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Le lien

Algérie, Parti Algérien pour la Démocratie et le Socialisme, Parti des communistes d'Algérie

Il y a 61 ans, le 5 juin 1956 tombaient pour la libération nationale de l'Algérie Henri MAILLOT et ses compagnons Maurice LABAN, Belkacem HANOUN, Djillali MOUSSAOUI et Abdelkader ZALMAT

Publié le 10 Juin 2017 par Lien-pads

 

Militant du Parti communiste algérien (PCA), membre de ses groupes armés, les Combattants de la Libération (CDL), Henri MAILLOT avait détourné un camion d'armes et de munitions dans le cadre d'une opération minutieusement organisée par son parti. Il avait pu le faire parce qu'il avait été affecté par l'armée française au 57e bataillon des tirailleurs de Miliana (Aïn Defla). Les armes furent remises aux membres des CDL et à l'ALN. La presse coloniale fut prise d'hystérie. Elle ne put cacher un événement qui apportait un démenti cinglant à sa propagande contre les moudjahidine. Elle s'était employée à faire passer l'insurrection du 1er novembre 1954 comme l'acte de groupuscules "rebelles" isolés, uniquement animés par des motifs religieux et par leur haine pour le peuplement européen.

 

Un Européen qui prend les armes contre sa "patrie", c'était plus qu'impensable. C'était une "félonie" ! En croyant discréditer son action et la guerre de libération, les journaux colonialistes avaient fait sans le vouloir un travail massif en faveur de la révolution ! L'action héroïque de Maillot, qui savait à quoi il s'exposait, eut des effets profonds au sein du peuple dont la détermination fut décuplée. Sa foi dans la victoire fut renforcée. Instinctivement il avait compris que l'action de Maillot venait de donner à son combat pour la libération une extraordinaire répercussion internationale, y compris en France où elle allait battre en brèche la propagande colonialiste.

 

Conscient des effets de cette action sur l'état d'esprit des Algériens, action qui venait de donner un rude coup à l'anticommunisme primaire de certains de ses dirigeants, le FLN entama avec le PCA les discussions qu'il lui refusait jusque-là au motif que les communistes devaient comme les autres partis nationaux dissoudre sans conditions leur parti et s'engager individuellement dans ses rangs.

 

Le PCA avait rejeté une telle conception de l'unité face au colonialisme non par opposition partisane au FLN mais pour deux raisons importantes. Il défendait une conception plus démocratique du front en tant que rassemblement de partis et d'organisations solidement unis autour d'une plate-forme commune de lutte pour l'indépendance. Et il ne cachait pas qu'il incarnait les aspirations des travailleurs et des masses laborieuses dont le combat émancipateur ne pouvait être limité à la seule lutte pour l'indépendance politique. Pour le PCA la lutte de libération n'était que l'étape précédant celle de l'abolition de l'exploitation de classe, l'édification du socialisme. Les deux lettres adressées par le PCA à la direction du FLN forment sur ces deux points un exposé aussi clair que rigoureux sur la conception communiste du front qui ne fut cependant pas écouté par leur destinataire. En refusant de se dissoudre dans le FLN, le PCA émettait un message sans ambiguïté en direction des travailleurs les plus conscients. Ils devaient se préparer après l'indépendance à une lutte plus difficile pour empêcher la confiscation les fruits de leur combat par une nouvelle classe d'exploiteurs portant la nationalité algérienne.

 

Les discussions furent conclues par un accord le 10 juillet 1956 entre Abane Ramdane et Benyoucef Benkhedda, côté FLN, Bachir Hadj Ali et Sadeq Hadjerès, côté PCA. En vertu de ces accords les CDL furent dissous et leurs membres intégrés dans l'ALN. Les militants du PCA versés dans les structures de l'ALN-FLN s'engageaient à ne pas avoir de relations organiques avec leur parti pendant toute la durée de la guerre de libération. Maillot fut élevé au grade d'officier de l'ALN selon la promesse de Abane Ramdane. Le FLN demanda aux dirigeants du PCA de ne pas rendre public cet accord. Ils acceptèrent cette demande avec beaucoup de réserves qu'ils exprimèrent dans l'une de ces deux lettres. Ils eurent raison parce que, moins d'un mois et demi après, les rédacteurs de la Plate-forme de la Soummam consacrèrent au PCA des passages odieux, bâtis sur des contre-vérités. Un anti-communisme primaire et haineux transparaît à travers ces paragraphes. Ils cachaient mal à la fois les calculs illusoires de certains dirigeants qui pensaient gagner la sympathie des USA et des positions de classe sur ce que devrait être la société algérienne après l'indépendance. Ces passages contredisaient de façon flagrante le désir affirmé dans d'autres paragraphes de gagner l'opinion progressiste française et les Européens à la cause de l'indépendance, alors que le PCA était le seul parti dans lequel se battaient côte à côte contre l'exploitation et l'oppression, des militants de diverses origines ethniques. Le texte adopté avait-il été écrit avant ou après les accords du 10 juillet ? Les six congressistes qui avaient adopté des décisions politiques et militaires à la Soummam avaient-ils relu attentivement la partie politique de la Plate-forme ?  Ou avaient-ils décidé consciemment de transcrire les penchants idéologiques de certains d'entre eux en sacrifiant le PCA sur l'autel de leurs calculs tactiques que la suite de la guerre de libération allait démentir complètement ?

