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Algérie, Parti Algérien pour la Démocratie et le Socialisme, Parti des communistes d'Algérie

L’Equation militaire-politique en Syrie

Publié le 10 Novembre 2016 par Lien-pads in 9- INTERNATIONAL - Europe

Plus de dix années se sont écoulées depuis que l’écrivain Alexandre Zinoviev (1) a comparé la Russie capitaliste à un « lapin à cornes ». La description de la Russie comme un « lapin » exprime clairement les choses, parce qu'au cours des premières années de la restauration capitaliste, la bourgeoisie russe reconstituée, s'efforçant d’intégrer son pays dans la « pyramide » impérialiste mondiale et de consolider ses positions à l’intérieur, cédait facilement aux exigences des États-Unis et d’autres puissances. Et cela, malgré le fait qu’elle avait hérité de l’Union Soviétique un puissant arsenal. De là le qualificatif de « cornu ».

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(Larges extraits de l’article publié dans dans le premier numéro de 2016 de « Kommounistiki Epitheorisi », organe politique et théorique du CC du KKE).

Elissaios Vagenas

Membre du CC du KKE,

Responsable du Département de Relations

Internationales. 

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Or, voilà que les choses changent. Et la Russie, de plus en plus souvent, utilise sa force militaire hors de ses frontières. Elle a agi ainsi en Moldavie (dans le cas de la Transnistrie), au Tadjikistan, en Géorgie (dans le cas de l’Abkhazie et de l’Ossétie du Sud), en Ukraine (dans le cas de la Crimée), c'est-à-dire sur des territoires de l’ex-URSS considérés comme une « zone d’intérêts directs » de la Russie. Par son intervention militaire en Syrie, Moscou a fait un « saut », en empiétant sur le « monopole » américain d’hier, en vue de l’intervention militaire dans des régions plus lointaines. Une intervention qui modifie les termes de l’« équation syrienne » et, en outre, cause des confusions au sein du Mouvement Communiste International ».

Certes, l’intervention militaire russe a été suivie par l’attaque criminelle de Paris. Ce carnage a rajouté à son tour de nouvelles conditions dans « l’algorithme » géopolitique syrien. Et ce, parce que l’assassinat massif de gens a été utilisé par la bourgeoisie française, par celle des pays de l’OTAN et de l’UE en général, comme une « offrande » avec le sang du peuple français, avant leur plus grande implication militaire.

Avant tout, il faut examiner certains développements politiques et militaires fondamentaux utiles à la compréhension de la question étudiée.
 

UNE INTERVENTION MILITAIRE ÉTRANGÈRE CROISSANTE

Les raids aériens russes ont commencé en Syrie le 30 septembre contre ce qu'on appelle « État Islamique ».

Le même jour, et peu avant, la Chambre Haute du parlement russe a approuvé la demande du Président russe Vladimir Poutine de déployer des forces militaires à l’étranger, et plus particulièrement pour soutenir Bachar Al Assad en Syrie.

Cette approbation a été précédée par le discours du Président russe à l’ONU, dans lequel il a défendu les positions de la Russie concernant la Syrie et l’Ukraine. Il a affirmé fortement qu’aucune solution politique n'est possible sans Bachar Al Assad, et qu'il est même nécessaire de le renforcer dans son combat, avec les Kurdes, contre l’État-Islamique.

 Sa rencontre avec le Président des États-Unis Barack Obama, qu’une partie des médias a tenté de présenter comme l'indice d'une convergence entre la Russie et les États-Unis sur la lutte contre l’État Islamique, n'a pas permis de surmonter les contradictions sur l’avenir du régime d’Assad, point évidemment lié à la question de savoir quelle sera la puissance impérialiste qui aura la haute main sur la Syrie.

Ce développement marque clairement la nouvelle exacerbation des contradictions inter-impérialistes, dans la région du Moyen-Orient et de la Méditerranée Orientale. Rappelons que l’intervention militaire russe en Syrie survient après celle des États-Unis, de l’UE, de la Turquie, des monarchies du Golfe et d’autres puissances dans la région, engagées bien avant 2011. Par exemple, l’occupation des États-Unis en Irak, l’attaque de l’OTAN en Libye, l'infiltration en Syrie des forces que les États-Unis et leurs alliés ont armées.

 Il faut remarquer que dès les premiers moments, en 2011, le KKE a condamné l’intervention qui a provoqué de très graves conséquences pour le peuple syrien et pour l’ensemble de la région. Quand les partis bourgeois et opportunistes « célébraient » le soi-disant « Printemps Arabe », notre parti avait dévoilé l’opération de financement et d’équipement organisée par les puissances impérialistes des forces de la dénommée opposition syrienne, qui ont conduit -entre autres- à la création et à l'extension du monstre de l’État Islamique, ainsi qu’à une vague énorme de réfugiés, aussi bien à l’intérieur du pays (environ 10 millions de personnes) que vers l’extérieur (notamment en Turquie, au Liban et en Jordanie où se trouvent à peu près 2 millions de déracinés parmi lesquels, ceux qui en ont la possibilité tentent de rejoindre les pays européens.

 

L'AFFRONTEMENT DES INTÉRÊTS ÉCONOMIQUES ET GÉOPOLITIQUES EN SYRIE

Les relations financières et militaires étroites entre la Russie et le régime bourgeois d’Assad sont bien connues. Ce régime a été tout au long de ces dernières 20 années un allié stable de la Russie capitaliste dans la région du Moyen-Orient et de la Méditerranée Orientale. C’est-à-dire dans une région où a lieu un grand « jeu » géopolitique, avec la participation de joueurs puissants comme les États-Unis, l’UE, Israël, la Turquie, l’Égypte, les monarchies du Golfe, dont les bourgeoisies promeuvent leurs propres intérêts.

Examinons quelques faits plus précisément.

 

LA QUESTION DES MATIÈRES PREMIÈRES

Dans une interview, Assad a déclaré en juin 2013 que : « Les Etats occidentaux, contrairement à ce qu'ils laissent paraître, se ruent maintenant pour nous faire sous la table des exposés « alléchants » en vue de garantir à leurs sociétés des parts dans les entreprises de reconstruction du pays et d’extraction du pétrole et du gaz dont de riches gisements ont été découverts sur la côte syrienne. La Banque Mondiale, qui ne peut bouger sans la permission des États-Unis, nous a elle-même proposé un prêt de 21 milliards de dollars assortis de conditions plus « favorables » , ( … ) ce qui a été complètement rejeté", précisant que "le droit d’extraction des hydrocarbures de la ZEE syrienne a été accordé à une entreprise russe", réaffirmant sa "confiance totale dans le fait que les Russes ne changeront pas leur position sur la Syrie car ils défendent leur sécurité stratégique et leurs intérêts nationaux qui auraient été mis en danger si l'Occident et ses affidés avaient réussi à mettre la main sur la Syrie (3)».

En ce qui concerne la quantité des hydrocarbures, il y a des évaluations diverses (3), alors que des experts syriens affirment que la taille des gisements de gaz naturel du pays change la donne dans la « carte internationale de l’énergie » actuelle, vu que les gisements de gaz naturel en Syrie ont une taille dix fois supérieure à celle des gisements d’Israël.

Les contrats conclus par les entreprises russes pour l’extraction, ont atteint 1,6 milliards de dollars avant les événements. En outre, ces entreprises opéraient dans la construction des raffineries.

 

LA QUESTION DE LA CONSTRUCTION DES GAZODUCS

Le journal russe « Kommersant » écrivait en 2013 : « Les résultats de la guerre en Syrie pourraient affecter sérieusement le marché européen du gaz naturel. Les parties engagées dans le conflit sont soutenues par deux puissances concurrentes qui veulent construire de nouveaux gazoducs devant traverser le territoire syrien en direction de l'UE : l’Iran et le Qatar. À cet égard, les conséquences sur Gazprom et sur les revenus du budget russe seront déterminées dans une grande mesure dans les batailles d'Alep et de Damas » (4).

Précisément, rappelons au sujet de ces divers projets :

- Signature le 27 juillet 2011 d'un accord entre l’Iran, l’Irak et la Syrie portant sur la construction de gazoducs connus sous le nom de « Gazoduc de l’amitié », et devant pomper le gaz naturel de l’Iran vers Bagdad, Damas, Beyrouth et l’Europe Occidentale. (5)

- Le Qatar, principal rival de l’Iran en matière de gaz naturel, a considéré que cet accord évinçait son propre projet, concerté avec la Turquie, de construction du gazoduc devant transporter le gaz de Qatar vers l'Europe à travers l’Arabie Saoudite, la Jordanie, la Syrie et la Turquie. Bien entendu, la condition préalable à cette construction était la participation de la Syrie.

Mais l'accord signé par la Syrie avec l'Iran et l'Irak a mis hors-jeu le Qatar. Or, le projet du Qatar avait aussi la « bénédiction » des États-Unis.

