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Le lien

Algérie, Parti Algérien pour la Démocratie et le Socialisme, Parti des communistes d'Algérie

Au sud comme au nord du pays, le chômage est le fruit des mêmes causes : l'orientation capitaliste

Publié le 10 Octobre 2013 par Lien-pads in 1- ALGERIE - Politique

 

 

Les jeunes chômeurs Algériens en lutte

 

 

 

 

De nombreuses manifestations ont été organisées ces derniers mois par les jeunes des régions sahariennes pour réclamer des emplois et dénoncer les recrutements effectués souvent de façon discriminatoire. Dans les villes de Ouargla, Laghouat, Biskra, El Ouad, In Amenas des organisations de chômeurs non reconnues par le pouvoir ont réussi à rassembler des milliers de jeunes. L'impact médiatique de ces manifestations a été tel que le chef du gouvernement a été contraint de répondre à leurs revendications par des mesures d'urgence comme le recrutement dans la police ou l'octroi de nouveaux avantages fiscaux pour ceux qui créent des entreprises. Ces mesures n'auront évidemment que très peu d'impact sur la résorption du chômage. C'est de la poudre aux yeux pour tenter de calmer les esprits.

 

Le gouvernement continue, à l'aide des faux rapports du ministre du Travail et des critères non-scientifiques retenus depuis une dizaine d'années par l'Office National des Statistiques à masquer l'étendue effarante du chômage. Officiellement, le taux de chômage est estimé à 10% alors qu'en réalité il est supérieur à 25%. Il est encore plus élevé dans les régions sahariennes où, en dehors des zones pétrolières, aucune activité économique n'existe pour fournir des emplois aux jeunes diplômés qui se comptent maintenant par milliers.

 

Les politiques de libéralisation ont cassé les processus de développement ininterrompu

 

Après l'indépendance et jusqu'au début des années 1980, de nombreuses régions du Sahara, encore plus délaissées durant le colonialisme que les régions du nord de l'Algérie, ont connu un processus rapide de sédentarisation des populations nomades. De nombreuses villes ont poussé. De simples lieux de rencontre des nomade se sont transformés en villages ou petites villes. Ce processus a été favorisé par la politique de scolarisation des jeunes, de construction de routes, d'aérodromes et d'infrastructures énergétiques, ainsi que de centres hospitalo-sanitaires.

 

Malgré de nombreuses insuffisances, ce processus positif qui devait être renforcé par des projets industriels a été brutalement freiné au début des années 1980 lorsque que des couches sociales embourgeoisées et sourdes aux aspirations sociales des masses laborieuses et des plus démunis se sont emparées des appareils d’État. Ces couches sociales ont porté à la tête du pouvoir leur représentant politique Chadli Bendjedid. On sait que la politique d'industrialisation a alors subi un coup d'arrêt et que l'argent procuré par la hausse du prix du pétrole a servi à satisfaire les besoins en biens de luxes des couches sociales enrichies, ce qui a amplifié de façon dangereuse l'endettement du pays qui aurait pu être évité et qui a ensuite plongé le pays dans une grave régression économique. La politique d'équilibre régional et la planification du développement ont été abandonnées.

 

Les "réformes économiques", en réalité le passage officiel à la privatisation, le contrôle des richesses par une minorité de privilégiés, ont accéléré la course vers l'abîme. La politique d'équilibre régional initiée dans les années 1970 par les courants patriotiques-révolutionnaires visait notamment à renforcer les bases économiques de l'intégrité et de l'unité territoriale du pays, à désenclaver les régions isolées, à faire sentir à tous les citoyens de condition modeste qu'ils sont membres d'une même entité nationale. La constitution d'un vaste secteur public industriel et commercial avait pour objectif de diffuser le progrès et le développement face à un secteur privé capitaliste incapable de relever de tels défis, préoccupé uniquement de faire des profits là où les conditions sont les plus favorables, c'est-à-dire essentiellement dans les grandes concentrations urbaines.

 

Les régions sahariennes avaient commencé à recevoir leur part des fruits du développement. Des projets structurants tels que les lignes ferroviaires reliant, en plein Sahara, Touggourt à l'est et Gara Djebilet à l'Ouest, devaient être lancés. Le régime de Chadli et tous les dirigeants qui lui ont succédé ont complètement tourné le dos à cet impératif de justice sociale et de sécurité nationale.

 

 

L'application des plans de libéralisation, de privatisation de l'économie et de fermeture de milliers d'entreprises, à partir de 1994, a foudroyé les entreprises publiques locales qui faisaient vivre de nombreux citoyens dans les régions rurales ou isolées.

 

En l'absence d'investissements industriels étatiques, seul le secteur des hydrocarbures a continué à créer des emplois. Ce qui a constitué une aubaine pour les responsables du secteur désirant placer leurs proches à la recherche d'emplois. Ce rôle peu reluisant a échu à la compagnie nationale Sonatrach convertie en centre d'embauche sur recommandation des chômeurs venus du nord. La tendance à favoriser des gens venus du nord au lieu de recruter les jeunes de la région est une pratique provoquée par la politique ultra-libérale de destruction des emplois du secteur public. Elle a conduit à des pratiques discriminatoires que les jeunes natifs des régions sahariennes ne pouvaient plus supporter. De plus, avec la cession à des sous-traitants nationaux ou étrangers des activités de maintenance, de cathering, ou des secteurs d'appui à l'exploitation des hydrocarbures, en application des directives de l'ancien ministre Khelil, aujourd'hui poursuivi pour des affaires de corruption,

 

 

Sonatrach a fermé de nombreux centres qui formaient une main d’œuvre qualifiée nationale. Cette politique de sous-traitance a cassé les capacités nationales de réalisation et conduit à réduire les possibilités de recrutement de jeunes des régions sahariennes.

