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Le lien

Algérie, Parti Algérien pour la Démocratie et le Socialisme, Parti des communistes d'Algérie

Contre la plaie de l'économie informelle une nécessité : l'action quotidienne et organisée de la classe ouvrière et des masses populaires en vue d'un changement radical de l'Etat et de la société

Publié le 1 Avril 2017 par Lien-pads in 2- ALGERIE - Economique

 

L'activité économique "informelle" a représenté en 2012 environ 45% du Produit national brut et occupait une proportion similaire d'employeurs et de travailleurs. C'est l'agence Algérie Presse Services qui en a fait récemment état en rapportant les données communiquées par un responsable de la statistique du ministère du Commerce lors d'une rencontre organisée le 2 mars sur le poids du secteur informel.

 

Il y a lieu de souligner que le secteur informel ne regroupe pas que les entrepreneurs, grands ou petits, qui refusent d'enregistrer leur existence auprès des communes et des différents services de l'Etat, impôts, sécurité sociale, hygiène et sécurité pour ne pas payer leurs impôts ni verser leur contribution sociale patronale. De grandes entreprises privées sont enregistrées auprès du Centre du Registre National de Commerce, des impôts et de la sécurité sociale, mais pour hausser frauduleusement leurs profits elles ne déclarent pas la totalité de leur chiffre d'affaires et de leurs salariés. Ces très gros affairistes cupides sont encouragés dans leur sale besogne par un Etat et un système capitalistes qui leur font des cadeaux de toutes sortes en fermant les yeux sur leurs pratiques scélérates. Ils piétinent en toute impunité les lois fiscales et sociales du pays. Ils privent les caisses de retraite des ressources indispensables au versement des pensions aux retraités et amputent le pays de recettes fiscales et sociales nécessaires à son développement et à la garantie d'un minimum de protection sociale des travailleurs.

 

Selon les statistiques de l'ONS, sur les 3 millions de salariés qu'employait le secteur privé en 2013 ce sont presque 2,3 millions d'entre eux, soit trois travailleurs sur quatre, qu'il n'a pas déclarés à la sécurité sociale. De ce fait cette catégorie de travailleurs est plus durement exploitée que l'autre. Ils ne bénéficient pas de leurs droits sociaux pour se soigner, en dehors des soins de base quasi-gratuits dispensés par les structures publiques à tout citoyen. Exclus de tout droit à une retraite digne, ils seront réduits à la mendicité quand ils ne seront plus en âge de travailler. Victimes des patrons rapaces assoiffés de profits, obsédés par le désir de s'enrichir rapidement. Ce comportement montre à ceux qui continuent à discourir sur les bienfaits à attendre des capitalistes que le sentiment humain le plus élémentaire, le patriotisme et l'intérêt général leur sont étrangers. Ils ne comprennent que le rapport des forces créé par la mobilisation des travailleurs.

 

A côté d'eux il existe également une masse énorme de petits producteurs et de petits commerçants qui opèrent en dehors de toute légalité. Deux tiers des quelque trois millions d'employeurs et d'indépendants sont dans cette situation. Ils travaillent seuls ou emploient moins de 5 travailleurs. Certains justifient leur refus de se déclarer aux impôts par la peur de tomber dans les griffes de fonctionnaires véreux du fisc qui les étranglent en les soumettant constamment à des redressements arbitraires s'ils n'obtiennent pas des "pots de vin". D'autres arguent qu'ils ne déclareront rien de leurs activités tant que les plus gros jouissent de solides complicités dans l'Etat pour faire échapper la plus grande partie de leur chiffre d'affaires au fisc. De telles justifications ne peuvent être prises pour argent comptant même si elles sont avancées par des très petits entrepreneurs. En tous cas si elles reflètent une réalité elles ne sont pas pour autant admissibles du point de vue des travailleurs qui eux ne peuvent échapper à l'impôt s'ils veulent bénéficier de leurs droits sociaux.

La triche n'est donc pas le propre des grands capitalistes. Les petits producteurs et petits commerçants la pratiquent eux aussi, soit parce qu'ils ont des difficultés à joindre les deux bouts soit parce que la recherche du gain est le mobile de leurs activités.

 

Il faut aller plus au fond dans l'analyse de leur comportement. Le petit producteur - de même que le petit commerçant qui tient seul sa boutique durant de longues journées - a une double nature économique. Il est en même temps un travailleur et un propriétaire de ses moyens de production. En tant que travailleur il peut sympathiser avec l'ouvrier qu'il côtoie tous les jours ou même avec le socialisme en réaction contre le diktat des capitalistes. Industriels, importateurs et gros intermédiaires, ceux-ci le pressurent au maximum par le biais du prix prohibitif des fournitures et des outils de travail qui réduit sa marge bénéficiaire et fait qu'ils travaille en grande partie pour eux. Comme propriétaire il aspire à s'enrichir et à devenir capitaliste en accumulant aussi vite que possible le maximum d'argent. La triche est un des moyens qui lui permet d'accélérer sa transformation en capitaliste. Et dans le contexte actuel de corruption et d'arbitraire de nombreux fonctionnaires, la quasi-totalité des petits producteurs trichent ou sont poussés à tricher. Une pratique que les travailleurs ne peuvent accepter. Ils refusent d'être les seuls à payer des impôts que l'Etat leur prélève à la source. Contre la corruption de certains agents du fisc, la solution conforme à l'intérêt général pour les mettre hors d'état de nuire ne réside pas dans la fraude. L'alternative pour les petits producteurs, les petits constructeurs, les petits commerçants et les artisans, est de mener une lutte collective et organisée pour mettre fin au racket.