Il va de soi qu'en aucun cas la Russie ne voulait voir se réaliser le projet du Qatar et des États-Unis qui concurrence ses parts de marché en Europe, alors que le projet iranien est plutôt complémentaire du sien et qu'il est douteux qu'il puisse actuellement être réalisé en raison de l’instabilité dans la région. De plus, la Russie s'est aussi pratiquement engagée dans la réalisation de ce projet, vu qu’elle a participé à la construction du gazoduc iranien et à la modernisation des ports sur lesquels il aboutit. (6)
 

LES PROFITS DE LA VENTE DES ARMES

La Russie réalise des gains avec la vente des armes à la Syrie qui était avant les événements un des principaux Etats importateurs d'armes russes. Selon les données de SIPRI, si en 2010 (avant les événements) la valeur des armes russes exportées vers la Syrie équivalait à 238 millions de dollars, elle a atteint en 2013, 351 millions de dollars(7), tandis que la totalité des contrats en cours d'exécution s’élève à 4 milliards de dollars selon « Zenmin Zibao »(8).

Il va sans dire que le renversement incontrôlé du régime d’Assad aurait mis en danger tous ces profits. Comme il est noté : « Si la Russie abandonne la Syrie, il est possible que cette dette ne soit pas reconnue par un autre pouvoir de transition, la poursuite de la vente d’armes à ce pays serait mise en danger, et alors l’influence de la Russie sur un Etat dont la localisation est essentielle au Moyen-Orient sera affaiblie »(9).

DES PROFITS PAR LA SAUVEGARDE DES PARTS DE MARCHÉ SYRIEN

Les entreprise russes ont exporté (et continuent à le faire même si c'est à une échelle moindre qu’avant la guerre) des produits (carburants, machines, aliments, bois etc.), tandis que d'autres entreprises russes opèrent dans le domaine du tourisme et des télécommunications.

Les monopoles russes, évidemment affectés par les hostilités (la valeur de leurs exportations non militaires a chuté de 1,89 milliards de dollars à 582 millions de dollars entre 2011 et 2014(10), subiraient des pertes totales s'il se produisait un renversement incontrôlé d’Assad.

AU PLAN GÉOPOLITIQUE ET MILITAIRE

Il est bien connu qu’à Tartous en Syrie, la Russie dispose d’ « une base navale de services logistiques ». Elle pourrait évoluer en se transformant en base militaire complète de mouillages permanents de sa flotte de guerre en Méditerranée. Il s’agit de la seule base navale russe sur un territoire non russe.

Cela est souligné par le journal chinois « Zenmin Zibao » qui ajoute : « La Russie ne désire pas que d’autres pays collaborant avec elle, soient attaqués, l’un après l’autre, par les États-Unis. Sinon, le rôle de premier plan de la Russie en souffrira sérieusement »(11).

 

PRÉTEXTES UTILISÉS DANS LE CONFLIT

 Les États-Unis et leurs alliés, en lançant l’intervention impérialiste en Syrie, il y a 5 ans, ont utilisé les prétextes de la « démocratie », du renversement du « dictateur Assad », du soutien au soi-disant « Printemps Arabe »∙

Leur hypocrisie était tout à fait évidente, si on considère qui étaient ceux qu’invoquent la « liberté » et la « démocratie » : Les monarchies antipopulaires du Golfe, la Turquie qui occupe la moitié de Chypre, l’UE, les États-Unis qui jouent les premiers rôles dans le massacre des peuples et dans le renversement des régimes qui ne leur conviennent pas, afin que leurs monopoles obtiennent de meilleures positions.

Aujourd’hui les mêmes puissances, toujours accrochées aux mêmes prétextes de la « démocratie », ont récupéré le prétexte de la « guerre contre le terrorisme » et de l’

«Autodéfense » contre les attaques déclenchées par les djihadistes, ennemis déployés à partir des territoires syriens tombés sous le contrôle de l'« État Islamique ».

Pour sa part le pouvoir russe mentionne très rarement les intérêts financiers, géopolitiques que nous avons mis en évidence, comme les causes de son intervention. Pourtant elles sont évoquées même par des hommes politiques et des journalistes gouvernementaux russes. Dans la phase actuelle de l’intervention russe le pouvoir russe met en avant les prétextes suivants :

1. La Russie a été invitée par un gouvernement à fournir son aide contre le « terrorisme » et de plus elle souligne que ses actions ne sont pas contraires au Droit International du moment qu’elle a été invitée par un gouvernement légal.

2. Elle met en avant le fait que plusieurs milliers d’hommes de l’État Islamique proviennent des régions de Russie et d’Ex-URSS et que dans le cas de leur domination en Syrie, elles reviendront en Russie pour y mener aussi des «opérations terroristes » similaires contre la sécurité des territoires du pays et le bien-être du peuple russe.

3. À plus petite échelle les sujets utilisés sont les suivants :

Stopper le flux migratoire et la catastrophe humanitaire, ainsi que la destruction des ruines de l'antiquité, les actes monstrueux de l’État-Islamique.

 4. Après la tragédie de l’avion russe au-dessus du Sinaï, le pouvoir russe a recouru au prétexte de l’« autodéfense » dont nous parlerons plus en détail ci-dessous. [Une partie de l’article comprenant des données sur le rapport de forces qui s’affrontent en Syrie est omis.

EN QUOI CONSISTE L’IMPLICATION MILITAIRE RUSSE

Dans ces conditions militaires complexes, le pouvoir russe a décidé le renforcement des forces d’Assad principalement de deux manières :

 a) En fournissant de l’équipement militaire moderne, des armes de plus grande précision (nouveau véhicules blindés de déplacement du personnel, de systèmes de télécommunications modernes, des avions d’espionnage sans équipage, des armes à feu, etc.)

 b) Par le bombardement aérien des forces des « terroristes ». Dans une démonstration de force, la Russie a bombardé des positions de l’ennemi en utilisant des missiles lancés par des navires de guerre de sa flotte en Mer Caspienne et en Méditerranée, alors que l’aviation syrienne a des avions plus vétustes, avec moins de capacités de porter des coups de précision à l’adversaire.

[Une partie de l’article, comprenant des données sur la force aérienne et navale de guerre de la Russie s’impliquant au conflit en Syrie est omise]

DES VISÉES IMMÉDIATES ET À LONG TERME

 Importance militaire de l’implication russe

Il est estimé que ces actions permettent aux forces armées syriennes de compenser leurs pertes et de surmonter la difficulté de leur remplacement, qu'elles leur permettent de rétablir leur supériorité et leur dynamisme pour affronter leurs ennemis.

De même, selon le journal « The Financial Times »(12), les États-Unis, en collaboration avec la Turquie et la Jordanie, étaient en train de se préparer à exécuter un plan de « zone d’exclusion aérienne » en Syrie, selon le modèle utilisé en Libye. L’implication russe en a bloqué l'exécution.

 Des visées politiques

La bourgeoisie de la Russie cherche à consolider ses intérêts financiers et géopolitiques dans la région de la Méditerranée Orientale.

Après avoir tiré les enseignements des évolutions de la Yougoslavie et de la Libye, où elle n’avait aucune présence militaire et où elle était restée loin du champ de la confrontation, elle tente d'interdire la survenue d'un développement similaire. En appuyant par tous les moyens le régime syrien, la démarche poursuivie par bourgeoisie russe est de faire triompher ses monopoles, et non les monopoles euro atlantiques, de leur assurer un rôle de premier plan ici, d'exploiter les richesses de la Syrie et son peuple, dans la coopération avec la fraction de la bourgeoisie représentée par le régime d'Assad (avec ou sans lui).

Il s’agit d’un développement de nature à "démanteler le blocus" qui frappe la Russie depuis l’impasse en Ukraine, lui donne la possibilité de mieux gérer les contradictions entre l’Allemagne, la France et les États-Unis. De plus, il lui offre la possibilité de se rapprocher encore plus des régimes de l’Iran, de l’Irak et de l’Égypte.

De plus, la défense efficace ou non de ses intérêts en Syrie permettra de jauger la capacité de la Russie à agir avec détermination et force pour sauvegarder ses intérêts dans d’autres régions, comme par exemple en Asie Centrale ou dans des régions dans lesquelles elle cherche à assurer une plus grande pénétration de ses capitaux, comme l’Égypte et l’Iran. Ainsi, le « défi » de la direction russe dans le maintien de ses positions en Syrie constitue une sorte de « garantie » dans son effort de renforcer sa pénétration dans d’autres pays de la région.
 

LA POSITION MILITAIRE ET POLITIQUE DES AUTRES FORCES

Il est important de noter la position d’autres forces puissantes, à un moment où, entre autres, des sanctions financières ont été imposées par l’UE, les États-Unis et leurs alliés contre la Russie, à la suite de l’intégration de la Crimée et des accusations portées contre elle sur son implication militaire en Ukraine Orientale.

Les États-Unis ont réagi négativement à l’implication militaire russe en Syrie. Ils ont poursuivi, pour leur part, leurs raids aériens en Irak et en Syrie, envoyé des « conseillers » aux Kurdes, et probablement à d'autres forces armées opérant en Syrie. Toutes ces actions démontrent l’intérêt des États-Unis pour la région nord-est de la Syrie. Pour appuyer leurs projets, les États-Unis utilisent les bases militaires existantes de leurs alliés, entre autres, les bases de Souda et de Kalamata. Ils dépêchent en même temps le porte-avions «Harry S. Truman (CVN75)» en Méditerranée.

