Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Le lien

Algérie, Parti Algérien pour la Démocratie et le Socialisme, Parti des communistes d'Algérie

Hausse accélérée des importations et des transferts de devises : le régime mène le pays droit vers un nouvel abîme

Publié le 11 Octobre 2013 par Lien-pads in 2- ALGERIE - Economique

 

 

Les équilibres des échanges commerciaux extérieurs de l'Algérie sont menacés. Les importations de biens matériels augmentent de façon accélérée. Il ne faut pas exclure que leur volume dépasse un jour très proche celui des exportations malgré un prix du baril de pétrole élevé, plus de 100 dollars. Que dire s'il venait à plonger en-dessous de ce seuil?

 

Selon les estimations les moins pessimistes, le volume des importations devrait atteindre pour toute l'année le chiffre vertigineux de 60 milliards de dollars contre 46,8 en 2012, soit 13 milliards de plus. Mais les recettes d'exportation devraient rester stables, aux alentours de 72 milliards de dollars.

 

Aux 60 milliards, représentant la valeur des biens importés, il faut ajouter les services payés, les profits rapatriés par les sociétés étrangères et de multiples sorties de devises comme l'allocation touristique. C'est un montant total que les autorités entourent de flou. Le risque est que dès cette année les recettes d'exportation ne suffiront pas à couvrir toutes les sorties en devises.

 

Pour les cinq premiers mois seulement de l'année en cours, l'Algérie a déjà enregistré des sorties de devises d'un montant global de 30,5 milliards de dollars. A ce rythme leur montant annuel pourrait grimper à 72 milliards de dollars, réduisant à une valeur symbolique les excédents des échanges extérieurs. Il faudra alors se mettre à puiser dans les réserves de change pour combler le déficit.

 

Les importations n'ont cessé d'augmenter depuis 10 ans parallèlement à celle des exportations d'hydrocarbures qui représentent plus de 98% de l'ensemble des recettes d'exportations du pays. En 2001 les importations de biens représentaient 10 milliards de dollars. Elles ont été multipliées par presque 5 en 2012. La valeur des exportations était de 18 environ à la même date. Les exportations, qui n'ont été multipliées que par 4 durant la même période, se sont donc accrues à un rythme plus faible. Les importations ont explosé sans compter l'impact sur la balance des paiements des autres transferts de devises déjà évoqués.

 

 

Les autorités commencent à prendre peur et ne savent pas par quel bout prendre les choses pour stopper la course folle vers l'abîme. Des réunions se tiennent à de hauts niveaux mais de l'aveu de certains responsables aucune solution n'est en vue.

 

L'ancien chef du gouvernement Ouyahia avait pressenti les dangers et tenté de juguler cette fuite en avant pour prévenir une catastrophe nouvelle en introduisant en septembre 2009 la formule du crédit documentaire. Cette formule oblige les importateurs à déposer dans les banques l'argent nécessaire au paiement des biens à importer avant d'effectuer toute opération d'importation. Mais elle n'a pas enrayé le processus et ne le pouvait pas parce que la solution administrative mise en application ne s'attaquait pas aux causes du phénomène. Notre parti avait critiqué cette illusion et prévenu qu'elle ne réglerait rien.


 

Les causes de la hausse ininterrompue des importations sont le reflet des choix de classe du régime

 

L'hémorragie des devises est liée à sa politique économique et sociale:

 

  • Refus de relancer l'industrialisation et le développement intégré par la réhabilitation du secteur public de manière à substituer la production nationale aux importations. Les capitalistes dont on vante le dynamisme ne se lancent que dans des activités de montage et de conditionnement qui se traduisent par des importations de composants et leur procurent des profits faciles.

