème siècle, un danger mortel pour ses intérêts car le prolétariat peut s'en imprégner et passer à l'assimilation du marxisme pour forger les instruments théoriques et organiques de ses combats de classe.

D'autre part, les plus grands bataillons de la bourgeoisie tirent leurs profits du commerce ou de la rente foncière, contrairement donc à la bourgeoisie industrielle européenne qui s'était donnée des représentations idéologiques conforme à sa place dans le système de production et de transformation de la nature, la bourgeoisie algérienne, dans sa majeure partie, ne cherche pas à percer les secrets de la nature ni de la vie ni à balayer les superstitions obscurantistes et les croyances anti-scientifiques. Etant donné la nature de la source de ses revenus, elle se contente de prélever sa dîme sur les produits fabriqués, ailleurs sous d'autres cieux ou à faire usage du technologies mises au point ailleurs sans faire d'efforts des acquis culturels et philosophiques des civilisations qui ont permis ce prodigieux développement des forces, productives.

Il existe certes, des franges bourgeoises qui tentent de s'élever, au moins sur le plan culturel, au niveau de la bourgeoisie des pays capitalistes dominants. Mais elles ne pèsent pas lourd dans le rapport des forces. De plus, elles sont inconséquentes car, si elles veulent s'approprier les acquis du nationalisme scientifique pour changer les bases techniques de la société, elles prétendent (réprimer) la diffusion du contenu social moderne de ce rationalisme qui s'identifie au marxisme. C'est pourquoi le républicanisme qu'elles professent devrait, en vertu des limites imposées par la stricte préservation de leurs intérêts, -se cantonner dans l'implantation du système institutionnel de démocratie formelle de ces pays.

Il apparaît aujourd'hui clairement que la lutte la plus radicale contre les idées obscurantistes est intimement liée à la lutte contre l'exploitation et la dépendance. Cette lutte doit être menée sur le front idéologique et philosophique, Le rôle du parti de la classe ouvrière y est irremplaçable, car il consiste à diffuser la théorie révolutionnaire du marxisme-léninisme au sein de la classe ouvrière. Certaines franges de la bourgeoisie peuvent prendre part à la lutte pour le rationalisme, mais dans les limites que leur tracent leurs intérêts de classe.

3 - Les erreurs et les insuffisances de I'action des communistes :

La question de l'absence d'alternative chez les communistes du P.A.G.S. a été évoquée plus haut.

Ces erreurs, jointes à l'absence d'alternative ont, au fur et à mesure, accentué le caractère petit-bourgeois de la composante sociale du P.A.G.S. En retour cette composante sociale a tiré de plus en plus à droite la ligne du P.A.G.S. Une composante sociale de cette nature n'est pas un mal en soi durant les premières phases de la construction d'un parti communiste s'il se trouve placé dans des circonstances historiques objectives qui font jouer aux intellectuels un rôle de ferment et de catalyseur dans l'éveil du mouvement ouvrier sur la base d'une ligne stratégique juste. A la condition, précisément, que ce parti soit doté d'une telle ligne et que cette ligne lui fasse ressentir que son implantation dans la classe ouvrière est une question de vie ou de mort pour lui en tant que parti aspirant à porter des caractéristiques véritablement prolétariennes. Ce fut, par exemple, le cas jusqu'à l'insurrection de 1905 du parti ouvrier social-démocrate de Russie.

Parce que sa ligne était juste et que le programme adopté en 1903 reflétait les tâches et les exigences de l'étape, parce que sa tactique était tendue par une volonté inflexible de prendre la tête du mouvement révolutionnaire, bien que démocratique-bourgeois dans son essence historique, le POSDR avait subi avec succès l'épreuve du feu. Il s'est donné une base de masse à partir du moment où l'avant-garde de la classe ouvrière et de larges franges ouvrières et paysannes avaient vu en lui le défenseur conséquent de leurs revendications politiques et sociales. Cette base de masse, non seulement il l'a conservée malgré la défaite que l'autocratie avait infligée à la révolution, malgré l'esprit défaitiste qui s'était institué chez la plupart des intellectuels et la désertion massive que son état d'esprit avait suscitée parmi eux, mais cette base de masse a constitué le levier solide de la révolution victorieuse de 1917.