Politiquement, les États-Unis semblent poser la condition immédiate et inconditionnelle de l’éloignement du Président syrien, mais leurs visées réelles sont le renforcement de leur position dans la région et l’affaiblissement de celle de leurs rivaux.

La Chine s'était récemment rangée du côté de la Russie à l’ONU sur la question des armes chimiques de la Syrie lors de la manœuvre des États-Unis visant à obtenir l’approbation de l’ONU pour les opérations de bombardement de ce pays. Elle a opposé son veto avec la Russie.

Diverses sources grecques, font état maintenant de l'arrivée de navires et d'avions de guerre chinois en Syrie pour défendre Assad. Cela n’est pas confirmé par la Chine jusqu’à présent, mais c'est un développement que nous ne pouvons pas exclure. De fait, le journal « Zenmin Zibao » publie une appréciation de l’attaché militaire chinois Jan Jansen, affirmant que tout ce qui est publié concernant l'arrivée du porte-avions chinois pour participer au conflit en Syrie, est pure rumeur et que la Chine ne soutiendra militairement aucune force en Syrie(13).

Le ministre des affaires étrangères Wang Yi, lors de la conférence du 70ème anniversaire de l’ONU, a dit que le monde ne peut pas observer passivement les développements tragiques, mais en même temps personne ne peut intervenir de sa propre volonté dans les affaires d’autres pays. Lors d’une rencontre avec le ministre des Affaires étrangères de la Syrie, il a soutenu que la souveraineté de la Syrie doit être respectée.

Pourtant, lors de ses discours, il n’a mentionné ni Assad ni les initiatives russes, et il a ajouté que « La Chine n’a aucun intérêt en Moyen-Orient, et alors elle cherche à jouer un rôle constructif. »(14)

Le ministère des Affaires étrangères chinois a annoncé que la Chine est pour une solution politique(15).

 Au début du mois de décembre, la porte-parole du ministère des Affaires étrangères de la Chine, Hua Chunying, a déclaré que la Chine « Soutient les frappes de la Russie contre les organisations terroristes de la Syrie, en observant que la Russie mène la lutte contre ces organisations sur le territoire syrien après l’invitation du gouvernement de cet Etat. »(16)

La position de l’Allemagne présente un intérêt spécial. Elle se différencie de celle des États-Unis. Initialement l’Allemagne avait signé la déclaration des 7 (États-Unis, Angleterre, France, Allemagne, Qatar, Arabie Saoudite et Turquie)(17), appelant la Russie à stopper immédiatement ses attaques contre l’opposition syrienne et les citoyens, et à concentrer ses efforts sur la lutte contre l’État Islamique.

 A. Merkel a déclaré le 4 octobre dernier :

 « Nous aurons besoin d'efforts militaires, mais ils n’apporteront pas la solution. Nous avons besoin d’un processus politique, mais celui-ci ne se déroule pas jusqu'ici comme nous le souhaitons». Elle a aussi ajouté qu'il sera nécessaire de faire participer le régime de Bachar al Assad au dialogue : « Pour aboutir à une solution politique nous avons besoin des représentants de l’opposition syrienne et de ceux qui gouvernent Damas actuellement ainsi que d’autres aussi, pour réaliser de vraies réussites.

Et surtout, des alliés des équipes respectives : Russie, États-Unis, Arabie Saoudite et l’Iran, qui pourraient jouer un rôle important, comme d’ailleurs l’Allemagne, la France et la Grande-Bretagne ».(18)

C’est-à-dire, sa position se différencie de celle des États-Unis sur les sujets suivants :

 1) Elle accepte qu’Assad participe au dialogue pour une solution politique.

2) Elle accepte que l’Iran doive y participer elle aussi.

 Cette position diffère clairement, bien sûr, non seulement de celle des États-Unis mais aussi de celle de la France. Il est significatif que la France, emboîtant le pas des États-Unis, ait bombardé la Syrie le 27 septembre (deux jours avant l’intervention russe), alors que le premier ministre Français Manuel Valls, parlant de l’intervention de la Russie, a réintroduit le sujet des armes chimiques (!) en déclarant : « La Russie ne doit pas faire d'erreur sur les cibles en Syrie et frapper d’autres organisations que l’État Islamique », en précisant : « Nous devons frapper les vraies cibles et dans le cas d’espèce, l’État-Islamique ». « La seconde condition est que personne ne peut attaquer les civils. Et surtout, vous savez que le régime (du président syrien) de Bachar (Al Assad) continue à utiliser des armes chimiques contre les civils et cela ne peut pas être toléré », a poursuivi Valls. (19)

 Néanmoins, après les attentats meurtriers à Paris le 13 Novembre 2015, la position Française semble s'être nuancée. Le Président Français F. Hollande, lors de son discours au parlement et au Sénat le 16 Novembre a déclaré : « Le Président Syrien ne peut pas constituer une solution, mais notre ennemi en Syrie c’est l’État Islamique ».

On interprète cela comme un changement de politique sur la Syrie, un rapprochement de la position allemande, vu qu’il n’y a plus d’obstination à écarter Assad (immédiatement).

De plus, Hollande a mentionné qu’il va s’adresser à Poutine et à Obama aussi pour que soient prises des initiatives communes, position qui a satisfait Marine Le Pen demandant depuis longtemps un « changement de position envers la Russie ».

Le porte-avions français « Charles de Gaulle » a appareillé vers la Méditerranée Orientale et a commencé les opérations contre l’ « État-Islamique », cherchant à coordonner les opérations militaires avec les États-Unis (faisant partie de leur alliance) et avec la Russie aussi.

La décision de la France d’invoquer l’article 42, paragraphe 7, du traité de l’UE(20), et non l’article 5 du traité respectif de l’OTAN, montre que la bourgeoisie française veut l’alliance avec les États-Unis, mais qu’elle n’accepte pas inconditionnellement l’hégémonie des États-Unis.

En même temps, le fait que le gouvernement français n’a pas invoqué l’article 222 du traité de Lisbonne (se référant plus précisément aux cas d’attaque terroriste), montre qu'il veut garder ses distances par rapport à l’Allemagne.

La Grande-Bretagne a fait aussi des déclarations très virulentes contre l’intervention russe. Le Premier Ministre Cameron a déclaré : « Ils soutiennent Assad, le boucher, commettant une faute énorme vis-à-vis d’eux-mêmes et du monde, rendant la région encore plus instable »(21). De même, son ministre des Affaires étrangères, Philip Hammond, a accusé la Russie de mener une « guerre classique asymétrique » en Syrie.(22) Le 3 décembre, la Grande-Bretagne a commencé des bombardements aériens aussi, utilisant ses bases militaires sur le « porte-avions insubmersible », c’est-à-dire Chypre.

 Pour sa part, Israël a admis qu’il « opère » sur le territoire syrien pour des raisons d’« autodéfense », et cherche à garder l’équilibre, mais en exprimant son mécontentement pour l’implication militaire directe russe. Le Premier

Ministre Netanyahou a déclaré qu’il ne veut pas le retour de la confrontation dans les relations entre Israël et la Russie (23) et d’autre part il a dit que « Nous venons de nous rendre compte seulement maintenant que nous avons une même frontière avec la Russie » (24). Pourtant, il faut noter ici que la Russie affirme à Israël que l’intervention militaire russe ne menace pas ses intérêts, bien au contraire !

Certes, toutes ces forces ont l’intention – et quelques-unes l’on déjà réalisé – de créer « des mécanismes » pour éviter un accrochage militaire accidentel de leurs forces avec celles de la Russie.

La Turquie, en utilisant la soi-disant « doctrine des nouveaux ottomans » et la religion musulmane comme un élément unificateur au Moyen-Orient, aux Balkans et dans le Caucase, met en avant les ambitions de sa bourgeoisie, pour promouvoir son rôle dans le système impérialiste mondial, premièrement au sein du G20 et ensuite dans un cercle plus étroit.

Son rôle dans la crise syrienne est décisif ! La bourgeoisie de la Turquie a soutenu les Djihadistes et les accusations portées contre elle sur son engagement dans le commerce illégal du pétrole provenant des territoires contrôlés par l’ « État Islamique » sont fondées. La bourgeoisie turque a soutenu dès le début les projets de partition de la Syrie et de l’Irak. Elle ne réclame pas seulement des frappes aériennes en Syrie. Elle a demandé aussi l’application des mêmes mesures que celles qui ont été exécutées en Libye, c’est-à-dire l'instauration de ce qui a été appelé « Zone d’exclusion aérienne » qui, en réalité, créera les conditions d'une invasion terrestre et de l'occupation de la Syrie ou d’une de ses parties. Selon des informations, des forces terrestres turques puissantes ont déjà été déployées sur la frontière avec la Syrie. La destruction du bombardier russe était une action délibérée de la Turquie, pour signifier clairement à Moscou qu'elle ne pourra pas ignorer les intérêts (et les projets) de la bourgeoise turque.

