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Le lien

Algérie, Parti Algérien pour la Démocratie et le Socialisme, Parti des communistes d'Algérie

Elaboration de la théorie du communisme scientifique dans les premiers écrits de Marx et d'Engels

Publié le 19 Juin 2017 par Lien-pads in LE COMMUNISME SCIENTIFIQUE

« …Dans la civilisation actuelle, qui se trouve en état de guerre, le progrès de la civilisation atténue déjà l'expression violente des passions ; combien plus facilement le fera-t-il dans la société communiste, pacifique ! Les crimes contre la propriété disparaîtront d'eux-mêmes là où chacun recevra tout ce qu'il faut pour satisfaire ses besoins physiques et spirituels, où tomberont les barrières et s'évanouiront les différences sociales. La justice criminelle disparaîtra d'elle-même, la justice civile, qui s'occupe presque exclusivement de rapports de propriété ou, tout au moins, de rapports présupposant l'état de guerre sociale, disparaîtra également ; les litiges qui sont aujourd'hui le fruit naturel de l'hostilité générale ne seront plus que de rares exception et pourront être facilement réglés arbitralement. L'état de guerre permanent est aussi, à l'époque actuelle, la source de l'activité des organes administratifs : la police et toute l'administration se préoccupent exclusivement de ce que la guerre reste latente, indirecte, qu'elle ne dégénère pas en violence ouverte, en crime. Mais s'il est infiniment plus facile de conserver la paix que d'imposer certaines limites à la guerre, il est aussi infiniment plus facile d'administrer une société communiste qu'une société où règne la concurrence.

Et si la civilisation a appris d'ores et déjà aux hommes à chercher leur intérêt dans le maintien de l'ordre public, de la sécurité publique, de l'intérêt public et à rendre ainsi la police, l'administration et la justice aussi superflues que possible, combien plus ce sera le cas dans une société où la communauté d'intérêts est érigée en principe fondamental, où l'intérêt public ne diffère plus de l'intérêt de chaque individu ! Ce qui existe déjà malgré les institutions publiques prendra beaucoup plus d'ampleur quand les institutions publiques loin de s'y opposer, y contribueront ! ...

L'une des institutions les plus coûteuses dont la société actuelle ne peut se passer, ce sont les armées permanentes qui privent la nation de la partie la plus vigoureuse et la plus utile de la population, et l'obligent à nourrir cette partie devenue ainsi improductive. Nous savons par notre propre budget ce que nous coûte l'armée permanente : vingt-quatre millions par an et le détournement de la production de deux cent mille paires de bras les plus vigoureux. En société communiste, personne ne songera même à une armée permanente. Pour quoi faire, du reste ? Pour préserver la paix intérieure du pays ? Mais nous l'avons vu précédemment il ne viendra à l'esprit de personne de troubler cette paix intérieure. C'est que la peur de la révolution n'est que la conséquence de l'opposition d'intérêts ; là où les intérêts de tous coïncident, il ne peut être question d'une telle peur. - Pour une guerre de conquêtes ? Mais comment une société communiste s'aviserait-elle d'entreprendre une guerre de conquêtes, elle qui sait très bien qu'elle ne ferait que perdre des hommes et des capitaux à la guerre tandis qu'elle conquerrait tout au plus quelques provinces mécontentes, qui seraient donc un élément de trouble pour l'ordre social ! - Pour une guerre défensive ? Elle n'a pas besoin d'une armée permanente pour cela, car ce sera facile d'initier, parallèlement à ses autres occupations, chaque membre de la société bon pour la guerre au maniement des armes, autant que c'est nécessaire pour la défense du pays et non pour les revues. Avec cela considérez qu'en cas d'une guerre qui, bien entendu, ne peut avoir lieu que contre des nations anti-communistes, les membres d'une telle société auraient à défendre leur véritable patrie, leur véritable foyer et que, par conséquent, ils se battront avec un enthousiasme, une ténacité et une bravoure face auxquels l'entraînement mécanique de l'armée moderne doit s'envoler comme de la vannure ...