Le PAGS s'était dès 1968-1969 assigné pour tâche de mener un travail en profondeur au sein des masses, un "travail de fourmi" comme cela était formulé de façon bellement imagée pour mériter pleinement le titre de parti de la classe ouvrière. Mais, les tendances lourdes induites par la ligne tracée dans la résolution de 1969 se sont traduites à partir de 1973 par le déplacement du centre de gravité de toutes les préoccupations du PAGS vers la résolution des "tâches d'édification nationale" comme tâche centrale. Il ne s'agissait plus de mettre au premier plan la tâche de construction du parti comme cela était admis, au moins implicitement, par les militants à tous les niveaux. Il ne s'agissait plus de placer au cœur du travail de longue haleine la confection des outils organiques pour faire peser les masses dans l'achèvement des tâches de l'étape et les préparer à la confrontation inévitable avec la bourgeoisie qui se renforçait au cours de cette étape à mesure que s'étendaient les rapports marchands et que grossissait l'accumulation du capital privé. Cette substitution, d'apparence anodine, a alimenté de graves ambiguïtés dont les conséquences négatives ne sont apparues au grand jour que lorsque la question du changement de pouvoir s'est posée de façon explosive à toute la société en 1988 et que, de toutes les classes sociales en lutte pour le contrôle de l'Etat, seule la classe ouvrière s'est retrouvée sans parti véritable, sans parti capable de diriger ses luttes.

L'infléchissement à droite de la ligne du PAGS est reflété dans le caractère de plus en plus timoré de ses prises de position et sa propension à éviter l'affrontement avec le pouvoir. Cela s'est illustré dans le vote en faveur de Chadli lors de sa réélection en 1984 ou de la Charte de 1986 qui, à l'issue d'un simulacre de débat, avait vidé complètement la Charte de 1976 de son contenu socio-économique positif et accentué le rapprochement avec les thèses islamistes.

Ce caractère opportuniste a revêtu des aspects plus nocifs après l'explosion d'octobre alors que l'intervention grandissante des masses appelait à un redressement de la ligne pour orienter cette intervention en tirant profit au maximum du rapport des forces qu'elle était en train de créer avant que les forces de I'ultra-réaction ne s'emparent des possibilités d'action inédites qui venaient de s'ouvrir. Les travailleurs et les jeunes qui désiraient le changement observaient les initiatives et les mots d'ordre de chaque courant. Les préjugés favorables pour le PAGS ont commencé à s'effriter au vu de mots d'ordre erronés ou de graves hésitations :

- Appel à voter " nul actif " lors de la deuxième reconduction de Chadli comme candidat unique à la Présidence, alors qu'il fallait appeler à rejeter cette réélection ;

- Réticence à appuyer l'exigence de poursuivre des responsables des massacres et des tortures d'octobre 1988 ;

- Soutien aux réformes économiques et sociales conduites par Hamrouche. Ces réformes consistaient à déréglementer l'économie sous le prétexte fallacieux de la délivrer des méthodes bureaucratiques. Elles ont libéré les prix au profit des spéculateurs, entamé la suppression de la subvention des produits de première nécessité, aux dépens des couches les plus pauvres, préparé le terrain à la privatisation des entreprises publiques en les transformant en sociétés par actions, démantelé ce qui restait du système coopératif agricole, restitué les terres nationalisées, annoncé le désengagement de l'Etat de toute politique industrielle, les entreprises devant se plier aux lois du marché, introduit la précarité et la flexibilité dans la situation des travailleurs avec la banalisation du contrat à durée déterminée dans la foulée d'une révision des lois sociales etc.

En conséquence de cet appui stratégique à Hamrouche, la direction du PAGS ne soutenait plus que du bout des lèvres la protestation des masses contre l'austérité à sens unique, avant de déclarer après le congrès de 1990 que cette revendication était " populiste " ou, d'une façon qui se voulait encore plus savante, contraire aux lois objectives de l'étape ! De même, la lutte contre la désorganisation des entreprises publiques ne bénéficiait plus de l'attention de cette direction. Avec la montée de l'islamisme, ces luttes étaient opposées à ta lutte contre la réaction. Elles étaient tantôt qualifiées de préoccupation mineure tantôt de diversions plus ou moins inspirées par l'opportunisme voire par l'intégrisme, ce qui constituait une contrevérité flagrante au vu des revendications ultra-libérales des islamistes.