Ce développement a bien sûr provoqué, et continue à provoquer, une plus grande implication de l’OTAN dans la crise syrienne.

Cela serait une omission de ne pas mentionner la formation par l’Arabie Saoudite d’une nouvelle coalition, dénommée « Alliance Militaire Islamique »(25), dans laquelle elle a l’ambition d’intégrer 34 pays du Moyen-Orient, de l’Asie et de l’Afrique, qui affronteront prétendument l’État-Islamique. Un tel projet, qui a clairement l’appui des États-Unis, indépendamment du fait qu'il réussisse ou non complètement, va jouer un rôle particulier dans le cas où il sera décidé de mener des opérations terrestres en Syrie et de réaliser son démembrement.

 

ESTIMATIONS SUR LES PERSPECTIVES DE DÉVELOPPEMENTS

Le fondement sur lequel se forment ces contradictions, à travers aussi leur expression militaire, c’est la concurrence capitaliste pour la profitabilité, le partage de la richesse naturelle et productive. Ainsi, la question syrienne est l'épicentre d'une gigantesque confrontation des forces, ce qui ne signifie pas que la confrontation se produira de façon accidentelle. Il y a beaucoup de possibilités, qui sont influencées par des dizaines de facteurs, dont nous n’arrivons pas à mesurer l’importance ou la dynamique exacte.

Un facteur important c’est l'intervention ouvrière-populaire qui ne s'est pas encore affranchie par elle-même des manœuvres de la bourgeoisie locale et étrangère.Sur la base du rapport de forces d’aujourd’hui, des développements vers les directions suivantes peuvent se produire, sans que nous les classifiions dans un ordre hiérarchique :

a) Poursuite d'une longue guerre d'usure contre Assad et ses alliés avec « mise à feu » d’autres foyers, comme choix principal des États-Unis et de leurs alliés, par exemple de la Turquie, d’Israël, des monarchies du Golfe, dans le but de le « saigner » sur le plan économique sur le long terme et de provoquer un saignement politique et militaire de la Russie en Syrie. En donnant des armes (par exemple des missiles « Stinger » à l’« opposition », qui en aurait déjà fait la demande aux États-Unis mais que ceux-ci ont officiellement refusée)(26), mais ouvrant d’autres « fronts » en l’Ukraine Orientale aussi.

De même en ouvrant de nouvelles « plaies » en Asie Centrale, au Caucase et ailleurs. Une telle éventualité peut, bien entendu, avoir pour les forces qui les planifient des conséquences incontrôlables, par exemple une guerre généralisée. Il y a déjà des états-majors et des groupes politiques qui ont envisagé une guerre d'une telle ampleur entre l'OTAN et la Russie. Ils ont poussé à l'augmentation des dépenses de l’OTAN(27).

b) Une solution de compromis à la crise syrienne. Le compromis concerne en premier lieu les forces étrangères et par extension les forces locales en conflit. Et la forme d’expression du compromis peut avoir des possibilités différentes, dont la plus dominante est la partition de Syrie, vu que l’intervention militaire directe des forces impérialistes a des aspects géographiques. Par exemple la Russie semble plus intéressée par la zone littorale de la Syrie, les États-Unis par la partie nord et nord-est, où ils ont dépêché des « conseillers » militaires auprès des groupes armés kurdes etc. C’est-à-dire, chaque force étrangère, en soutenant des forces locales de la bourgeoisie, veut séparer la Syrie en « zones », en protectorats.

En tous cas, les intérêts en conflit continueront à s'affronter, il s’agira d’une fausse paix impérialiste, d’une paix avec « le pistolet sur la tempe ».

Le scénario du retour au rapport de force intérieur et extérieur qui prévalait il y a dix ans paraît le moins probable, c’est-à-dire qu’il est peu probable que la Russie arrive à maintenir l'ensemble de ses positions et que le régime Assad puisse « écraser » les « terroristes », qu'il est difficile, comme Poutine l'a souligné, de séparer en « opposition modérée » et en « opposition ».

D’autre part, si un compromis et un « désengagement » du conflit survenaient, ils favoriseraient aussi d’autres puissances impérialistes qui pourraient se concentrer sur d’autres foyers de tension, comme par exemple la Mer de Chine Méridionale, où la confrontation s’intensifie depuis longtemps, premièrement entre la Chine, le Japon, les États-Unis mais aussi entre la Chine et d’autres pays de la région.

 

LES IDEES TROMPEUSES JUSTIFIANT LA GUERRE IMPERIALISTE

L'implication ouverte de la Russie dans la crise syrienne ainsi que les attentats à Paris ont provoqué un “recyclage” des confusions idéologiques, neuves ou pas, que l'on doit analyser. Ainsi, tandis que, par exemple, on ne se pose pas de questions sur la nature de classe de la Russie capitaliste d'aujourd'hui, les visées du capital russe, et que l'on reconnaît même que la Russie moderne est autre chose que l'Union Soviétique, dans la pratique, des idées trompeuses sont mises en avant. De plus, on constate le retour dynamique des théories qui perçoivent les relations et les développements internationaux hors d'un cadre d'analyse de classe. Il s'agit de questions qui méritent une réponse, puisqu'elles mènent les travailleurs à choisir et à se ranger derrière une force impérialiste, dans une guerre qui se déroule pour des intérêts totalement étrangers à eux mais très concrets pour le capital. 

Le “monde multipolaire”, en opposition avec l'“empire des États-Unis”.

Certaines forces, qui ne voient l'impérialisme que dans l'“empire” étasunien, saluent l'apparition de nouvelles puissances capitalistes émergentes dans les affaires mondiales et de nouvelles unions inter-étatiques (BRICS, Organisation de Coopération de Shanghai, Organisation du traité de sécurité collective, ALBA etc.) formées par des états capitalistes sur des bases économique politique et militaire. Ces développements sont salués comme le début de l’émergence d'un monde “multipolaire”, qui “reformera” et qui donnera une “nouvelle souffle” à l'ONU et aux autres organismes internationaux, qui s'échapperont de l'“hégémonie” américaine. On va jusqu'à dire que la paix pourrait être garantie de cette manière. À travers ce “prisme”, on salue l'implication militaire russe en Syrie comme un “pas” vers cette direction.

On affirme que les nouvelles contradictions intra-impérialistes et le reclassement se profilant au sein du système mondial peuvent conduire à la “démocratisation” des relations internationales, puisqu'on voit émerger un monde à plusieurs “pôles” avec le renforcement de l'Allemagne, de la Russie, de la Chine, du Brésil et d'autres états, et le recul respectif des États-Unis.

On entend aussi des propositions dans ce sens comme celle de l'élargissement du Conseil de Sécurité de l'ONU avec d'autres pays.

Alors, la question qui se pose est la suivante :

Un rôle mondial plus important de l'UE ou encore le rôle élargi de la Russie et de la Chine, peuvent-ils mettre les développements internationaux sur d'autres rails, des rails “pro-paix”, comme SYRIZA ou le soi-disant “Parti de Gauche Européenne” affirment ?

D'après nous, pas du tout ! Et cela parce que ce n'est pas le rapport de force concret entre états capitalistes à un moment donné qui cause la guerre impérialiste, mais ce sont bien les lois scientifiques capitalistes : le développement capitaliste inégal, la concurrence, la tendance à acquérir plus de profit. Sur cette base, sont nées et reproduites, sont modifiées les contradictions intra-impérialistes, qui concernent, avant tout, les matières premières, l'énergie et les réseaux de transports, la bataille pour les parts de marché. C'est bien la concurrence monopoliste qui mène à des interventions militaires et des guerres localisées ou de grande ampleur. Cette concurrence se déroule par tous les moyens dont disposent les monopoles et les Etats capitalistes qui expriment leurs intérêts et elle se reflète dans les accords entre Etats qui sont constamment mis en cause en raison du développement inégal capitaliste. C'est ce qu'est l'impérialisme, une source des agressions guerrières de petite ou de plus grande ampleur.

C'est pourquoi tout ce baratin sur la “nouvelle gouvernance démocratique mondiale” mis en avant par les forces jadis socialistes devenues bourgeoises et les forces opportunistes contemporaines, ont pour but d'enjoliver idéologiquement les nouveaux rapports de force au sein de la barbarie capitaliste, impérialiste, pour tromper les travailleurs.

Au cours de l'Histoire, des guerres comme la Deuxième Guerre mondiale ont été lancées au nom de la réparation d'accords injustes ou de la prévention de nouvelles guerres. Il est urgent que les travailleurs s'émancipent de telles supercheries, des pièges de “démocratisation” du capitalisme et des relations internationales, qui les rangent derrière des intérêts étrangers.

Le “monde multipolaire” comme moyen de garantie de la paix et des intérêts des couches populaires est une supercherie. En réalité, cette approche considère l'adversaire comme un allié, elle contraint des forces populaires à choisir entre les impérialistes ou les unions impérialistes et paralyse le mouvement ouvrier.

“Si l'attitude russe englobe le danger d'un embrasement général, elle facilite la lutte antiimpérialiste”.

Ce point de vue va souvent de pair avec la position que la Russie est une “force antiimpérialiste”.