Une poignée d'exploiteurs sans foi ni loi pourrit la société par son refus de respecter une législation pourtant adoptée par les institutions parlementaires bourgeoises du pays, par les députés partisans acharnés du capitalisme. Y a-t-il des solutions pour mettre un terme à leur comportement ? S'ils peuvent commettre leurs méfaits en toute impunité c'est parce qu'ils sont liés par des milliers de liens aux fonctionnaires de l'appareil d'Etat qui a achevé de se transformer en machine de la bourgeoisie, complice et bienveillante à son égard. Cet appareil d'Etat est gangrené par la corruption et obsédé par l'objectif d'enrichir à toute vitesse la bourgeoisie, sa base sociale ; de renforcer le pouvoir de domination absolu de celle-ci sur les travailleurs et sur les ressources du pays, en particulier sur ses richesses pétrolières, sur les sources de devises, sur les terres, etc. Précariser au maximum le travailleur, tel est l'objectif des valets du Capital dans l'Etat afin de tuer dans l'œuf, par le chantage au licenciement et l'arbitraire, toute aspiration chez les travailleurs à une société socialiste. L'informel est dans cette perspective un levier qui accélère la concentration des richesses entre les mains d'une poignée d'hommes et appauvrit la masse du peuple.

Mais le développement du secteur informel est lié aussi à l'inexistence de syndicats de classe capables de défendre les travailleurs exploités, d'exiger des patrons qu'ils déclarent tous les travailleurs sans exception, de les forcer à respecter les lois par des dénonciations, des grèves, des manifestations. Les responsables de l'UGTA signataires depuis des années d'un Pacte social avec le patronat se gardent d'implanter leur syndicat dans le secteur privé. Ils refusent même de défendre les syndicalistes licenciés par un patron pour avoir commis le crime de création d'un syndicat. Les travailleurs qui, dans le cadre de l'UGTA, ont tenté de créer de s'organiser pour représenter leurs 2000 camarades dans l'usine d'huile Cevital de Rebrab à Béjaïa peuvent en témoigner. La centrale syndicale n'a pas eu le moindre mot pour dénoncer ce déni de droit le plus grossier.

 

C'est pourquoi la classe ouvrière doit se libérer de l'emprise des fonctionnaires et des dirigeants de l'UGTA à la botte du patronat. Leur arme est la constitution de syndicats de classe et révolutionnaires non soumis au patronat et à un gouvernement à son service. Des syndicats qui combattent à mort le réformisme et le corporatisme syndical, que véhiculent l'UGTA et aussi les syndicats dits "autonomes". La règle du réformisme et du corporatisme est la collaboration de classe et le but conscient ou inconscient la perpétuation de l'exploitation capitaliste.

 

Seules l'organisation et la lutte quotidienne des travailleurs sur leurs lieux de travail et des autres couches populaires du pays pourront contraindre ces exploiteurs à déclarer au fisc et aux caisses sociales les salaires réellement versés et à payer les impôts et les cotisations sociales dues. Leurs luttes en alliance avec les catégories sociales qui aspirent au respect de l'intérêt général du pays, le travail d'explication en direction des centaines de milliers de jeunes qui écoulent de façon frauduleuse les marchandises des importateurs pour mettre en échec leur manipulation parviendront à imposer l'usage du chèque et la facturation dans les opérations commerciales. Cette lutte populaire à tous les niveaux du pays créera le rapport des forces indispensable pour lutter contre la corruption et traduire devant la justice les hors-la loi.

 

Bien qu'au service des affairistes et des capitalistes, l'appareil d'Etat peut être obligé jusqu'à un certain point d'introduire une "discipline" dans le comportement des classes exploiteuses qu'il représente. Il y va de la survie même de la bourgeoisie. Et s'il tente de le faire c'est uniquement dans les propres intérêts de cette classe, pour préserver son propre ordre social, pour désamorcer le risque de révoltes sociales que la gloutonnerie jugée "excessive" des exploiteurs peut provoquer et transformer en révolution. En principe il dispose de tous les moyens de mettre de l'ordre en commençant par contrôler rigoureusement les transactions des importateurs, des industriels et des gros commerçants.

