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Le lien

Algérie, Parti Algérien pour la Démocratie et le Socialisme, Parti des communistes d'Algérie

Divergences et points d'accord au sein de la bourgeoisie contre les masses populaires

Publié le 3 Septembre 2017 par Lien-pads

Le limogeage de Tebboune a eu pour effet de ramener la tranquillité dans les rangs de la grande bourgeoisie. Pendant quelques semaines elle a eu des sueurs froides. En déballant par des fuites étudiées tout ce qu'en tant que grand commis de l'Etat il savait sur les magouilles des oligarques, l'ex chef du gouvernement avait tenté d'en sacrifier les plus détestés d'entre eux pour sauver le régime bourgeois des conséquences imprévisibles d'une déflagration sociale. Le successeur de Tebboune s'est dépêché dès son installation d'abroger le décret de création d'une Inspection générale rattachée aux services du premier ministre. Les nouveaux riches - et les "anciens" - peuvent donc continuer à amasser des fortunes par des voies illicites et dormir en paix même si le cours du baril de pétrole devait encore chuter.

Les questions de fond restent posées

Il n'en demeure pas moins que ce limogeage n'a pas fait disparaître les questions qui se posent en haut lieu sur le choix des meilleurs moyens de consolider les bases de la domination bourgeoise. Eviter d'aller à un brutal affrontement avec les masses populaires ou au contraire ne pas hésiter à écraser leur révolte éventuelle, le "consensus" sur le choix à faire ne semble pas tranché tant les incertitudes ne sont pas cernées sur les conséquences de l'une ou de l'autre des options.
L'acuité de la gravité de la situation financière est maintenant reconnue publiquement par tous pour faire admettre aux travailleurs qu'ils doivent renoncer à de nombreux acquis et être les seuls à se sacrifier.

Les classes exploiteuses ont eu la tête de Tebboune. Le message est clair pour qui se fait encore des illusions sur leur "patriotisme". Quitte à précipiter le pays dans l'abîme d'une faillite financière, elles ne renonceront pas à leur train de vie insultant largement financé par l'accaparement des rentrées pétrolières au moyen d'une multitude de moyens "légaux" ou illégaux. Les gouvernants ont obstinément refusé depuis le tournant officiel vers le capitalisme - pudiquement appelé "libéralisme" - de faire du secteur public la colonne vertébrale du développement. Ils refusent de reconnaître que c'est leur refus de relancer l'investissement de renouvellement des équipements et d'extension du secteur industriel public qui est à l'origine de la crise financière. L'Algérie a eu la possibilité durant ces 15 dernières années de remplacer les importations par la production nationale. Ils ont gaspillé cette chance historique. Les discours sur la rénovation du complexe sidérurgique d'El Hadjar ou le CVI ne se sont traduits par aucune volonté politique réelle sur le terrain. Officiellement le CVI reçoit une somme importante pour se remettre sur pieds mais dans les faits aucun responsable, ni le chef du gouvernement, ni le président de la République n'ont pu obliger les services des douanes à débloquer les équipements et les pièces arrivés au port d'Alger. Incroyable! Ils agissent comme s'ils voulaient dire : "Vous voyez nous avons tout essayé. Cela ne sert à rien de continuer à pousser un âne mort". Alors donnons les infrastructures et les terrains d'El Hadjar et de Rouiba à Haddad, Rebrab, Tahkout et compagnie qui ont fait leurs preuves!
Au même moment les kits destinés aux entreprises de montage des véhicules se déversent sans rencontrer aucune difficulté, avec une admirable fluidité. Les groupes de "partenaires" étrangers et nationaux font de belles affaires. Tout l'appareil d'Etat est à leurs petits soins.

Les "pétrodollars" dilapidés, nos gouvernants agitent depuis près de trois ans le spectre de l'austérité comme seul moyen de faire face à la baisse de la fiscalité pétrolière. Ils ont augmenté le tarif de l'électricité, des carburants, et d'une multitude de taxes. Ces hausses n'ont nullement touché les classes possédantes qui les ont répercutées sur le prix des biens et services. Elles ont par contre durement frappé les travailleurs qui vivaient l'austérité au quotidien même quand le prix du baril avait atteint les 150 dollars.
Comment imposer aux travailleurs de payer la facture de la préservation du train de vie de ces classes possédantes et renforcer l'exploitation de la classe ouvrière tout en neutralisant toute protestation populaire? Tel est leur problème. Briser cette protestation par une force impitoyable ou monter des provocations qui pousseraient les classes populaires à se dire "nous préférons la paix et la stabilité au chaos libyen"? La bourgeoisie a pris la mesure de leur attachement à la paix. Elle l'exploite et ne reculera donc devant aucune provocation pour susciter les troubles providentiels.