Entre la qualification des tâches d'édification nationale de "tâche centrale " et la politique de soutien sans faille au programme liquidateur de Hamrouche, il existait un lien étroit. Sur le plan idéologique l'argument mis en avant était de juger un programme sous l'angle de sa capacité à impulser le développement des" forces productives, développement que le courant opportuniste présentait comme un critère marxiste suprême. Il détachait de cette manière le développement des forces productives du caractère des rapports de production et de la nature de la propriété des moyens de production.

La théorie de la " nouvelle mentalité " élaborée par les liquidateurs gorbatchéviens trouvait dans le PAGS ses disciples créatifs et ses prolongements dans un habillage multiple adapté aux circonstances locales. Au moment où la question du pouvoir est posée, les uns avançaient une nouvelle formulation de la lâche centrale qui aurait été d'élever le niveau de l'efficacité globale de l'économie. Les autres fixaient aux communistes l'objectif de se battre pour un capitalisme moderne. Les uns et les autres éludaient sur le plan politique la question de la transformation du pouvoir en s'employant à mettre la classe ouvrière à la remorque de la bourgeoisie moderniste. Les uns et les autres veillaient au sauvetage du pouvoir hamrouchien sous prétexte qu'il ne fallait en aucun cas ouvrir une brèche par laquelle les forces de l'intégrisme allaient se frayer le chemin d'accès au pouvoir.

Comble de tout, l'évolution rapide de la situation n'allait pas tarder à révéler que les hamrouchiens étaient des partisans convaincus de la cohabitation avec la bourgeoisie islamiste !

- Parmi les facteurs qui ont engendré les dérives du PAGS, on ne peut passer sous silence l'absence d'un programme véritable de formation théorique et idéologique des militants. Cette carence avait revêtu des formes caricaturales puisque de nombreux militants qui avaient rejoint le P.A.G.S. dans les années 1970 tentaient de combler les lacunes de leur formation en faisant des textes du socialisme petit-bourgeois officiel leurs livres de chevet : Charte de la révolution agraire, Charte nationale, par exemples.

Pourquoi se plonger dans la lecture des classiques du marxisme-léninisme, l'assimilation des œuvres théoriques des fondateurs de cette doctrine, si leur enseignement était "inapplicable " aux réalités algériennes ? En d'autres termes, pourquoi étudier le Manifeste du parti communiste de Marx et Engels ou Deux tactiques de la social-démocratie dans la révolution démocratique bourgeoise en Russie de Lénine, si la question du rôle du parti prolétarien dans la lutte pour le pouvoir en vue de diriger cette révolution est tranchée d'une façon opportuniste, d'une façon qui met la classe ouvrière, contrairement à la tactique marxiste-léniniste, à ta remorque de la petite-bourgeoisie et de la bourgeoisie ?

C'est là que réside au fond l'explication réelle de cette lacune.

Le P.A.G.S. s'est discrédité en continuant, après 1988, à soutenir le pouvoir, alors que celui-ci était perçu par la masse des jeunes et des travailleurs comme celui des corrompus.

Son activité face à I'intégrisme, ses appels à tout faire pour mettre en échec les islamistes ont été interprétés, en raison de ce " préjugé défavorable ", comme l'expression d'une volonté de défendre les gouvernants face à leur contestation.

La crise profonde du système politico-social et celle du P.A.G.S. se sont conjuguées en provoquant la désintégration de ce parti en 1991/1992.

Le courant opportuniste a répudié le marxisme, la perspective socialiste, le caractère de classe du Parti pour épouser l'idéologie de la " modernité ", ce masque élégant de la défense " moderne " du capitalisme. Après avoir commencé par faire valoir que les dangers que faisaient planer les partis islamistes sur l'évolution de la situation commandaient de mettre au premier plan de I'action politique la lutte contre I'intégrisme et de reléguer temporairement au second plan la question de la situation et de la place des travailleurs dans la société, ce courant a fini par déclarer que le socialisme était lui-même une utopie néfaste dont il convenait de se débarrasser.