Ces dernières années en Russie, un “courant” politique est apparu qui, sous le nom de “poutinistes rouges”, donnait un soutien politique de “gauche” au Président actuel du pays, Vladimir Poutine. Il s'agit ici d'une forme modifiée de l'idée du “monde multipolaire”, autant trompeuse et paralysante pour le mouvement ouvrier, parce qu'elle met de côté le caractère social-de classe du pouvoir actuel en Russie. Qui a entre ses mains les moyens de production et le pouvoir en Russie ? La réponse, à savoir que c'est la classe bourgeoise qui est la classe dominante en Russie où règnent les monopoles, alors que la grande majorité du peuple fait face à toute la gamme d'impasses économiques et sociales du capitalisme, est ignorée par ceux qui tiennent les dits points de vue. Ils se concentrent sur les disputes entre la Russie et les États-Unis et les autres forces impérialistes. Or, ces disputes concernent les intérêts des monopoles russes et pas ceux du peuple russe.

De plus, c'est important à ce point de clarifier ce qu'est l'“impérialisme”. Si on comprend cette notion en se basant sur les critères scientifiques que Lénine a donné dans son œuvre, selon lesquels l'impérialisme est le capitalisme dans son niveau suprême, monopoliste, alors il devient évident qu'une force capitaliste, telle que la Russie, où règnent les monopoles, ne peut pas être caractérisée comme une “force antiimpérialiste”.

Des forces, même communistes, qui abandonnent l'analyse léniniste de l'impérialisme et le traitent comme une “politique extérieure agressive” ou l'assimilent aux États-Unis et à la thèse sur l'“empire” des États-Unis, peuvent être conduites à de graves erreurs politiques.

Typiquement, de telles forces considéraient la Turquie comme étant une “force anti-impérialiste” il y a quelques années quand Erdogan avait intensifié la confrontation avec Israël et soutenait l'Iran. Dans le même temps, la Turquie était membre de l'alliance militaire impérialiste de l'OTAN, elle occupait militairement 40% de Chypre et menaçait la Grèce avec le “casus belli” (acte de guerre), dans le cas où cette dernière appliquerait le droit international de la Mer dans la Mer Égée.

Certes, l'aggravation des contradictions intra-impérialistes, la guerre impérialiste en soi ne mène pas à un changement du rapport de force en faveur des forces ouvrières, populaires, comme le démontrent les développements en

Syrie, en Ukraine et à d'autres pays. La condition préalable est l'existence de Partis Communistes forts ayant une stratégie révolutionnaire élaborée et des racines dans le mouvement ouvrier, populaire, pour diriger des masses révoltées vers l'objectif du renversement de la barbarie capitaliste.

Des interprétations du droit international privées d'une analyse de classe.

 Dans le cas que nous examinons, plusieurs forces (même communistes) affirment que la Russie agit dans “le cadre du droit international”, ce que ne font pas, d'après eux, les États-Unis et les autres puissances. De ce point de vue, elles font la différence entre l'ingérence militaire russe en Syrie suivant l'invitation du gouvernement syrien et les interventions d'autres Etats capitalistes, justifiant la première.

Toutefois, le “droit international” moderne prévoit trois cas où des opérations militaires sur le sol d'un état étranger sont permises :

1) suivant une résolution du Conseil de Sécurité de l'ONU, comme il a été le cas pour la Libye,

2) suivant une invitation de l'état en question, comme c'est le cas avec la Russie en Syrie,

et 3) pour des raisons de “légitime défense”.

Les États-Unis ont parlé dès le départ de “légitime défense” pour mener leurs raids aériens en Syrie. Mais le gouvernement turc aussi, par sa lettre au secrétaire général de l'ONU, Ban Ki Moon, et au Conseil de Sécurité, fait référence à “l'article 51” de la Charte de l'ONU. L'envoyé permanent adjoint de la Turquie à l'ONU, Levente Eler, écrit dans une lettre :

 “Il est évident que le régime en Syrie n'est pas en position ou n'a pas l'intention de stopper les menaces venant du sol de son pays et mettant clairement en danger la sécurité de la Turquie et de ses civils [...] La Syrie est devenue un refuge (pour l'État Islamique). Cette région est utilisée (par l'EI) pour l’entraînement, la planification, le financement et la réalisation d'attentats au-delà des frontières syriennes, sur le sol turc”(28).

Il convient de noter que l'Article 51 de la Charte de l'ONU, concernant le droit d'un pays à la légitime défense contre une attaque armée, n'a pas toujours eu sa forme actuelle. Initialement, l'article s'appliquait dans le cas d'une “invasion d'une armée étrangère” à un état-membre de l'ONU et lui donnait le droit, en attendant la résolution du Conseil de Sécurité, de pouvoir riposter à cette agression, en frappant pour des raisons de légitime défense même hors de ses frontières, à savoir en ciblant l’état-agresseur.

Or, après le 11 septembre 2001, les États-Unis se sont adressés au Conseil de Sécurité de l'ONU et ont demandé une “interprétation élargie” de cet article, pour qu'ils puissent l'utiliser pour l'invasion et l'occupation de l'Afghanistan contre les “talibans”. À l'époque, le Conseil de Sécurité (la Russie incluse) avait accepté la demande américaine et depuis, la légitime défense ne concerne plus la riposte à une agression (invasion militaire) d'un autre état, mais plutôt une agression armée en général, ce qui, manifestement, est interprété à volonté.

Le 18 novembre 2015 la Russie, a elle aussi, déclaré que désormais, elle agira sur la base de l'article 51, considérant qu'elle exerce ainsi ses droits de “légitime défense”. Cette position a mis fin, de fait, à la discussion au sein du mouvement communiste international sur “si on devrait soutenir celui qui respecte le droit international contre les autres qui ne le respectent pas”.

Cependant, il faut noter que le droit international fait lui aussi partie du droit bourgeois. Tant que l'URSS et les autres pays socialistes existaient encore, il était déterminé par le rapport de force entre les forces capitalistes et socialistes, qui demeurait négatif; des crimes impérialistes, on en avait aussi à ce temps-là. Depuis le renversement du socialisme, le droit international est déterminé exclusivement par le rapport de force entre états capitalistes, il devient davantage réactionnaire et il est utilisé par les forces impérialistes à volonté, dans le cadre de leurs antagonismes et aux dépens des peuples.

Dès lors qu'un conflit impérialiste éclate, la discussion sur qui a agressé l'autre le premier ou qui respecte le “droit international”, devenu plus réactionnaire mais aussi plus “flexible” pour que toutes les forces impérialistes puissent y recourir, est trompeuse. L'essentiel, sur lequel nous devons insister nous, communistes, c'est la base sur laquelle cette guerre se déroule, à savoir les intérêts des monopoles. L'essentiel est d'examiner quelles sont les forces qui se confrontent, des forces ayant un contenu de classe concret.

La caractérisation des États-Unis comme puissance internationale “fasciste” et de la Russie comme puissance internationale “démocratique”.

Cette idée aussi repose sur une analyse sans classe du droit international, qui dit que, généralement, lorsque la classe bourgeoise de la Russie promeut ses intérêts, elle agit dans le cadre du droit international actuel, tandis que les États-Unis, le violent constamment et donc agissent de manière “égoïste”, “fasciste”. Il est ainsi affirmé que si les États-Unis gardent certaines normes démocratiques à l'intérieur, elles agissent de manière “fasciste” dans leur politique extérieure, résultant à un “fascisme exporté”. D'où viennent des appels pour la formation des “fronts antifascistes”.

Cette affirmation contourne, consciemment ou pas, le caractère de classe commun de la politique intérieure et extérieure d'un Etat et désoriente le mouvement ouvrier. La nature de classe du système en tant que critère essentiel est contournée. Les intérêts des monopoles sont satisfaits d'un côté, à l'intérieur des Etats capitalistes avec la politique antipopulaire et d'un autre côté, avec les interventions et les guerres impérialistes pour le contrôle des marchés. Sur cette question, Lénine soulignait: “Il n'est pas d'idée plus erronée et plus nuisible que celle qui consiste à séparer la politique extérieure de la politique intérieure. Et en temps de guerre ce mensonge monstrueux devient encore plus monstrueux”[i]29. Dans plusieurs de ses œuvres, Lénine soulignait que “(...) la classe ouvrière, si elle est consciente, ne puisse être pour aucun des deux groupes de rapaces impérialistes”(30).

L'erreur grave de séparer les Etats en Etats “fascistes” et “démocratiques” conduit le mouvement communiste, le mouvement ouvrier à choisir entre des impérialistes dans le cadre d'une guerre régionale ou générale.

Concernant les références à la Lutte Antifasciste dans la période de la Deuxième Guerre mondiale, il faudra rappeler qu'il existe aujourd'hui des preuves concluantes que la puissance économique et militaire considérable de l'Allemagne fasciste a été obtenue, entre autres, grâce au soutien direct des états bourgeois “démocratiques”: les États-Unis, la France, la Grande-Bretagne se montraient tolérantes lors de ses premières agressions. Par ailleurs, après la fin de la guerre, des criminels de guerre allemands ont rejoint l'OTAN et des services secrets des Etats capitalistes “démocratiques”.