Les cercles les plus intelligents du régime sentent cependant qu'il y a un point à partir duquel les mesures de contrôle des dépenses seront inopérantes et tous les calculs pour faire peser le poids de l'austérité sur masses seront vains. Il n'est pas dans leur pouvoir de remplacer les pertes occasionnées par la chute des rentrées pétrolières. Ces recettes qui constituent une des trois sources principales de l' enrichissement de ces classes, ont été divisées par presque trois entre 2013 et 2016.
Comme dans n'importe quel autre régime bourgeois, la bourgeoisie algérienne est une classe composée de différentes catégories sociales organiquement liées entre elles: industriels, commerçants, propriétaires fonciers, banquiers.

La bourgeoisie algérienne ne tire évidemment pas sa richesse et ses revenus que du seul détournement des recettes d'exportation des hydrocarbures. L'exploitation de la classe ouvrière est la source importante de sa prospérité. Son degré d'exploitation a fortement augmenté grâce au chômage, à la précarité, au travail non déclaré, à la baisse des cotisations sociales patronales, bref à tout le "climat des affaires" que les réformes appliquées depuis la fin des années 1980 ont installés.
La troisième est l'accaparement des biens de la nation et du produit du travail de la classe ouvrière : terres de l'Etat concédées à des tarifs dérisoires pour la construction de demeures somptueuses, terres agricoles appropriées au cours des multiples opérations de restructuration des domaines d'Etat menées depuis 1987; privatisation du secteur public, bradage de ses réserves foncières, de ses équipements, de ses immeubles, de ses ouvrages de stockage, etc. Un exemple illustratif parmi mille de ce vol organisé à grande échelle en a été donné il y a quelques années par le bradage au profit de Rebrab de l'usine florissante de production de "panneaux-sandwich" utilisés dans la construction immobilière. Vendue à dessein en fin d'année, son prix de cession a été fixé à un montant inférieur à celui des bénéfices réalisés durant l'année et empochés par l'heureux élu! Il faut savoir que Rebrab comme tous ces oligarques qui ont poussé comme des champignons "travaille" pour lui-même et pour d'autres qui se servent de lui comme prête-nom, "distributeur automatique de billets"  et vitrine d'un capitalisme modèle qui aurait réussi.

Le patrimoine de la nation était immense. Il a été constitué par les biens de la colonisation que l'Etat a confisqués après l'indépendance et agrandis par les investissements publics grâce à l'argent du pétrole et par le fruit du travail de la classe ouvrière. Celle-ci a accepté de gros sacrifices pour préserver l'indépendance de son pays et assurer un avenir meilleur à ses enfants. Une grande partie de ces biens est devenue la propriété de la petite minorité qui fait aujourd'hui la pluie et le beau temps.

Les "réformes" mises en application depuis 30 ans n'ont été qu'un tour de passe-passe pour légaliser ce pillage à grande échelle. Les masses populaires ne l'ont jamais accepté. Elles espèrent que les pilleurs en rendront compte un jour. Ce sentiment juste et légitime empêche la nouvelle bourgeoisie de dormir d'un sommeil paisible.

Les luttes sont à couteaux tirés dans les coulisses

Une autre question est source de tracas internes au sein du régime. Eviter l'endettement extérieur, est-il affirmé dans les directives de Bouteflika. Mais comment faire face à la volatilisation rapide des réserves de change sans réduire la facture des importations et donc sans toucher aux profits des importateurs, des couches sociales parasitaires et des pseudo industriels qui ne font que du montage ou du conditionnement et dépendent fortement de l'importation des équipements et des biens intermédiaires? Cette classe a prospéré grâce à la libéralisation du commerce extérieur, à la mise à sa disposition sans limites de l'argent du pétrole et à toutes les faveurs que l'Etat lui a octroyées depuis des années. Il s'avère impossible d'arbitrer entre les différents groupes d'importateurs. Aucun d'entre eux n'est prêt à "faire des sacrifices" encore moins à accepter le système des licences et du contingentement des importations qui conduit à sacrifier une partie d'entre eux pour sauver l'autre.
Les mesures prises par Tebboune ont fait de nombreux mécontents au sein des importateurs, des "industriels", des groupes directement liés au pouvoir qui se sont lancés dans le montage de véhicules en association  avec des multinationales. Elles ont accentué les effets de la décision prise par son prédécesseur de suspendre le flux d'importation massive de véhicules dont la facture avait atteint en 2012 la somme faramineuse de 4 milliards de dollars. Sans compter la valeur des pièces de rechange! Les intérêts des importateurs de véhicules qui ont été exclus de la reconversion dans le montage ont été fortement lésés. Une cascade de conséquences prévisibles engendrées par les mesures de restriction des importations a touché de proche en proche toutes les catégories sociales vivant de l'import et des activités de distribution des biens et des services liés à cette activité parasitaire.