 

L'indépendance fut le fruit des sacrifices du peuple uni et mobilisé autour des objectifs proclamés par le FLN. Elle ne dut rien à aucune puissance impérialiste supposée défendre le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes. L'impérialisme US, sur la "compréhension" duquel tablaient les inspirateurs des paragraphes anti-communistes pour isoler le colonialisme français, manifesta en effet son "soutien". Il mit à la disposition de ce dernier toute la logistique de l'OTAN, ses hélicoptères "Banane", ses bombardiers et ses stocks de napalm ainsi que des moyens financiers comme le reconnut quelques mois plus tard l'organe du FLN "EL-Moudjahid".

 

Dans les faits, comment l'accord du 10 juillet fut-il appliqué ? On peut en avoir un aperçu très concret à travers le martyre de Noureddine Rebah, militant communiste qui avait rejoint l'ALN, en lisant l'ouvrage très documenté que lui a consacré son frère Mohamed, "Des chemins et des hommes". Après le congrès de la Soummam, Noureddine dut consacrer une grande partie de son énergie à faire face aux pièges et brimades de certains responsables de l'ALN. N'était la réprobation d'autres responsables de l'ALN, il aurait été égorgé par le colonel Sadeq Dehiles venu spécialement en tournée en wilaya 4 pour l'éliminer. Cette catégorie de responsables veillait très probablement à "enfermer le communisme dans un cocon de chrysalide", une des directives idéologiques de la Plate-forme du congrès, telle qu'exprimée dans sa première version, avant d'en être expurgée par la suite. Pourquoi fut-elle rayée ? S'étaient-ils rendus compte de leur erreur politique ? Ou tout simplement parce qu'elle entrait en contradiction avec l'affirmation sur le "communisme absent", titre donné au long paragraphe consacré au PCA ? Pourquoi en effet "enfermer" une force "absente" à leurs dires ?

 

A l'occasion de la commémoration du 61ème anniversaire de la mort de Henri Maillot et de ses compagnons, le Musée du moudjahid a tenu à leur rendre hommage à travers une conférence en leur mémoire. Une initiative à saluer.

 

Néanmoins, ils convient de souligner fortement l'existence d'une tendance consistant depuis quelques années à rendre hommage aux militants communistes d'origine européenne tombés au champ d'honneur en gommant soigneusement leur appartenance au PCA. Elle met en relief leur combat pour l'indépendance de l'Algérie en le séparant des idéaux et des objectifs, le communisme, qui les ont amenés à sacrifier leur vie pour un objectif historiquement limité dans la marche des opprimés et des exploités pour s'affranchir de toute exploitation de classe.

 

On pourrait admettre qu'étant donné les omissions organisées dans l'histoire officielle et les manuels enseignés dans les écoles, ce serait déjà un grand progrès que de faire savoir aux nouvelles générations que des non-musulmans sont morts pour l'indépendance. On ne peut exiger des citoyens qui s'élèvent contre les "oublis" frappant une catégorie particulière de chahids d'adhérer aux convictions idéologiques de ces derniers. Il se trouve qu'il existe une tendance à tenter de présenter l'objectif de leur combat comme étant celui d'une "Algérie fraternelle, démocratique, tolérante, ouverte, etc.". Cette qualification reflète plus les illusions du libéralisme-moderniste que le communisme. Indépendamment des intentions personnelles de ceux qui y adhèrent, elle conduit à dénaturer le sens du combat de ces martyrs occultés.

 

Ces martyrs étaient convaincus que la lutte contre la domination coloniale devait être suivie par la lutte pour une société socialiste. Inévitablement, la fraternité d'armes nouée face à l'ennemi commun, dans les camps de détention ou les maquis, devait voler en éclats juste après la victoire sur le colonialisme. Dans une société de classe il ne peut exister de fraternité entre le bourgeois et le prolétaire.

 

Les travailleurs les plus conscients ne s'étaient pas trompés au lendemain de l'indépendance du pays. Ils se sont battus pour que" le colonialiste Jean ne soit pas remplacé par un nouvel exploiteur portant le nom de Mohamed".

Ce combat continue.