 

Il ne faut cependant pas se faire d'illusions. Le capitalisme engendre la corruption, pourrit l'Etat qui n'est rien d'autre dans une société bourgeoise qu'une machine d'asservissement des exploités et de défense des intérêts des exploiteurs et de la sacro-sainte propriété privée des moyens de production. Celle-ci ne peut se développer sans tricher, sans utiliser les méthodes de corruption pour obtenir des passe-droit ou surmonter les obstacles qui freinent son aspiration à l'enrichissement le plus rapide possible et à verser le moins de contribution à son propre Etat. Même dans les Etats capitalistes les plus développés et les mieux organisés, le contrôle ne peut endiguer que les pratiques jugées excessives et ruineuses pour le fonctionnement même de l'Etat capitaliste. La corruption et les pots de vin font échapper au fisc une partie importante de l'activité, quoi qu'en disent les propagandistes du "capitalisme moderne et civilisé" qui n'ont aucune autre solution de rapiéçage que leurs appels à imiter les pays les pays capitalistes dominants.

Par sa lutte organisée la classe ouvrière entraînera derrière elle les couches sociales populaires de même que d'autres franges de la société indignées par le laxisme de l'Etat dans le respect des lois fiscales et sociales par les couches sociales privilégiées. Mais il faut le répéter, en elles-mêmes, ces lois ne remettent pas en cause le capitalisme. Elles ne représentent aucun danger pour les fondements de l'ordre bourgeois existant. D'autant plus que la tendance générale, en Algérie et dans le monde, est à la diminution des impôts sur les plus riches et les entreprises capitalistes aux dépens des intérêts des travailleurs.

 

Prendre au sérieux les discours ronflants du gouvernement sur les nouvelles dispositions qu'il se vante d'avoir prises pour mettre au pas les fraudeurs c'est accepter de se leurrer. Il n'y aura pas de changements positifs sans luttes quotidiennes des travailleurs pour faire respecter leurs droits et en arracher d'autres. Sans luttes, sans organisation des couches populaires rien ne peut changer.

Ces luttes populaires pourront, certes, restreindre le champ d'action des capitalistes fraudeurs. Mais elles ne suffiront pas à éradiquer ce phénomène de l'économie parallèle inhérent au système capitaliste.

 

Il est impossible de préserver les acquis arrachés sans lier ces luttes économiques aux luttes politiques pour construire le parti communiste révolutionnaire. Ce parti est indispensable à la classe ouvrière pour orienter et diriger les travailleurs dans le combat en vue de la conquête du pouvoir pour instaurer le socialisme et abolir l'exploitation capitaliste. Les luttes de tous les jours pour tenter d'amoindrir les méfaits de la bourgeoisie, pour la contraindre à se conformer aux lois formelles de son Etat sont indispensables. Elles apprennent aux travailleurs à s'organiser et à s'unir. Elles forgent les instruments de l'abolition du système capitaliste. Seule cependant l'instauration d'un régime socialiste en rupture totale avec le système capitaliste sera la solution la plus durable. Elle sera le début d'une étape nouvelle dans la construction d'une société qui répond aux aspirations des travailleurs, dans le combat contre les comportements anti-sociaux, les séquelles et les mentalités égoïstes héritées de l'ancienne société.

 

La préservation des conquêtes du socialisme exigera une vigilance permanente des travailleurs. Même sous le socialisme et durant toute une période plus ou moins longue, les organes du nouvel Etat, Etat indispensable pour réprimer les menées de la contre-révolution, devront être contrôlés par les travailleurs et épurés des éléments qui le trahissent. Des secteurs de la petite production privée temporairement maintenue dans le cadre des alliances tenteront en permanence de les corrompre pour accumuler de l'argent, s'agrandir par la spéculation et la fraude, contourner le contrôle de l'Etat prolétarien et finalement restaurer l'ancien régime.

L'analyse des causes du renversement du socialisme par la contre-révolution montre que celle-ci a été préparée par les liens tissés entre des responsables carriéristes, au fond hostiles au socialisme, et des secteurs de la petite production privée enrichie grâce à ces complicités. Sur le plan idéologique  les conditions du renversement du socialisme ont été semées par l'abandon des principes du marxisme-léninisme. En URSS notamment les révisionnistes ont réussi en 1960 à supprimer le principe de la dictature du prolétariat de la doctrine du PC de l'Union soviétique. Ils l'ont remplacé par "l'Etat du peuple tout entier" sous l'argument fallacieux que la bourgeoisie avait été liquidée en tant que classe depuis les années 1930 et que l'influence idéologique de ses défenseurs avait été complètement éliminée. Ils avaient écarté de leur analyse opportuniste la prise en compte du sentiment de revanche qui animait encore les descendants de la bourgeoisie pour restaurer le capitalisme, le danger représenté par l'existence d'un puissant camp capitaliste en plein essor économique et l'impact de son travail intense de propagande en direction des peuples des pays socialistes pour les dresser contre leur Etat socialiste. Ils avaient encouragé la relance de la petite production privée sans contrôle. La sous-estimation de la renaissance de la corruption, la dissimulation par les responsables de l'Etat des inégalités créées par cette relance, le refus de combatte la préparation de ce renversement ont conduit à l'absence ou à la faiblesse de la réaction des travailleurs et de leurs militants d'avant-garde durant l'ère Gorbatchev.