Elles ont aussi provoqué le mécontentement des Etats impérialistes. Ils n'acceptent pas, et le font savoir, que leurs multinationales perdent leurs débouchés à cause des restrictions décidées. L'union européenne, la France, la Turquie, ont été parmi les premières à exiger du pouvoir qu'il cesse d'assécher leurs sources de profits. L'Etat algérien n'a qu'à contracter des crédits auprès de leurs banques! C'est ce que disent en termes "savants" leurs idéologues-experts en économie. C'est cela la modernisation de l'économie. Les travailleurs paieront la facture lorsque les échéances des remboursements arriveront à terme. Et alors?

La nature de classe de l'Etat comme instrument de la bourgeoisie
s'est révélée dans toute sa limpidité

Les attaques menées par la chaine Nahar contre Tebboune au nom du respect des intérêts des hommes d'affaires et de la préservation du "consensus national", ont illustré d'une façon éclatante les liens qui relie le régime à la grande bourgeoisie, ancienne ou  nouvelle. Le dégommage immédiat qui s'en est suivi a montré que cette bourgeoisie forme sa base sociale.
Tebboune n'est ni de près ni de loin un partisan du socialisme. Il n'a fait que tenter de réfréner ses appétits voraces à court terme pour mieux préserver ses intérêts à long terme.  Lui éviter l'explosion populaire qui lui ferait perdre ses "acquis", tel semble avoir été le motif qui a animé ses actions éphémères.
Ou bien le régime cherche à gagner du temps dans l'espoir d'une remontée rapide du cours du pétrole sans devoir imposer des "sacrifices" à sa base sociale. Ou bien il veut faire croire qu'il a tout tenté pour ne pas recourir à l'endettement extérieur, mais que l'impossibilité de l'éviter nécessite des classes populaires des sacrifices. Quels que soient ses calculs tactiques, il est résolu, au nom des soi-disant "réformes indispensables qui n'ont que trop tardé", à passer à un stade supérieur de la paupérisation des travailleurs, du renforcement de la domination de la bourgeoisie et de ses liens avec l'impérialisme. Au besoin par la force la plus implacable et les provocations de toutes sortes après s'être assuré du soutien des Etats impérialistes auxquels il fera à cette fin de nouvelles concessions aux dépens de l'indépendance du pays.

La question pour la bourgeoisie n'est plus de savoir ce que deviendront dans tout cela Bouteflika et sa tactique qui a consisté à tenir compte de la pression des masses populaires pour éviter de faire perdre d'un coup aux classes possédantes ses "acquis". La question est de préparer un nouvel assaut contre les masses. L'ère Bouteflika semble révolue. Non parce qu'il est malade ou que son âge doit l'inviter à se retirer. Mais parce que l'immensité de la richesse accumulée par les classes possédantes, leur puissance corruptrice et l'étroitesse des liens qu'elles ont tissés avec les multinationales et les Etats impérialistes leur font croire que l'heure a maintenant sonné pour mettre fin au "laxisme" envers les travailleurs et se préparer à les mettre au pas de la façon la plus énergique et avec brutalité s'il le faut.

Aux travailleurs de s'organiser dans un syndicat de classe indépendant de l'idéologie bourgeoise et de la sociale-démocratie. A leur avant-garde la plus combative et la plus consciente de construire le parti communiste révolutionnaire qui éduque dans les luttes la classe ouvrière et l'ensemble des travailleurs dans la nécessité de la prise du pouvoir en vue de l'instauration d'une société socialiste.

 

 

Rédaction du Lien

2 septembre 2017