D'ailleurs, il ne faut pas oublier que des crimes contre l'humanité n'ont pas été commis uniquement par les nazis et les pays de l'Axe, mais aussi par les gouvernements des états capitalistes “démocratiques”. Un crime horrifiant de grande ampleur et de masse a été commis par les États-Unis quand, sans raison militaire, ils ont lancé la bombe atomique à Hiroshima et à Nagasaki (le 6 et 9 août 1945).

Le soutien à la force la moins puissante

Certains camarades d'autres Partis Communistes estiment que la Russie est, certes, un Etat capitaliste, mais plutôt une “puissance régionale” dans le système impérialiste international qui, comme d'autres états des BRICS (Brésil, Inde, Chine, Afrique du Sud), respecte les “règles du droit international” et ne fait pas partie de l'”impérialisme mondial”, qui est considéré comme le “noyau du capital financier”.

Or, ce point de vue fait détacher l'économie de la politique, puisque, de nos jours, le capital financier, à savoir la fusion du capital industriel et bancaire, règne dans tous les pays capitalistes.

Tant aux plus “riches” qu'aux plus “pauvres” pays capitalistes sont dominants les grands groupes qui concentrent des sociétés par actions, ce qui est un trait essentiel du capitalisme monopoliste, à savoir de l'impérialisme.

La division des pays capitalistes en “métropoles”, appelés aussi les “milliards d'or” [de la population mondiale, NDLR], et en “périphéries”, limite la notion de l'impérialisme, la réduisant à des questions de dépendance et d'exploitation de la part des “métropoles” capitalistes. La théorie léniniste de l'impérialisme, qui s'est basée sur le développement du capitalisme monopoliste à l'époque de son élaboration, a posé correctement la question de l'existence d'une “poignée” de puissances impérialistes exploitant le reste de la planète. Le transfert schématique à notre époque d'une pareille différentiation entre des pays dans la pyramide capitaliste mondiale, en ignorant les niveaux actuels de développement du capitalisme monopoliste dans beaucoup plus de pays, n'est qu'une caricature du léninisme. Il conduit finalement à la collaboration avec la classe bourgeoise des pays capitalistes les moins développés, ou avec une fraction d'elle considérée comme étant “patriotique”, “non monopoliste”, “agissant sur la base des intérêts de la nation”. Il s'agit d'une position catastrophique pour le mouvement populaire, surtout quand on parle des questions liées à la guerre impérialiste.

Par ailleurs, il faut souligner que la Russie ne peut pas être considérée comme un pays de la “périphérie” simplement parce qu'elle exporte des matières premières. Les États-Unis non plus, même s'ils sont aujourd'hui le pays le plus endetté du monde. Il est aussi bien connu que l'Europe et la Chine ont une dépendance énergétique importante vis-à-vis de la Russie, qui, mises à part les inépuisables matières premières, dispose d'un arsenal nucléaire capable de riposter aux États-Unis, du savoir-faire, d'une force de travail hautement qualifiée et exporte des capitaux. De ce point de vue, elle se trouve parmi cette “poignée” des Etats qui se démarque dans la “pyramide impérialiste”. Ce n'est pas un hasard si elle est la “locomotive” pour toutes les unions des pays capitalistes en Eurasie et pour le rôle qu'elle joue dans les développements mondiaux.

La puissance économique de la bourgeoisie de la Russie est, certes, clairement plus limitée que celle des États-Unis, mais ça ne veut pas dire qu'il faudrait la choisir comme alliée du mouvement ouvrier. Il est important de nous référer à la méthodologie suivie par Lénine, la façon avec laquelle il examinait cette question :

« Le premier des pays dominants détient, disons, les 3/4 de l'Afrique et le deuxième, le 1/4. Le contenu objectif de leur guerre est la redistribution de l'Afrique. Dans quel camp nous nous situerons ? La manière dont le problème s’exprimait au passé, a changé et est désormais illogique : il ne s’agit ni d’un développement pluriannuel d'un mouvement bourgeois de libération, ni du processus pluriannuel d’effondrement du féodalisme. Ce n'est pas la tâche de la démocratie contemporaine ni d'aider le premier pays à consolider son « droit » sur les 3/4 de l'Afrique, ni d'aider le deuxième (même si ce dernier se développe économiquement plus rapidement que le premier) à gagner ces 3/4.

La démocratie contemporaine sera fidèle à elle-même dans la mesure où elle n’adhérera à aucune classe bourgeoise impérialiste; dans la mesure où elle affirmera que «toutes les deux sont l'une pire que l'autre » et dans la mesure

où dans chaque pays, elle souhaitera l'échec de la classe bourgeoise impérialiste. Toute autre solution, sera un acte national-libéral et n'aura rien de commun avec le vrai internationalisme. En effet, aujourd'hui il est indéniable que la démocratie contemporaine ne peut être à la traîne de la classe bourgeoise impérialiste et réactionnaire - peu importe la « couleur » de cette classe bourgeoise (…) ».

“L'attitude russe cache des arrière-pensées et des objectifs de satisfaction des intérêts des monopoles, mais elle soutient un régime 'patriotique', qui mène de son côté une 'guerre juste', c'est pourquoi cette attitude est positive et peut être utilisée par le mouvement anti-impérialiste”.

Pour renforcer ce point de vue, on fait souvent référence aux relations de l'URSS avec la Syrie, contournant le problème du caractère de classe de la Syrie et le fait que les moyens de production sont entre les mains de la bourgeoisie. Le régime baathiste, en gouvernement depuis 1963, a été établi après la Deuxième Guerre mondiale quand des développements positifs ont vu le jour grâce à l'influence de l'URSS, à sa contribution à la Victoire Antifasciste, à la création des régimes socialistes dans l'Europe de l'Est, à l'implosion du colonialisme. À ce moment, en Syrie mais aussi dans la ligne générale du mouvement communiste international, la question de l'indépendance nationale comme première condition préalable au dépassement du retard pris dans tous les aspects de la vie sociale, est devenue la question primordiale. L'URSS et les autres pays socialistes ont élaboré une politique de soutien et de coopération économique et d'autres formes avec ces nouveaux régimes, entre autres le régime syrien, dans le but de ne pas les voir s'intégrer dans le marché capitaliste international et dans les unions impérialistes, mais aussi pour consolider les forces au sein du front gouvernemental qui se positionnaient pour l'orientation socialiste.

La tentative de l'URSS de développer des relations économiques, voire des alliances, avec certains états capitalistes, contre de plus grandes puissances impérialistes, a été légitime et compréhensible, puisqu'elle visait à affaiblir le front commun des Etats capitalistes les plus puissants, elle en détachait des forces, même temporairement et elle profitait des contradictions au sein du camp impérialiste. Le problème était que ce choix conjoncturel (de l'État) de l'URSS, qui s'exprimait avec certains pays sur le plan économique, diplomatique ou autre, était considéré comme un principe. Il a été théorisé et on parlait alors du soi-disant “voie de développement non capitaliste” dans ces pays, ce qui était en lien avec la position sur le “passage pacifique” au socialisme et qui a, enfin, conduit des forces communistes et le mouvement ouvrier à se montrer tolérants ou même à participer dans des gouvernements de gestion bourgeoise.

Par ailleurs, à ce jour, des forces communistes comprennent de manière erronée la thèse léniniste : “le capitalisme monopoliste d'État est la préparation matérielle la plus complète du socialisme, l'antichambre du socialisme, l'étape de l'histoire qu'aucune autre étape intermédiaire ne sépare du socialisme”(32). C'est sur la base du prétendu objectif de maturation des conditions matérielles que le soutien actif et la participation des communistes à la gestion bourgeoise en Syrie sont justifiés. Mis à part le fait que le capitalisme monopoliste d'État est perçu simplement comme l'existence d'un puissant secteur d'État dans l’économie, et pas comme l'impérialisme, le stade suprême du capitalisme, comme Lénine l'a décrit, il faut souligner encore un point: jamais Lénine n'a appelé les communistes à contribuer par des postes gouvernementaux ou autres à la direction et au renforcement du capitalisme monopoliste d'État.

Par conséquent, il s'agit d'une interprétation erronée des thèses léninistes pour justifier la participation des communistes aux gouvernements bourgeois, “de gauche”, “patriotiques” etc. Quelques lignes avant la citation ci-dessus, Lénine écrivait que “La guerre impérialiste marque la veille de la révolution socialiste”(33), or, cela ne veut pas dire que nous, communistes, devons saluer la guerre impérialiste et d'y participer aux côtés de la bourgeoisie de notre pays. La vie a montré que Lénine a été celui qui a brandi le drapeau de l'internationalisme prolétarien contre la participation à la Première Guerre mondiale impérialiste, un drapeau abandonné par la Deuxième Internationale.

Ainsi, la séparation erronée de la bourgeoisie en une partie « patriotique » et en une autre « servile aux étrangers », la participation à des gouvernements bourgeois, peuvent amener le PC et les travailleurs à se battre « sous un faux drapeau », un danger dont Lénine avait bien prévenu(34). D'autant plus qu'il a été prouvé dans les faits que la « troisième voie vers le socialisme » n'existe pas, comme d'ailleurs n’existent pas des étapes intermédiaires entre le capitalisme et le socialisme, ce qui est évident dans le cas syrien entre autres.