  • Des dépenses publiques énormes d'infrastructures - comme les autoroutes et ouvrages destinés en fait à faciliter le transport des biens importés - qui ne s'inscrivent pas dans une stratégie de développement véritable et ne tiennent donc compte d'aucune priorité. Ces dépenses alimentent une corruption à grande échelle, source d'enrichissement d'une multitude de trafiquants dont la seule préoccupation est de placer leur argent à l'étranger ou de le dépenser dans la construction de grosses demeures qui poussent à l'importation de matériaux de construction, ciment, faïence, "rond à béton", de meubles et d'appareils électro-ménagers luxueux, etc.

  • Diminution des impôts sur les bénéfices des sociétés et de toutes sortes de charges fiscales sous prétexte d'encourager l'investissement. Ce qui s'est avéré une tromperie pure et simple. En réalité, les gains enregistrés grâce à ces avantages ne sont pas investis mais gaspillés dans l'importation de biens de luxe ou le change illégal.

  • Aggravation de l'hémorragie de devises au titre du rapatriement des profits par suite de l'autorisation accordée à des sociétés étrangères de s'installer dans de nombreuses activités qui auraient pu être confiées au secteur public, comme la téléphonie mobile, les cimenteries, la sidérurgie, etc., activités privatisées et bradées.

 

La baisse des taxes douanières n'a pas servi à réduire les prix des marchandises. Elle a contribué à gonfler les profits et les revenus des plus riches, incités à dépenser plus pour l'acquisition de biens importés. Cette baisse a été décidée en application de l'accord d'association signé avec l'Union européenne. Les couches sociales dirigeantes ont cherché à gagner les faveurs politiques de la bourgeoisie européenne en sacrifiant les intérêts de l'Algérie.

 

Ajoutons que les profits des sociétés privées ont explosé car les travailleurs dans une très grande proportion ne sont pas déclarés à la sécurité sociale, qu'une partie des activités du privé échappe à la fiscalité, que les biens importés sont surfacturés, c'est-à-dire qu'une marchandise coûtant 10 euros est déclarée achetée à 20 ou même 30 euros, la différence étant partagée entre l'importateur et le fournisseur, etc. Les importations sont maintenant le monopole de groupes privés incontrôlables, tous liés à des personnages haut placés. Ils s'entendent pour maintenir les prix à des niveaux élevés.


 

En un mot les les revenus de tout un ensemble de classes et de couches sociales exploiteuses et parasitaires ont grossi démesurément

 

C'est la conséquence de la politique de libéralisation de l'économie et de la nature sociale de l’État devenu depuis des décennies l'instrument de la bourgeoisie dans toutes ses composantes. L'explosion des importations en est le reflet mécanique.

 

C'est pourquoi il est illusoire de penser qu'un régime qui ne sert que ces catégories sociales est capable de donner un coup d'arrêt à la hausse des importations.

 

A supposer qu'une de ses fractions tente de les freiner, elle déchaînerait contre elle une vague de mécontentement non seulement auprès des classes parasitaires internes mais aussi auprès des capitalistes étrangers qui font de bonnes affaires avec l'Algérie, transformée en comptoir commercial. C'est ce qui est arrivé avec Ouyahia décrié par tous et vilipendé par la presse bourgeoise et petite-bourgeoise pour avoir bien timidement tenté d'inverser le processus. Il visait pourtant à préserver les intérêts à long terme de la bourgeoisie qui ne voit pas plus loin que le bout de son nez.

 

Ce processus va conduire inévitablement à une nouvelle et grave impasse financière. Comme durant les années 1990 après la signature de l'accord avec le FMI, les seuls qui en paieront les frais ce seront les travailleurs et les masses populaires. La bourgeoisie, ses politiciens, ses commis dans l’État, les cercles mafieux s'en sortiront plus enrichis qu'avant.

 

Pour casser ce processus les travailleurs et les masses populaires doivent s'organiser et se mobiliser en vue d'imposer un changement radical de régime. Ce changement est un changement de classe et non un changement de personnes seulement.

 

 

Article dans le Lien n°112 p.5 - septembre 2013. Cliquez ici