Le P.A.D.S. ne dissocie pas la lutte pour mettre définitivement en échec la bourgeoisie islamiste ultra-réactionnaire des autres facettes de son action.

Il lie dans un même combat :

  • l'action pour isoler et battre cette bourgeoisie ;
  • la lutte contre l'autoritarisme grandissant des autres forces de la bourgeoisie au pouvoir ;
  • la défense des libertés démocratiques ;
  • la préservation des acquis du développement et principalement du secteur public, outil stratégique de ce développement ;
  • la défense de l'indépendance économique qui se trouve dangereusement remise en cause par la tutelle exercée de plus en plus par le FMI et la Banque mondiale sur notre pays;
  • la lutte dans les circonstances actuelles pour un minimum de justice à travers les mesures d'austérité sur les plus riches.

Le P.A.D.S. est un parti marxiste-léniniste de la crasse ouvrière alliée à la paysannerie laborieuse.

Le but qu'il poursuit est l'instauration de la société communiste,

Dans les luttes qu'il mène aujourd'hui pour que soit écrasé le péril fasciste, il ne perd pas de vue, ses objectifs à long terme.

Il se propose d'apporter à la classe ouvrière l'éducation politique et idéologique afin qu'elle acquière la conscience du rôle historique qu'elle doit assumer dans la société. Il œuvre constamment à la préservation de son indépendance non seulement organique, mais aussi politique et idéologique. A cette fin, il a pour devoir d'intensifier son travail au sein des masses laborieuses dont il soutient les revendications matérielles et politiques qui vont dans le sens du progrès de la société.

Le poids et l'influence qu'il doit gagner dans les masses laborieuses est la condition incontournable pour que la crasse ouvrière soit en mesure de jouer un rôle dirigeant et moteur dans les alliances à tisser autour des objectifs démocratiques antifascistes.

Le P.A.D.S est partie prenante de tous les efforts pour lier de plus en plus étroitement les luttes nationales et les luttes au plan international.

La seule réponse au diktat de l'Internationale du capital est la concertation internationale des travailleurs et des peuples exploités du monde entier. Le décalage existant entre l'internationalisation de la pression des capitalistes et la dispersion du mouvement ouvrier ne peut être surmonté que par l'action patiente et persévérante de tous ceux qui placent leurs analyses et leurs initiatives sur le terrain des principes du communisme.

L'internationalisme prolétarien et le patriotisme révolutionnaire sont deux facteurs indissociablement liées de I'action des communistes où qu'ils se trouvent.

Le P.A.D.S entend déployer tous les efforts qui dépendent de lui pour que soient forgés dans notre pays :

- un grand parti communiste ;

- un-front populaire démocratique révolutionnaire, pilier central des alliances antifascistes ;

- un syndicat ouvrier de classe, de masse, démocratique, unitaire et internationaliste ;

- sur le plan international le PADS propose de multiplier et d'intensifier les échanges, les initiatives pour favoriser I'action de plus en plus unitaire des travailleurs contre le diktat impérialiste. Les communistes doivent s'inspirer de l'action exemplaire que Marx a menée en 1864 dans la fondation de l'Association internationale des travailleurs. Il a su lier de façon créatrice l'impulsion des luttes des travailleurs pour des objectifs matériels partiels et limités (telle que la limitation de la durée de la journée de travail à 8 heures) à leur éducation socialiste en vue de la conquête du pouvoir.

Faisons de 1997, année de la commémoration du 80ème anniversaire de la grande révolution socialiste d'Octobre, une année de débats et de réflexions à la lumière de notre théorie marxiste-léniniste !

Faisons connaître dans quelles terribles conditions la première grande tentative de transformation de la société sur des bases révolutionnaires et socialistes a été entreprise, ce qu'elle a apporté à l'humanité tout entière, directement ou indirectement.

Méditons les grands enseignements que les communistes se doivent d'en tirer pour-venir à bout du découragement et du scepticisme que la défaite temporaire du socialisme a semé parmi les exploités, pour repartir de nouveau à l'assaut du ciel !