Après la contre-révolution et le renversement du socialisme dans l'Union Soviétique, l'Etat syrien a favorisé la centralisation du capital, il a développé davantage les relations avec des intérêts monopolistes et il a appliqué une politique de restructurations avec des mesures antipopulaires.

L'objectif de la bourgeoisie de tout pays capitaliste, en fonction de sa puissance économique, politique et militaire, est la recherche d'une meilleure position dans la concurrence pour le contrôle et l'exploitation des sources de richesse, du pétrole, du gaz, de l'eau, des gazoducs et oléoducs et des “artères” de transport, afin que les monopoles gagnent plus en conquérant des parts plus importantes de marché, en intensifiant l'exploitation de la classe ouvrière et des autres couches populaires. La Syrie n'échappe pas à cette “règle” générale.

Elle avait fait d'Erdogan et de la Turquie un “allié stratégique” suivant le changement d'attitude envers le PKK (il ne faut pas oublier d'où l'”Odyssée” d'Oçalan a commencé pour arriver sur l'île-prison d'Imrali). La Syrie votait des lois, malgré les réactions des communistes, en faveur de la soi-disant “libéralisation du marché”, avec des changements négatifs importants pour les travailleurs (par exemple, détérioration des relations de travail, libéralisation des licenciements entre autres, augmentation des prix dans des produits de consommation populaire etc.). Ainsi, avant 2011 et surtout en début de cette année-là, des manifestations ont eu lieu exprimant le désarroi populaire contre la politique des privatisations et d’austérité suivie par le gouvernement Assad. Un mouvement a été développé revendiquant des augmentations des salaires, un élargissement des droits démocratiques et des réformes à la Constitution.

Dans une certaine mesure, plusieurs de ces revendications ont été satisfaites, mais un plan d'intervention extérieure était déjà en cours, dans le cadre du projet plus large sur le “Nouveau Moyen-Orient”. Ce projet a été promu pour apporter des changements visant à dissuader et à annuler des tendances se profilant contre les intérêts économiques des États-Unis et d'autres puissances impérialistes, telles que la France, du moment où des Etats de la région ont fait des choix différents en se tournant vers la Chine, la Russie et l'Inde; des pays ayant amélioré leur place dans la concurrence intra-impérialiste et constituant des menaces à la position de premier plan des États-Unis dans la “pyramide impérialiste”.

Par conséquent, pour faire bref sur cette question, on peut dire que le caractère d'un pouvoir ne se définit pas à partir des épithètes cosmétiques “servile aux étrangers” ou “patriotique” que quelqu'un ou lui-même utilise, mais à partir de la classe ayant le pouvoir, la classe à laquelle appartiennent les moyens de production. La Syrie n'en est pas une exception.

Il s'agit d'un Etat capitaliste où le pouvoir se trouve entre les mains de la classe bourgeoise. L'attitude de laquelle, surtout après le renversement du socialisme dans l'URSS, a préparé entre autres, le “terrain” pour les développements actuels, dans le sens que la Syrie participait dans le système impérialiste mondial, qu'elle a implémenté des réformes structurelles dans le but de mieux s'intégrer dans l'économie capitaliste internationale, d'ailleurs sans hésiter à s'attaquer à des conquêtes des couches ouvrières, populaires et qu'elle s'est, enfin, mêlée dans les contradictions monopolistes pour le partage des marchés capitalistes.

Bien sûr, il ne nous échappe pas qu'en développant lors de dernières décennies les relations économiques et politiques avec l'Union Soviétique, sans être coupé de la coopération avec des pays capitalistes, le régime syrien s'est opposé de temps en temps, à des plans impérialistes dans la région, qu'il a soutenu la cause juste du peuple palestinien, qu'il a confronté Israël, qui occupe d'ailleurs toujours des terres syriennes depuis la guerre de six jours en 1967. Nous comprenons parfaitement qu'aujourd'hui, l'affaiblissement de ces forces politiques dont le Président Assad a dirigé, ou même son renversement, pourraient conduire à de nouvelles guerres et interventions impérialistes.

Nous sommes contre la guerre impérialiste, nous appelons à l'organisation de la lutte du peuple contre l'implication du pays dans cette guerre, contre l'utilisation du sol, de la mer et de l'air de notre pays comme une “rampe de lancement” pour l'agression contre des terrains étrangers et contre la participation des forces armées grecques. Pour cette raison, nous nous opposons aux choix et aux plans de la classe bourgeoise de notre pays, que le gouvernement sert quand il se déclare prêt à pousser la Grèce dans la guerre impérialiste sous le prétexte de vouloir “combattre le terrorisme”.

Nous exprimons notre solidarité au mouvement communiste en Syrie, qui, clairement, ne pourrait pas rester indifférent face à l'intervention impérialiste étrangère qui se déroule dans son pays actuellement ni face aux projets d'occupation et de scission du pays. En analysant l'expérience historique des mouvements ouvrier et communiste, grec et international, nous croyons, par ailleurs, que la lutte de chaque peuple peut avoir un résultat substantiel dans la mesure où elle sera liée à la lutte pour une patrie sans les capitalistes, hors de toute coalition impérialiste, une patrie où la classe ouvrière sera au pouvoir, le propriétaire des moyens de production et de la richesse qu'elle produit. C'est la seule voie pour mettre fin à ces causes socio-économiques et politiques qui sont responsables pour les formes les plus répugnantes de la gestion capitaliste, telles que le fascisme et les assassins de l'État Islamique.

“La guerre commune contre le terrorisme”.

L'abattement d'un avion militaire russe par la Turquie a fait dissoudre temporairement l'euphorie des médias bourgeois et de plusieurs forces opportunistes sur la prétendue formation d'une “grande coalition” dans une “guerre commune contre le terrorisme” et les criminels de l'État Islamique. On ressasse ici des arguments comme celui concernant l'unanimité aux niveaux “national” ou “européen” qui serait nécessaire à ce moment, puisque l'Europe (et le monde) se trouvent attaqués par le “terrorisme”.

Des forces politiques bourgeoises, de l'Aube Dorée fasciste à la “Gauche” au pouvoir de SYRIZA, ont soutenu l'implication militaire encore plus ouverte en Syrie. Ainsi, par exemple, le PC français s'est positionné, après les attentats de Paris, pour une “ "Il faut construire une coalition internationale sous mandat de l'ONU (...) parce qu'aujourd'hui les Etats-Unis, la Russie, la France et d'autres sont engagés dans des opérations militaires et manifestement elles n'obtiennent pas les résultats souhaitables"”. [35]

Des positions similaires ont été exprimées après les attentats de Paris par certaines forces politiques dirigeantes des Etats, comme la Russie et la France. De leur côté, ces forces visent à “établir” leur position dans les développements politiques qui s'en suivront en Syrie, après l'”affaiblissement” de l'État Islamique, dans le but de garder ou gagner des parts pour leurs monopoles.

Or, les travailleurs en Europe n'ont aucun intérêt à ces appels trompeurs, qui tentent de cacher les véritables visées, les véritables intérêts et projets de ces forces.

Encore une fois, il est prouvé que les forces opportunistes et social-démocrates sont le “chanteur de gauche” du système et des guerres impérialistes.

Comme cela a été démontré de façon magistrale par l'intervention impérialiste et l'occupation de l'Afghanistan et de l'Irak, la réaction obscurantiste islamiste et l'obscurantisme, le problème des migrants et des réfugiés n'est pas résolu par les guerres impérialistes, les interventions et l'occupation des terres, bien au contraire !

La ligne stratégique que le mouvement communiste devra tracer doit être indépendante de tout projet porté par n'importe quelle fraction de la bourgeoisie. Elle ne doit pas permettre de rendre les travailleurs “de la viande pour les canons” des guerres impérialistes. Elle doit viser les causes de la barbarie capitaliste et pas uniquement ses quelconques expressions extrêmes.

 

LA LUTTE CONTRE LA GUERRE IMPERIALISTE PEUT AVOIR DES RESULTATS ET DE LA PERSPECTIVE

 En parlant d'une “politique extérieure multidimensionnelle”, le gouvernement SYRIZA-ANEL, dans sa tentative d'avoir le meilleur résultat possible pour le compte des intérêts de la bourgeoisie de notre pays, a montré clairement qu'il agit avec les engagements du pays envers l'OTAN et l'UE comme boussole.

Il ne s'agit pas d'une politique laquelle le gouvernement est “amené” à servir à cause de son manque de volonté, mais d'une ligne politique consciente, qui s'impose par les intérêts stratégiques de la bourgeoisie du pays (ou de sa fraction dominante), estimant qu'elle pourrait, à travers ces unions, augmenter ses profits. Ainsi, le gouvernement SYRIZA-ANEL se montre disposée d'offrir des infrastructures militaires et des moyens pour l'intervention militaire de l'UE et de l'OTAN en Syrie, au nom de la “protection des populations chrétiennes” du Moyen Orient, de l'”éradication du terrorisme” et de l'”inversion des courants de migration”. La seule préoccupation qui serait exprimée à ce moment concerne l'implication de la Grèce avec des forces au sol, ce que ni les États-Unis ni l'OTAN ne mettent en avant dans leurs déclarations (mais non dans leurs projets). Cependant, l'accord du gouvernement avec l'activation de l'article 42, alinéa 7, prévoyant “une aide et un apport par tous les moyens dont on dispose”, le met à nu !