 

Les actions tendant à opposer les chômeurs du sud à ceux venus du nord sont dangereuses. Chômeurs du sud ou du nord sont tous les victimes des mêmes classes exploiteuses et parasitaires qui dirigent le pays, de leur politique capitaliste et de leur soumission aux volontés des multinationales.

 

 

La politique que le régime de Bouteflika a suivie depuis 1999 n'a pas rompu avec les orientations de classe antipopulaires et antinationales

 

Elles les a accentuées au contraire à travers les plans "de soutien à la croissance" qui ont engendré dans des proportions inimaginables la croissance de la fortune des classes parasitaires. Ce régime n'a aucune excuse. Les recettes pétrolières se sont accrues de façon considérable à partir de 2001, passant de 10 environ à plus de 80 milliards de dollars ces dernières années. L’Algérie dispose d'une épargne de plus de 200 milliards de dollars malgré la gabegie et la surfacturation faramineuse des produits importés pratiquée par une poignée de très gros importateurs liés aux gens du régime et qui dictent en fait leur loi au pays.

 

Mais cette capacité financière sans précédent de l’État algérien n'a pas servi à relancer le développement industriel. Ce sont au contraire les importations de biens de luxe qui ont explosé au profit des couches sociales parasitaires et exploiteuses, aux dépens des exigences du développement et du sort des populations laborieuses. Ce sont également des entreprises de services étrangères, comme celles qui régentent la téléphonie mobile, Djezzy ou Nedjma, qui ont proliféré avec la complicité des hommes du pouvoir, occasionnant des sorties astronomiques de profits en devises, alors que l’État aurait pu confier la promotion de ce secteur à Algerie Télécom et à sa filiale Mobilis, ce qui aurait permis au pays de faire de grosses économies en devises qui auraient été utilisées pour la promotion d'activités productives nationales.

 

Personne ne doit donc s'étonner que si ces ressources ne servent pas à impulser la relance industrielle véritable, les régions isolées n'ont en conséquence aucune chance de s'en sortir par leurs seuls moyens. Les capitalistes vont là où ils peuvent gagner facilement de l'argent et en un minimum de temps. Miser sur l'aptitude des "investisseurs", autre terme servant à éviter de dire capitalistes ou exploiteurs, à créer un processus de développement, est de la tromperie pure.

 

 

 

L'Etat doit relancer un véritable développement planifié et reconstruire les entreprises publiques

 

Seules les entreprises publiques peuvent inscrire leur action dans le long terme en dehors de la course capitaliste pour la rentabilité immédiate. Seule une politique nationale d’État peut promouvoir des plans de développement locaux coordonnés avec une politique industrielle intégrée. L’État peut créer des entreprises industrielles dans des localités isolées ayant pour débouché le marché national. Ces entreprises sortiront ces localités de leur isolement et redonneront espoir à la jeunesse. Elles couperont l'herbe sous les pieds des manipulateurs dont il ne faut pas sous-estimer la gravité et l'étendue du travail au sein de la jeunesse par de nombreuses organisations internationales créées par le MEPI ou l'Union européenne.

 

Les prêts CNAC ou ANSEJ n'apportent pas de solution fondamentale au problème du chômage qui est un problème lié essentiellement à l'absence d'une politique non-capitaliste de développement. Ces types d' "aide" de l’État n'ont fait prospérer que le secteur des services ou des transport. Ils sont vite dilapidés dans l'achat de biens superflus ou de prestige superficiel comme les fameuses 4X4. La plupart des jeunes qui se sont laissés tenter par ces mirages se sont retrouvés avec de grosses dettes qu'ils ne peuvent rembourser. Tels qu'ils sont conçus, pour éteindre dans l'improvisation la plus totale les foyers de mécontentement, et encore ne s'adressent-ils qu'à une petite partie de la jeunesse, ils ne participent à aucun processus de développement continu ni national, ni local. Les crédits Ansej n'offrent aucun avenir certain à la grande masse de leurs bénéficiaires ni ne peuvent contribuer à une dynamique économique nationale. Les seuls qui peuvent en profiter sont les enfants des couches aisées qui disposent dès le départ de moyens matériels et financiers

 

Il ne faut pas attendre de ces classes la défense des intérêts du pays. Leur calcul à court terme est d'amasser des profits par l'exploitation des travailleurs, le vol et la dilapidation des ressources pétrolières. Elles font passer leurs intérêts avant ceux du pays. Et elles pensent que la meilleure manière de se maintenir au pouvoir pour continuer à profiter des richesses du pays est de faire les yeux doux à Hollande, Cameron et Obama, par l'attribution de gros marchés à leurs multinationales au détriment du développement national, et en s'abstenant de dénoncer leurs manœuvres de déstabilisation dans les pays voisins ou en Syrie.

 

C'est un mensonge que de faire croire qu'il est possible en même temps de satisfaire les aspirations sociales des masses - au nord et au sud du pays - et d'assouvir la soif inextinguible de profits de la bourgeoisie impérialiste. Ce sont deux orientations totalement opposées et inconciliables.

 

La solution pour la jeunesse abandonnée à son misérable sort ne peut venir que d'un mouvement populaire organisé capable de changer radicalement la situation et de construire un État qui traduise les intérêts des travailleurs et des classes laborieuses. Il faut surtout dans l'immédiat déjouer les calculs mesquins et dangereux de tous ceux qui soufflent sur les braises des divisions tribales héritées du passé mais non éteintes à cause de la politique de paupérisation des masses par les classes affairistes et exploiteuses. La jeunesse populaire a un rôle important à jouer dans les luttes pour des changements politiques et sociaux radicaux.

 

 

 

  Article in Lien n°112 se septembre 2013, p. 6 - cliquer ici