Un gaspillage bien pire des forces humaines réside, dans la société actuelle, dans la manière dont les riches exploitent leur situation sociale. Je ne veux point parler ici de ce luxe inutile et franchement ridicule qui a pour origine uniquement la manie de se faire remarquer et qui détourne une multitude de bras. Mais pénétrez donc un jour dans la maison, ce sanctuaire d'un riche, et dites-moi si ce n'est pas la dissipation la plus folle de la force de travail que de placer au service d'un seul homme une multitude de gens qui passent la journée à fainéanter ou à accomplir, à la rigueur, des besognes dont la nécessité est due à l'isolement de chacun entre ses quatre murs. Toutes ces femmes de chambre, ces cuisinières, ces valets, ces cochers, ces hommes de peine, ces jardiniers, etc., que font-ils, en somme ? Combien peu d'instants de la journée sont employés par eux à rendre réellement la vie agréable à leurs maîtres, à leur faciliter le libre développement et l'utilisation pratique des qualités et des dons innés, et combien d'heures de la journée ils sont occupés à des besognes résultant exclusivement de la mauvaise organisation de nos rapports sociaux : ils se tiennent debout à l'arrière du carrosse, se plient aux caprices de leurs maîtres, trimbalent après eux leurs loulous et remplissent d'autres fonctions aussi ridicules. Dans la société raisonnablement organisée, où chacun pourra vivre sans se plier aux caprices des riches et sans en inventer pour soi-même, dans cette société, bien r, la force de travail gaspillée aujourd'hui au service du luxe peut certainement être employée pour le bien général et pour celui des travailleurs eux-mêmes.

D'autre part, le gaspillage de la main-d'œuvre en société actuelle est un effet direct de la concurrence qui crée de nombreux chômeurs ; ceux-ci voudraient bien travailler mais ne peuvent trouver un emploi. Comme la société n'est justement pas du tout organisée de manière à prendre en considération l'emploi effectif de la main-d'œuvre, puisqu'on laisse chacun se chercher des moyens d'existence, il se produit tout naturellement que la distribution des tâches réellement ou apparemment utiles laisse nombre d'ouvriers sans travail. Cela est d'autant plus vrai que la lutte concurrentielle pousse chacun à faire les plus gros efforts, à saisir toutes les occasions qui se présentent à lui pour remplacer la main-d'œuvre coûteuse par d'autre meilleur marché, ce que le développement de la civilisation leur facilite toujours plus ; ou, en d'autres termes, chacun doit s'efforcer de priver les autres de gagne-pain, de prendre leur place d'une manière ou d'une autre. Ainsi, il y a dans toute société civilisée un grand nombre de chômeurs qui voudraient bien travailler mais ne trouvent pas de travail, et ce nombre est plus important qu'on ne le pense généralement. Aussi voyons-nous ces gens se prostituer d'une façon ou de l'autre ils mendient, balaient les rues, font le pied de grue dans l'attente de n'importe quel travail, subviennent à grand-peine à leur existence en rendant divers petits services occasionnels, en colportant toute sorte de pacotille, ou, comme nous l'avons vu ce soir pour quelques pauvres filles, parcourent les rues avec une guitare, jouent et chantent pour de l'argent, obligées de tolérer des insolences et des offres blessantes pour gagner quelques sous. Enfin, combien y en a-t-il qui deviennent victimes de la prostitution proprement dite ! Le nombre de chômeurs auxquels il ne reste rien d'autre que de se prostituer sous telle ou telle forme est très grand, nos institutions de bienfaisance pourraient en dire long là-dessus, et n'oubliez pas que la société nourrit d'une manière ou d'une autre ces gens malgré leur inutilité. Mais puisque la société doit assumer les frais de leur entretien, elle devrait aussi prendre soin que ces chômeurs gagnent leur pain honnêtement. Mais c'est ce que ne peut faire la société actuelle où règne la concurrence.

Si, vous méditez bien tout ce qui précède, Messieurs, et je pourrais citer une multitude d'autres faits montrant comment la société actuelle gaspille ses forces de travail si vous méditez bien tout cela, vous trouverez que la société dispose à profusion de forces productives qui n'attendent qu'une organisation rationnelle et une répartition adéquate pour entrer en action au plus grand profit de tous. Dès lors vous pourrez constater combien peu fondée est la crainte qu'au cas d'une répartition équitable de l'activité sociale chacun se voit imposer une tâche si lourde qu'elle lui interdirait toute autre occupation. Nous pouvons supposer, au contraire; que grâce à une telle organisation le recours à la main-d'œuvre  actuellement point ou mal utilisée réduirait de moitié l'actuel temps de travail de chacun.

Toutefois les avantages que l'organisation communiste de la société offre du fait de l'utilisation des forces de travail aujourd'hui gaspillées ne sont pas les plus importants. La plus grande économie de la main-d'œuvre réside dans l'unification des forces isolées en une force collective de la société et dans une organisation qui repose sur cette concentration des forces jusque-là opposées les unes aux autres. »

F. Engels. « Discours d'Elberfeld» Marx/Engels : Werke, Berlin, B. 2, S. 54-1-545