Dans ces conditions, plusieurs travailleurs se demandent : “Notre lutte pour le désengagement de la Grèce des projets impérialistes, peut-elle avoir des résultats, à partir du moment où le pays demeure dans le carcan de l'OTAN et de l'UE ?”

La lutte ouvrière, populaire, pour avoir une perspective, des résultats, doit être menée simultanément contre les forces capitalistes du pays et étrangères, tant contre les résolutions du gouvernement que contre celles de l'OTAN et de l'UE. Plus puissante cette lutte sera, plus elle touchera des forces de la classe ouvrière et d'autres couches populaires, plus sont les chances de lever un “barrage” à l'envoi des forces militaires grecques à la guerre impérialiste aux côtés de l'OTAN-UE-États-Unis. Plus le mouvement contre la guerre impérialiste sera fort, plus d'entraves on pourra mettre à l'utilisation des infrastructures militaires du pays par les impérialistes de l'OTAN - UE – États-Unis.

La lutte contre la guerre impérialiste peut devenir le « torchon » pour le désengagement du pays des unions impérialistes, pour le renversement du pouvoir capitaliste, puisque uniquement le pouvoir ouvrier peut garantir le véritable désengagement de celles-ci et de toute autre union du genre.

Nous, communistes, nous basant sur nos analyses, sur notre théorie du socialisme scientifique, nous savons très bien que la guerre est la continuation de la politique par d'autres moyens, des moyens violents ! Elle est née sur la base de l'opposition de différents intérêts économiques traversant le système capitaliste tout entier. C'est pourquoi, si la guerre est inéluctable dans le capitalisme (comme le sont la crise économique, le chômage, la pauvreté etc.), elle est, dans le même temps, un phénomène social qui reflète la crise du capitalisme, pouvant conduire à une crise politique générale, à une situation révolutionnaire, et développer les conditions de sortie de la guerre avec le renversement révolutionnaire du pouvoir capitaliste, avec la conquête du pouvoir ouvrier.

En conclusion, notre lutte pour la société socialiste communiste, où les moyens de production seront de la propriété sociale (et pas celle d'une poignée), où l'économie fonctionnera avec de façon planifiée, centralisée et contrôlée par les travailleurs eux-mêmes, ayant comme but la satisfaction des besoins populaires (et pas l'augmentation des profits des capitalistes), c'est inextricablement liée à la lutte contre la guerre impérialistes, contre la “paix” qui s'impose par les impérialistes avec le “pistolet sur la tempe” et qui ne fait que préparer les nouvelles guerres impérialistes.

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Références :
 

1. Alexandre Zinoviev (1922-2006) : Il était un des écrivains russes contemporains les plus connus, sociologue, mathématicien et philosophe. Le « chemin » de sa vie a été marqué par son rejet du système soviétique et sa suspension par le PCUS en 1976 et sa fuite de l’URSS en 1978, jusqu’à l’inversion complète de ses opinions, vingt ans plus tard, fait qui en Russie capitaliste l’a inclus parmi les défenseurs les plus fervents dans le monde intellectuel russe. Il est peut-être le seul des « dissidents » de la période de la « Guerre Froide » qui a regretté totalement sa position antisoviétique et qui de plus s’en est officiellement excusé auprès du peuple russe. Il répondait agressivement à la propagande antisoviétique concernant les « persécutions » et les « goulags », en déclarant que sa propre arrestation en 1939 était juste, vu qu’il organisait une équipe pour l’assassinat de Staline. « Que devraient-ils faire, me donner une médaille ? », a-t-il répondu à une question à ce propos en 2005.

Après 1990 il a passionnément soutenu les conquêtes de l’URSS et les valeurs humaines qui caractérisaient le système soviétique. Il a évoqué en mots très durs la dissolution de l’URSS la caractérisant comme « un crime sans précédent ». Lors d’une de ses dernières interviews, il a déclaré que «le mal principal du monde c’est la propriété individuelle, et si l’humanité ne la surpasse pas, elle se détruira ».

 

2. Voir, par exemple http://energypress.gr/news/o-polemos-ton-agogon-stin-notioana tolikimesogeio

 

3. «Russie contemporaine», http://gr.rbth.com/international/2013/02/06/i_maxi_ton_agogon_sti_mesi_anatoli_19795

 

4. «La guerre énergétique en Méditerranée Orientale», KOMEP, n. 1/2012.

 

5. http://www.kontinent.org/article.php?aid=52454f5ae5e84

 

6. http://top.rbc.ru/business/24/09/2015/560168269a7947597c281379

 

7. http://russian.people.com.cn/95184/7727145.html

 

8. Andreas Matzakos, officier en retraite de l’armée de terre, titulaire de Master en relations internationales et ayant réalisé des études en Stratégie. «Les intérêts vitaux de la Russie en Syrie sont-ils menacés? Pourquoi la Russie continue à soutenir le régime d’Asad?». http://www.elisme.gr/gr/ 2013-01-06-18-39-21/item/2015-09-27

 

9. http://www.rusexporter.ru/research/country/detail/2506/

 

10. http://russian.people.com.cn/95184/7727145.html

 

11. http://www.rbc.ru/politics/05/11/2015/563a7dfa9a794765554aa3f9

 

12. http://www.ft.com/intl/cms/s/0/cee6fcba-69bf-11e5-8171-ba1968cf791a.html#

axzz3neno2hNG

 

13. http://russian.people.com.cn//n/2015/0929/c31521-8957089.html

 

14. http://top.rbc.ru/politics/01/10/2015/560d2f6a9a794744bcd58e23

 

15. http://russian.people.com.cn//n/2015/1001/c31521-8957602.html

 

16. http://www.rg.ru/2015/12/04/kitayanons.html

 

17. Déclaration Mémorables – 7 pays appelle la Russie à ne pas frapper les fascistes-islamistes qu’ils patronnent, http://thesecretrealtruth.blogspot.com/2015/10/7_3.html#ixzz3 naTs9Kdr

 

18. http://www.ert.gr/merkel-vlepi-politiki-lisime-asant-ke-antipolitefsi-sti-siria/

 

19. http://www.politis-news.com/cgibin/hweb?-A=303503&-V=articles

 

20. L’article 42 comprend les « Dispositions concernant la Politique de Sécurité et de Défense Commune » de l’UE. En particulier au paragraphe 7 il est cité que : « Dans le cas où un Etat membre subit une attaque armée sur son territoire, les autres états-membres doivent lui offrir leur aide et assistance, par tous les moyens qui ont en leur disposition, selon l’article 51 de la Charte des Nations Unis. Cela n’influence pas le caractère particulier de la politique de sécurité et de défense de certains états-membres. Les engagements et la collaboration dans ce domaine sont toujours conformes aux engagements pris dans le cadre de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (note de l’auteur : OTAN), qui reste, en ce qui concerne ses états-membres, le fondement de leur défense collective et l’organe de son application ».

 

21. http://www.naftemporiki.gr/story/1012006/kameron-terastio-lathos-oi-rosikes-epidromessti-suria

 

22. http://www.naftemporiki.gr/story/1012116/xamont-i-rosia-den-mporei-na-petaei-tapaixnidia-tis-apo-tin-kounia-otan-den-ginetai-todiko-tis

 

23. http://tass.ru/mezhdunarodnaya-panorama/2317079

 

24. http://cnnpressroom.blogs.cnn.com/2015/10/04/fareed-zakaria-gps-benjaminnetanyahu-on-russia-iran-u-s/

 

25. http://www.rizospastis.gr/page.do?id=16064&publDate=17%2F12%2F2015&page

No=24

 

26. http://top.rbc.ru/politics/04/10/2015/5610c1619a7947339a73394c

 

27. http://www.onalert.gr/stories/senariaoloklirotikou-polemou-nato-russias-gennounexoplismous-kai-xrima/45300

 

28. http://news247.gr/eidiseis/kosmos/htoyrkia-enhmerwse-ton-ohe-oti-ksekinaaeroporikes-epitheseis-enantion-toy-islamikoukratoys.3589646.html

 

29. V.I. Lénine, « La politique extérieure de la révolution russe », « Œuvres complètes », vol. 25

 

30. ibid

 

31. V.I. Lénine, « Sous un faux drapeau », « Œuvres complètes », vol. 21

 

32. V.I. Lénine, «La catastrophe imminente et les moyens de la conjurer », Œuvres Complètes, vol. 25

 

33. ibid

 

34. V.I. Lénine, « Sous un faux drapeau », «Œuvres complètes », vol. 21

 

35. http://www.humanite.fr/pierre-laurent-ilfaut-des-objectifs-de-paix-589717---------paix-589717